‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 32 sur 149 · Castille, t. I, p · texte numérisé non relu

Castille, t. I, p

3. Idem, p. 294. — « Depuis le noble de race jusqu'à M. Guizot, depuis M. Guizot jusqu'à mon huissier, depuis l'huissier, léger et talon rouge, jusqu'à mon portier et mon coiffeur, chacun méditait la dictature. De même que sous Cromwell l'idée terrible de Dieu avait inspiré aux hommes du xyii*^ siècle une humilité et uh

ET LA RÉVOLUTION DE iS^S Ql

Ledru-Rollin avait interrompu les périodes filandreuses d'Odilon Barrot par un sonore: « Je demande la parole », puis s'était rassis. Il la réclamait pour gagner du temps, afin que le peuple enrégimenté par la Réforme, arrivât à point. Ce faux général civil dépourvu de grenadiers comptait sur ses bandes insurrectionnelles. Ne les voyant pas venir, il ranima la discussion. Elle dura. Un autre légitimiste, tout joyeux du gâchis, la Rochejacquelein, dit la vérité à cette Chambre misérable : « Aujourd'hui, messieurs, vous n'êtes rien ici, vous n'êtes plus rien ! » (i). L'armée attendue lui donne raison presque aussitôt en heurtant lourdement à la porte de gauche, puis en se précipitant dans la salle ; et cette colonne d'avantgarde, toujours audacieuse, c'est encore celle du capitaine Dunoycr. Elle vient des Tuileries. Ayant abattu le protecteur du parlement, elle veut se débarrasser des parlementaires, mais elle ne pourra pas aller au bout de sa tâche parce qu'une partie de ceux qui la conduisent sont d'accord afin de tout empêcher. Que dit un homme du peuple au général Gourgaud qui s'oppose à l'invasion ? « Les anciens y sont venus du temps de la Convention, pourquoi n'entrerions-nous pas chez vous autres qui n'êtes que des corrompus ? » Les députés s'indignent et deviennent conservateurs. Un M. de Mornay s'écrie : « Il n'y a plus de liberté ! » Il traite les envahisseurs de brigands. Sauzet agile la sonnette présidentielle. Cet instrument aspergeant un son aigre dans le tumulte, au bout d'un bras désespéré, est tout à fait ridicule. « Pâle, au pied de la tribune, Odilon Barrot semble frappé d'une mélancolie extaticjue (12). » Sauzet, las de

abaissement excessif, au xix°, l'idée de la f,'ran(leiir di" riinnianilé s'emparait de la masse.» l*h. Cliasles, Mémoires, t. 11, p. l'i^. I et 2. Caslille, déjà cité, t. I, p. 281 et 282.

la sonnette, risque un geste qu'il estime noble et grand, il se couvre. Dunoyer s'écrie de toutes ses forces : « Il n'y a plus ici d'autre autorité que celle de la garde nationale et du peuple représenté par quarante mille homnies ! » Un ancien officier d'ordonnance de Napoléon, le colonel Dumoulin, saisit le drapeau du trône et le dresse sur la tribune, « paraissant attendre qu'un orateur le suive pour y proclamer la révolution (i) ». Sous les plis tricolores, près de Barrot, un vieillard de figure calme et douce s'appuie sur un long sabre nu. Un garçon boucher, son couteau à la main, couvert de sang, marche avec des allures d'ogre vers les députés du centre qui s'enfuient.

La satisfaction de La Rochejacquelein ne garde plus de mesure : « Tant pis pour eux, dit-il, nous allons droit à la république ! » Les députés, peu sensibles au ridicule de leur situation, protestent. Marrast se montre : « Ce n'est pas le vrai peuple, s'écriet-il, je vais chercher le vrai ! » Chaque parti possède naturellement le sien, qui est le seul bon (2). Ledru- Rollin sent l'heure venue. Suivi de Crémieux et de Lamartine — les trois compères de la journée — il prend possession de la tribune. A son tour, il se démasque ; « presque obscure, impossible la veille (3) », sa personnalité prend en ce moment des proportions considérables ; et il conclut d'une voix de tonnerre : « Au nom du peuple partout en armes, au nom du peuple, maître de Paris, quoi qu'on fasse... (4) » Son discours démontre que la régence est inadmissible.

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