Voir Strasbourg cl Boulogne (liljr. Perrin, lOoG
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lutionnàire ne le sui'prit-elle point autant qu'on l'a dit. En 1847, dans un bal donné le soir du mariage de la comtesse de Givry, le colonel de Montauban, qui venait lui-même d'épouser une riche anglaise, dit à la jeune mariée avec laquelle il dansait que les amis du prince et lui comptaient être au pouvoir dans un an (i). Une partie de cette confiance, la plus hasardeuse, venait du duc de Brunswick, mais l'autre était alimentée par l'ancien conjuré de Forli.
A Londres, devant l'hôtel de King-Street, Saint- James (2), les curieux voyaient souvent attendre un cabriolet bien atlelé dont le cheval piaffait aux mains d'un groom microscopique (3). Louis-Napoléon y montait, et sa promenade habituelle se terminait à Brunswick-House où son ancien prêteur de Ham « l'attendait avec des plans minutieusement annotés (4)- » A cette époque, Charles II « était tout feu pour sa nouvelle alliance napoléonienne (5) » et il s'occupait sans cesse avec son secrélaire, M. Smith — un des derniers confidents de Napoléon III à Chislehurst — à étudier « les combinaisons qui lui étaient soumises pour hâter l'exécution des plans brunswickobonapartistes (6). » Passée la cour froide et nue qui
I. Dans un bal donné à Londres à la nouvelle comtesse de Civry à l'occasion d'un mariage, on lui présente le colonel de Montauban qui avait partagé la captivité du prince Louis et qui venait d'épouser une riche anglaise. En dansant avec la jeune mariée, le colonel lui dit, à propos d'une personne à laquelle ils s'intéressaient tous deux : « Oh ! quand nous allons être au pouvoir, nous « le nommerons secrétaire d'ambassade, en attendant que votre « père l'emmène à Brunswick. — Et quand comptez-vous être au « pouvoir demanda la jeune comtesse en riant. — Nous comptons « encore sur utie année d'attente. » — L'année suivante, en effet, le prince Louis était président de la république et le colonel était receveur des finances à Paris. » Le duc de Brunswick. Paris, Sartorius, 1875.
a. Orsi indique que le prince iiabitait à l'hôtel de King Street.
3, 4, 5, 6. Le duc de Brunswick, déjà cité.
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menait à l'hôtel, derrière les lourdes tentures des murs et des portes, dans cette étrange demeure qui devait se transformer en couvent, plus d'un plan se trama entre les deux hommes. On ne les connaît point. Sans doute, Louis-Napoléon, assez gêné, devint-il davantage le dél)iteur du duc en se jugeant à même de lui garantir de mieux en mieux, autant que les circonstances le permettaient, l'exécution du Irai lé écrit sur soie par lequel les prétendants se juraient assistance mutuelle (i). Toutefois, si les services de Brunswick furent principalement pécuniaires, il ne faut pas oublier qu'il apporta, au début de 48 tout au moins el en 47. Vapinùdn National (2). L'importance du discours d'Armand Marrast à la colonne insurrectionnelle décisive serait à ce sujet d'autant plus intéressante que iSLirrast ne se montra pas défavora-
1. En voici les premiers articles : « Art. I. Nous promeUons et jurons sur notre honneur et sur le Saint Evangile : d'une part, de rétablir le duc de Brunswick dans son duché et, si cela est i)ossible, de l'aire une Allemaj,'ne nationale unie et de lui donner une institution répondant aux progrès et aux besoins de l'esprit du temps ; d'autre part, d'assister le prince Napoléon dans son dessein de rendre à la France l'exercice de sa souveraineté nationale telle qu'elle a été reconnue en i83o, afin que le pays puisse, en toule liberté, décider sur la forme de gouvernement qui répond le mieux à ses intérêts. — Art. II. Celui de nous qui arrivera le premier au pouvoir suprême, sous quel titre que ce soit, s'engage à fournir à l'autre les subsides nécessaires en argent et en armes pour atteindre son but, et non seulement à autoriser renq)loi d'un nombre voulu de volontaires, mais à en faciliter l'enrôlement de toutes manières. — Art. III. Tant que l'exil pèsera sur nous, nous nous engageons à nous prêter assistance dans cliaque occasion quand il s'agira de rentrer dans la possession des droits politiques qui nous ont été vif)k'mmcnt enlevés. Si l'un de nous réussit à rentrer dans son pays, il s'engage à soutenir par tous les nu)3'ens la cause de son allié. — Art. IV. Nous nous engageons, en outre, à ne jamais signer ni [iromettre une abdication, ni un renoncement, au détriment de nos droits politiques. Chacun de nous doit à l'autre conseil et appui dans toutes les circonslances de la vie... » Le duc de Brunswich, p. agfi, açj^,
2. Hrunswick s'était allirmé, en effet, nn de ses principaux actionnaires lorsque Orsi était venu le voira Londres. Voir Uecollcctions, etc., el Strasbourg et Boulogne.
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ble, d'abord, au prince, s'inquiéta de lui et chercha plus d'une fois à savoir ce quil ferait au cas qu'il fût sollicité d'agir. Il n'y eut pas partie liée, mais on est autorisé à penser que Charles d'Esté et Louis Bouaparte virent dans Le Xational une arme de combat (i)^ avant la révolution, puis espérèrent l'utiliser, au moment même où elle éclata.
Quoique jugé incapaljle d'aucun avenir par les politiques cotés à Paris, le prince recevait de nombreuses visites, les classiques visites de ceux qui se souviennent et espèrent, de ceux qui cherchent et pensent avoir trouvé, de ceux enfin qui veulent se renseigner sur les horizons nouveaux. Presque tous ces curieux demeuraient assez obscurs ; ils comprenaient des enthousiastes, des sceptiques, des besogneux, des hommes à systèmes, des aventuriers principalement ; c'étaient encore les politiciens rejetés momentanément et continuant de ne pas croire au prince, mais en se demandant s'il ne représentait pas quand même quelque chose ; ceux-là se tenaient prêts aux plus diverses éventualités ; constitutionnels sous Louis- Philippe, républicains en février, ils ne demandaient qu mie bonne raison de devenir bonapartistes. Tout a été rendu incertain, tout reste tel malgré tant d'efforts, malgré tant de sang, et, d'ailleurs, tout ne l'a-t-il pas été toujours, plus ou moins ? Les hommes en sont réduits à ne juger que selon les circonstances et la politique devient une mer vague où les pilotes dirigent tant bien c[ue mal une nef hâtivement
I. Deux ans avant la révolution, le prince Jérôme avait été fort Inen accueilli au Xo.tional par Marrast. Il avait dit qu'il regrettait (le voir la Réforme constamment opposéeà son cousin Louis. Mémoires de Caussidiére, p. 240. On peut se demander toutefois, bien que Caussidiére indique cette date, si ce n'était pas plutôt en 847, au printemps. Voir : Ph. de Massa, Souvenirs et impressions, p. 23, Calraann Lévy, i89".
construite par des ouvriers souvent peu triés, puis décrètent la manœuvre selon le temps qu'il fait, selon la latitude et la longitude, sans grand principe défini, incertains du port oîi il vaut mieux aborder, beaucoup au hasard.
Parmi ces visiteurs, il en parut un qui, dans la suite, ne se jugeant pas assez récompensé de services qu'il jugeait considérables et qui eiuent, effectivement, leur importance, écrivit im livre pour les raconter ; il s'appelait Aristide Ferrère et fit éditer l'ouvrage à Turin (i). Ce clairvoyîuit, banquier de son état, venu à Londres dès l'année 1846, aussitôt après l'évasion, y avait vu le prince, chaque matin, pendant deux semaines. Ils critiquaient ensemble la politique de Guizot et de Louis- Philippe, étudiaient l'agriculture, le commerce, l'industrie, les finances et tous les moyens d'augmenter le bien-être du peuple ainsi que la fortune publique en donnant par le crédit la vie et le mouvement à d'immenses recherches improductives. «Toutes ces questions, ajoute l'auteur, étaient traitées par le prince avec concision et clarté et avec une connaissance des matières qui tirent impression sur moi et m'attachè-
I. Révélations sur la propagande napoléonienne faite en 1848 et iS^y pour servir à V histoire secrète des élections du prince Napoléon-Louis Bonaparte, par Aristide Ferrère, Turin, i863, imprimerie Falicti, rue delà Basilique. Sur la couverture, en épigraphe: « Mon cher Monsieur Ferrère, je viendrai vous prendre ce soir à 7 h. 1/2 pour vous mener dîner chez Lady Blessington qui désire vous avoir pour nous féliciter ensemble du résultat des élections. Recevez de nouveau l'assurance de ma sincère amitié. Napoléon-Louis Bonaparte. » L'ouvra}j;'e est émaillé de fautes d'orthojfraphe si sinj^ulièrcs qu'elles semblent voulues. Mais elles peu-, vent venir aussi de la tj'pographie turinoise. Au cours de son ouvraj^e, l'auteur parle de la maison Jacques Lallitc et de l'exemple qu'elle avait donné en 18'îo. D'autre part, dans le Bottin de 1848, à la rubrique des Ijanquiers, on trouve : « Ferrère Latlile, i, rue Ladite. »I1 y a donc quelques chances pour que Ferrère, loin d'être un pseudonyme, comme il semble d'abord, soit pcul-ctre le nom. véritable de l'auteur.
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rcnt encore davantage à lui. En politique, le prince reconnaissait que l'Empereur avait froissé les idées nouvelles, méconnu des vérités et retardé la liberté ; il regrettait certains actes de violence... (i). » Louis- Napoléon soulignait ses Idées Napoléoniennes, car il est presque tout entier dans ce petit volume. Son interlocuteur lui répondait : « Je vois maintenant où est le mal, je vois ce qui vous sépare de la France, ce qui vous ferme les cœurs, vous n'êtes pas connu ou, plutôt, vous l'êtes sous un jour défavorable ; on vous juge mal, et on se trompe ; à mon sentiment, la première chose à tenter, c'est de vous faire connaître tel que vous êtes, et non pas tel qu'on vous a montré. Il est donc indispensable de préparer favorablement les esprits avant votre retour en France, par un acte qui attire l'attention générale et vous concilie les sympathies du peuple et des commerçants (2). » Homme de bourse, Ferrère proposait de créer une banque dont « l'organisation ostensible concilierait au prince le commerce et dont l'organisation occulte, aux résultats préparés à l'avance, dans le cabinet, viendraient en temps opportun seconder ses vues (3). » Sous le patronage de Louis-Napoléon, se serait installé en France un comptoir d'escompte de billets à une signature pour le petit commerce de détail, afin de faciliter aux employés, aux artistes, aux chefs d'ateliers, aux artisans, aux anciens militaires, le paiement de leur loyer. Rien de semblable ne fut essayé. Huit mois après, en septembre 1847, Ferrère, repassant le détroit, trouve le prétendant découragé. Il renouvelle l'analyse de son projet sans mieux réussir. En octobre, Louis-Napoléon prêche la patience. Il désire attendre les événements. « Nous
I, 2, 3. Révélations, déjà cité.
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avons le temps (i) )>, dit-il. 11 recevait de nombreuses propositions nouvelles, souvent puériles, et, à la longue, forcé qu'il était de presque toujours répondre, il devait en ressentir une certaine lassitude. Il voulait aussi révéler le moins possible de ses intentions et de lui-même, juste ce qui convenait à chaque interlocuteur ; il ne pouvait non plus parler, incapable de se renseigner exactement sur ses nouveaux amis ; trahi comme il l'avait été (2), en dehors même de sa circonspection naturelle, sa méfiance était fatale ; il savait ne pas la laisser paraître et plaire, ce qui la lui permettait d'autant mieux ; il se montrait « le plus séduisant des liommes(3). » En l'écoutant expliquer ce qu'il tenterait pour la prospérité française, le banquier « ne pouvait s'empêcher, en prenant congé de lui, de se sentir le cœur pris et l'imagination exaltée (4). » De retour à Paris, il commençait sa propagande de côté et d'autre, dans les salons notamment, et tenait ce langage : « Notre drapeau est dans ses plis et nous ne le déploierons que lorsque nous serons les plus forts ; cela ne tardera pas ; hàtez-vous de vous ranger près du prince Louis-Napoléon qui est à Londres (5). » D'après Ferrère, tous les partis faisaient leurs préparatifs en vue de la révolution qu'ils sen-