‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 33 sur 149 · Castille, p · texte numérisé non relu

Castille, p

Les centres protestent avec mollesse ; seul, un député se démène. Le gardon boucher le menace, décrète d'un air iëroce, obstiné, que tout cela doit finir, et le député se calme (i).Lcdru-Rollin continue sa péroraison. Il veut un gouvernement provisoire. Sa motion applaudie, il déclare aussitôt la volonté populaire exprimée et cet escamotage recueille, lui aussi, une majorité approbative ; du reste de la France, il n'est toujours pas question. Lamartine lui succède. La dictature à laquelle il songe est spéciale, fort honorable, prophétique, divine même et, ne voulant pas perdre sa chance, certain de pouvoir être utile, il vient s'offrir, à son tour, à la Révolution. Il ne va pas de main morte ; il « arrache son cœur de sa poitrine (o) » pour « n'écouter que sa raison (3) » et parle « d'une voix sourde comme l'abime de la destinée qu'il allait sonder (4) ». En réalité, au début, incertain de ce (ja'il fallait dire (5) comme de ce

I. Lamartine, déjà cité, p. ao'}. Ce garçon bouclier se serait approche, notamment, du députe Casablanca et l'aurait interpellé en ces termes : « Ouest Napoléon-Bonaparte? Je veux le voir. » Le député corse répondit : « Il n'est pas ici. » Le garçon boucher insistant et une aflirmation réitérée lui étant opposée encore, il aurait dit : « C'est là sa place ; on me l'a dit. Est-ce qu'il aurait peur île nous ? Nous sommes tous prêts à le défendre. » Renseignements fournis par le comte Lucien Biadelli, pelit-lils du comte de Casablanca, d'après les mémoires inédits do ce dernier. « Ce langage, racontent ces mémoires, était tenu par une espèce de garçon Itoucher en veste, taillé en hercule ; il me prouvait que même dans cette tourbe révolutionnaire où fermentaient les plus mauvaises passions, le souvenir de Napoléon I" conservait tout son prestige et que ce nom immortel sortirait de nouveau des urnes populaires aussitôt que le suffrage universel aurait été aitpelé à donner un chef à la France, (jnclle que fût la forme du gouverneuient, républicaine ou monarcliifjue. »

2, '5, 4- Lamartine, t. I, p. 204-206. Lamartine, se destinant à sa mission depuis longtemps déjà et l'ayant annoncée à ])lusieurs personnes, aurait écrit l'histoire des Ciirondins pour la préparer. J. d'Kstourmel, Derniers souvenirs, déjà cités, p. 108 et suiv.

5. Si l'on en croit 'roc(|ueville, il aurait été décidé à la république, et à la républiciuc seule. Voir ses Souvenirs, p. -o. Toutes ces pages-là de Toc(iucville sont passionnantes.

qu'il pensait, soucieux, peut-être, de concilier son cœur et cette raison qu'il invoque, il n'a plu que médiocrement ; un reste de générosité le poussait à défendre la duchesse d'Orléans ; mais un tribun doit faire sa cour à la multitude en paraissant de son avis. Il s'y résigne. Ses cadences montent, vagues, nuageuses, sublimes ; il peut se croire un nouvel Orphée. Le vieillard, sous le drapeau, s'imagine au théâtre pour de bon, joue son rôle en acteur convaincu, applaudit et remet son sabre au fourreau. Lamartine, après avoir appuyé le gouvernement provisoire de Ledru-Rollin, reprend haleine et continue ses périodes éloquentes quand un nouveau « flot populaire (i) » envahit la Chambre. « Plus de députés ! » ordonne cette foule autoritaire. Sauzet,. réinstallé dans le fauteuil de la présidence, perd la tète. Ne sachant quelle nouvelle contenance adopter, il se couvre encore. On n'accepte plus son chapeau. « Respect au peuple ! » hurle une voix sans mansuétude. Sauzet n'y comprend rien (2). Un huissier charitable le débarrasse du haute forme malencontreux. Il est trop tard. « Président des corrompus, signifie un des assaillants, va-t-en ! » Sauzet part volontiers. Lamartine a gardé la tribune. Un révolutionnaire mal renseigné, qui le prend pour Guizot, l'ajuste avec soin du second étage. On prévient l'ouvrier qu'il va tuer Lamartine et le sergent Duvillard relève à temps le fusil ; Dunoyer s'est jeté auparavant sur le poète pour le protéger en lui donnant le conseil de s'effacer. « Je vois le fusil sur ma poitrine, répond Lamartine en souriant — et racontet-il dans son histoire où il parle de lui à la troisième personne — mais il me vise mal, il ne me touchera

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