‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 36 sur 149 · Daniel Siern, t. I · texte numérisé non relu

Daniel Siern, t. I

I02 LOU1S-NAPOLï;ON BONAPARTE

il aurait fait partie du Directoire si celui-ci avait pu admettre l'élection populaire autrement qu'à son unique profit, dans la seule mesure où sa compréhension le décrétait juste ; en présence de ce candidat imprévu, il protesta et « tira le peuple de son erreur (i). » A peine est-il constitué de la sorte que la foule l'assiège ; elle envahit la petite salle où commençaient les délibérations, elle le force à signer des feuilles qu'il n'a pas le temps d'examiner ; elle lui impose des surveillants : « On nous a si souvent trompés ! » (2) dit-elle. La cohue augmente au point que la bonne de Dupont de l'Eure se tient derrière le fauteuil de son maître pour l'empêcher d'être écrasé. — Les adhésions arrivent assez vite. L'armée donne l'exemple. Duvivier, Soult et Bugeaud se rallient. Presque aussitôt, enchanté, le Gouvernement offre le portefeuille de la Guerre à Lamoricière et à Bedeau ; sans leur refus, on aurait eu le 24 février ce curieux spectacle d'un général qui, le matin même, défendait le trône royal, nommé le soir ministre républicain. — La Révolution se retournait contre le peuple qui l'avait payée de son sang ; et il est ici encore saisissable que sa perpétuelle révolte ne demeure pas sans de nombreuses excuses ; en théorie absolue, elle serait même légitime. Le peuple aurait pu tenter un coup de main — et ne l'a pas fait. Son indécision l'arrêta ; la méfiance générale acheva sa retenue ; il se contint aussi en pensant qu'il agirait, s'il en était besoin, plus tard ; il attendait que le pouvoir

Page 1