A. Vermoi-el, Les Hommes de ^S. Paris, Décembre-Alonnier
2. «Il y a du vrai dans ce mot. Mais il n'en est pas moins certain que le peuple n'aura jamais ce qu'il souhaite et qu'en ce sens on le trompera toujours. La multitude veut le bonheur, c'est-àdire l'idéal ; elle prétend à la justice absolue, c'est-à-dire à la perfection. Le tort de certains hommes est de lui promettre ce qu'ils ne sauraient lui donner, ce que ne comporte pas d'ailleurs la misérable condition humaine. » Castille, t. I, p. 807.
ET LA RÉVOLUTION DE 1848 lo3
se déclarât nettement. Le Gouvernement, après avoir annoncé la République, s était gardé de la proclamer ; il avait horreur de ce mot-là, et il ne s'y résolut que devant l'exigence de Ledru-Rollin (i). Constatons donc que la seconde République française fut établie à contre-cœur, par une majorité de réactionnaires déguisés en libéraux qui n'en voulait pas (2). Cette majorité régnait au nom du peuple, et disait ne pas le voir parmi les insurgés qui lui donnaient des ordres, mais avait admis ces mêmes insurgés quand ils faisaient disparaître l'orléanisme. «Messieurs, avait dit un jeune homme entré brusquement pendant la discussion, on a bien de la peine à vous trouver. Je viens au nom des écoles et du peuple. Si dans une demi-heure vous n'avez pas reconnu la souveraineté du peuple, le peuple sera ici. J'attends. » (3).
Lamartine jugeant, comme son collègue forcé, Armand Marrast, que ce n'est pas le vrai peuple qui parle de la sorte, décret^ : « C'étaient de ces forcenés qui n'ont ni système politique dans l'esprit, ni chimère sociale dans le cœur, mais qui n'acceptent une révolution qu'à condition du désordre qu'elle perpétue, du sang qu'elle verse, de la terreur qu'elle inspire... C'était l'écoulement des bagnes et des cachots. » (4)- Ce singulier libéral (5) devait