CHEZ L’AUTEUR: 15, RUE VAUQUEL1N, PARIS
ses Plagiats Chimicopliysiologiques et Médicaux
Voltaire en avait fait la remarque : presque toutes les origines sont ignorées : les origines même des découvertes, inventions et choses purement humaines. Cette réminiscence de mes lectures est à propos des tentatives déjà anciennes, qui se continuent encore, de faire perdre de vue et d’oublier l’origine de la découverte contemporaine de faits qui n’intéressent pas seulement le chimiste, le physiologiste et le médecin, mais aussi le philosophe, voire le moraliste, à cause de ce que l’on appelle « l’origine de la vie ».
La remarque de Voltaire prouve que de son temps, ceux qui, comme lui, réfléchissaient, ne croyaient point que des expérimentations pour démontrer la génération spontanée, prouvassent que les corps vivants naissaient à même la matière minérale. Bref, on disait ne rien savoir concernant l’origine des êtres vivants, et pourtant Lavoisier n’avait pas encore découvert sa théorie de la matière. Quoi quhl en soit, si autrefois, comme aujourd’hui on ignorait « l’origine de la vie », ne serait-ce point que les efforts intéressés de quelques-uns, devenus légion, ont réussi à faire oublier la véritable origine après l’avoir fallacieuse-
ment fait perdre de vue? Cela peut-être. Dans tous les cas les tentatives des intéressés d'aujourd’hui, de faire perdre de vue pour faire oublier ensuite les découvertes contemporaines et les faits qui les gênent, portent fortement à croire qu’il y a eu autrefois des hommes que l’intérêt, l’affreux égoïsme, rendait capables de nier les faits vrais en approuvant les faux, jusqu'à faire oublier les origines dont parlait Voltaire. Et qui sait si ceux qui ont fait oublier les véritables origines ne sont point responsables des maux qui nous affligent? Ce que je sais et que pour la France il faut dire, c’est qu’au jourd’hui on a perfectionné le procédé supposé des ancêtres. On s’attribue les découvertes de l'adversaire pour soutenir un faux système! Et non seulement on ne cite pas l’auteur plagié, mais on appelle l’allemand à la rescousse en lui attribuant sous un autre nom la découverte du Français. C’est ainsi que disparaît aux yeux du public, même national, la part prépondérante des Français dans le mouvement scientifique de l’ère de Lavoisier.
Les faits des découvertes coutemporaines dont je parlais, sont ceux qui ont imprimé le mouvement scientifique d’aujourd’hui, qui dure depuis quarante ans. Ce mouvement a pour point de départ une publication de moi, en 1855. L’expérience qui en est le sujet a conduit à la découverte de l’élément anatomique fondamental de tout organisme vivant. Cet élément anatomique, je l’ai démontré vivant et physiologiquement impérissable : c’est le microzyma. L’ensemble des faits de ces découvertes a donné la théorie microzymienne de l’organisation vivante, et une théorie médicale qui respecte toutes les vérités acquises depuis Hippocrate.
Eh bien, qui — sauf quelques honnêtes savants — sait que cette théorie^ tout expérimentale et adéquate aux
données de la Nature, et rigoureusement vraie, existe? Personne dans le grand public! Pourquoi?
Mais, parcequ’un homme s’est trouvé assez habile, assez dépourvu de conscience, pour tourner les faits de cette théorie en un système médical, le microbisme , appelé pompeusement doctrine microbienne , où tout est faux, même le mot de microbe qui sert à le désigner. Et ce faux système est triomphant, ses adhérents sont légion et tous ensemble à l'exemple de leur maître, conspirent à faire oublier les origines. Et le maître?
C’est Louis Pasteur,
à qui on dresse des statues et, à Paris même, un monument!
J'ai protesté à temps et voulu faire réfléchir. Les lettres suivantes et ce qui suit expliqueront la vanité de mes efforts.
A Monsieur le Directeur du Petit Journal.
Paris, le 12 octobre 1903.
Je désire ardemment éviter au Petit Journal , à la Ville de Paris, à mon Pays et à son Gouvernement, une faute et une honte. C’est très sérieusement que j’ai l’honneur de vous écrire ainsi.
Voici de quoi il s’agit :
Le numéro du 2 octobre du Petit Journal ’, dans un article non signé concernant le projet d’élever un monument à Pasteur, disait de ce chimiste : Ce savant indiscuté !
Ainsi, on ose dire, jusque dans le Petit Journal , que Pasteur était un savant indiscuté. Mais c’est là une assertion purement mensongère. Pour vous en convaincre, j’ai l’honneur de vous communiquer les trois lettres suivantes,
deux à M. le Directeur de La Liberté , la troisième au Directeur d’une Revue scientifique.
A Monsieur le Directeur de La Liberté.
Paris , le 26 août 1903.
15, li, UE Vauquelin.
Monsieur le Directeur,
La Liberté du 25 de ce mois a publié un article sur le puits artésien de Grenelle, dont la fin, conforme à une légende mensongère, contient ces deux affirmations :
« La gloire la plus pure du xixe siècle : c’est Pasteur.
a L’image de celui qui, le premier, démontra le danger de l’eau, va se dresser à la place du puits artésien. »
Je proteste.
Pendant près de quarante ans, dans les Académies et par les livres, j’ai combattu les fausses doctrines chimiques, physiologiques et médicales de Pasteur.
L’erreur la plus grave de ces doctrines fût de placer hors de nous, dans l’air que nous respirons, dans l’eau que nous buvons, les causes de nos maladies. Et c’est une sottise qidil n’avait point d’abord faite.
En fait, loin d’avoir démontré la présence d’organismes microscopiques, de ferments dans les eaux — ce que l’article appelle le danger de Veau — Pasteur, le premier cette fois, a nié, avec la plus entière mauvaise foi, l’existence de microorganismes ferments, actuellement vivants, appelés microzymas, dans les roches neptuniennes de la croûte terrestre et, par conséquent, dans les terres de la surface et dans les eaux des sources ou dans les dépôts de ces sources. Et, après les avoir négligés, il n’a pas davantage découvert les prétendus germes de l’air dont, sur le tard, il avait fini par faire la base de son faux système
médical, et dont il n’avait pas non plus découvert la véritable nature et l’origine.
Bref, Pasteur n’a fait aucune des découvertes dont une légende, habilement propagée par certains intérêts, la proclame l’auteur.
Le plagiaire le plus effronté du xixe siècle et de tous les siècles : c’est Pasteur.
Et ses plus audacieux plagiats, il les a perpétrés surtout depuis 1872. Je sais ce que je dis; je ne devais pliis garder
le silence.
Pour l'histoire, pour la science., pour la Patrie, j’ai dû cesser de me taire.
J’ai l'honneur de vous prier de publier cette lettre dans
un des plus prochains numéros de La Liberté et d’agréer...
A. Béchamp,
• de V Académie de Médecine .
Seconde lettre au même.
Paris, le 4 septembre 1903.
* Monsieur le Directeur,
Il y a huit jours, j’ai eu l’honneur de vous prier de publier dans La Liberté ma protestation contre deux affirmations contenues dans un article où Pasteur, le plagiaire, était exalté.
J’ai le regret de constater que ma prière n’a pas été entendue.
Mais cela devait être.
« Dans ce temps d’Apachocratie »; comme vous l’écriviez ce matin, où nous vivons, il n’est point étonnant que des Intellectuels scientifiques soient assez puissants, même à La Liberté , pour étouffer la voix libre qui leur reproche
<le propager la légende mensongère qui fait d’un insigne plagiaire un grand homme.
Quand le désordre est à ce point dans les esprits d’en haut, comment ne le serait-il pas dans les esprits d’en bas et dans la Société.
J’ai l’honneur d^être .
A. Béchamp.
La troisième lettre a été écrite dans les circonstances suivantes : une Revue scientifique avait publié sur une question très intéressante, même au point de vue économique, un article où l’histoire et la science étaient outrageusement maltraitées pour glorifier les travaux, c’est à dire les plagiats de Pasteur et de ses élèves. J’envoyai au journal scientifique avec une lettre à son directeur, une réfutation de l’article. On ne voulut pas insérer et on me retourna mon manuscrit avec une lettre du directeur. Voici ma réponse à cette lettre :
Paris, le 16 septembre 1903.
Monsieur le Directeur,
Votre lettre du 8 de ce mois appelle surtout deux observations :
La première concerne ce que vous appelez « dans mon intérêt ». Sur ce point, je dois vous déclarer que jamais, écrivant sur une question scientifique, je n’ai consulté mon intérêt, mais uniquement celui de la science.
La seconde concerne le désir que j’aurais eu de mettre le public au courant de mes travaux. Non, ce n’est pas cela. Ce que j’ai voulu, c’est éclairer vos lecteurs et les détromper, du moins ceux qui voudraient l’être..
Ce que l'on devait conclure de l’ensemble de la réfutation supprimée, c’est que Pasteur et ses élèves ont été, en ces sujets, les victimes du plagiat et du mensonge.
Et maintenant que je ne veux plus concourir comme abonné à propager des erreurs très nuisibles au progrès, que vous ne me laissez pas combattre, je vous prie de ne plus me considérer comme votre abonné.
Avec mes regrets, etc.
A. Béchamp.
Pasteur, grand homme, la gloire la plus pure du xixe siècle et savant indiscuté, non seulement il nql’a pas été, mais la pure vérité est qu’il a été le savant de moins de génie, le plus simpliste et le plus superficiel de notre temps, en même temps que le plus plagiaire, le plus faux et le plus faiseur de bruit du xixe siècle ; de sorte que c’est à lui que s’appliquerait le plus exactement la seconde alternative de l’apophtègmefameuxd’E. deLaboulaye : « Celui qui fait le plus de bruit est le plus grand homme ou le plus grand charlatan. »
M. le Directeur de La Liberté n’a pas publié mes lettres, celui de la Revue n’a pas voulu publier ma réfutation, parce qu’elle mettait Pasteur à sa place. Cela me fit souvenir d’Emile de Girardin, qui voulait que l’on put tout écrire, parce qu’il admettait que l’on pouvait réfuter toute erreur et défendre toute vérité. Le directeur de la revue dont je*parlais, ne fut point de l’avis du grand journaliste. Cependant, la liberté de la presse n’est légitime qu'autant que le vrai sera aussi libre de se produire que le faux.
J’ai longtemps réfléchi, M. le Directeur, avant de laisser partir ma lettre. Elle partira parce que j’ai confiance
— lO¬
que le Petit Journal ne fera pas comme La Liberté. Aléa jacta est .
Agréez...
A. Béchàmp.
Ma démarche auprès de M. le Directeur du Petit Journal n’eut pas plus de succès qu’auprès de celui de La Liberté. Je ne fus donc pas étonné que, peu de temps après, à pro pos de la séance publique des cinq Académies de l’Institut et du prix décerné à cette occasion, à M. le Dr E. Roux, sous-directeur de l’Institut Pasteur, qualifié par le Petit Journal , d’illustre élève de Pasteur ; je ne fus pas étonné, dis-je, qu’il y fût rappelé que « l’admirable découverte de la prophylaxie de la rage par Pasteur » avait été faite dixhuit ans auparavant.
' J’ai donc jugé qu’il serait inutile d’insister pour dire que la prétendue découverte, si retentissante, qui soulevait l’enthousiasme du Petit Journal , n’était, elle aussi, que le fruit d’un plagiat, comme toutes les autres découvertes dont on glorifie Pasteur.
Il importe pourtant que l’on sache que le simpliste et empirique qu’était Pasteur, n’aurait jamais pu concevoir cette découverte pour la réaliser, pas plus qu’il n’avait conçu et réalisé celles qu’il avait plagiées auparavant, depuis près de quarante ans. Et ce n’a point été de ma faute si Pasteur, et d’autres empiriques comme lui, ont réussi à en imposer, même à des médecins, par leurs jDlagiats. C’est en vain que j’avais essayé de faire comprendre que Pasteur n’avait fait que plagier la découverte du Dr Duboué, de Pau, démontrant que la morsure du chien enragé ne communique la rage que si elle intéresse quelque nerf. Mais il était naturel qu’après avoir tardivement plagié
Davaine pour le sang de rate , il plagiât ensuite Duboué pour la rage.
Je sais fort bien, qu’en disant cela, je contredis absolument ce que la foule abusée croit de confiance, et le croit d’accord avec les majorités triomphantes dans les Académies, dans les Sociétés savantes et dans les chaires de l’enseignement en général. Eh bien, le sachant, et sachant positivement que l’on enseigne l’erreur radicale, ce m’est une raison de plus pour que je crie sur les toits que l’on se trompe, et qu’il y en a qui trompent, comme Pasteur trompait sciemment avant eux. Ce serait lâcheté de ma part de me taire plus longtemps.
Oui, lorsque en 1876, Pasteur préluda à ce que l’on a appelé son « œuvre médicale », il savait parfaitement qu’il trompait; sachant très bien que le principe de sa nouvelle doctrine médicale, laquelle deviendra « le microbisme », est absolument faux, n’a jamais été vérifié ou démontré. J’affirme que s’il a été si légèrement admis comme un dogme, c’est qu’il flattait les croyants d’un autre faux dogme d’une doctrine scientifique généralement professée, l’évolutionnisme, dont le principe fondamental est la génération spontanée.
En fait, il fallait être simpliste et superficiel, comme Pasteur l’était, pour comparer l’intérieur du corps humain au contenu d’un tonneau de vin ou de bière, et un membre blessé, à un cristal cassé. Aussi, la croyance au microbisme est-elle la croyance à une pure imbécillité. Le mot microbe est, même étymologiquement, aussi inexact que la doctrine qu’il sert à désigner est sotte.
Mais ce n’est point le lieu de fournir la preuve que ces graves affirmations, que j’ai cent fois répétées, en style académique, dans mes livres et dans les Académies, ne sont point gratuites. Ces preuves, éparses dans mes mé-
moires et dans mes livres, je les donnerai, condensées et coordonnées, dans l’histoire du microbisme erreur radicale, où j’exposerai, après avoir fait connaître l’expérience maîtresse dont elles découlent, les découvertes successives des faits, auparavant insoupçonnés, qui m’ont conduit à fonder la théorie microzymienne de l’organisation vivante, théorie tout expérimentale, ainsi nommée de l’élément anatomique fondamental de toute organisation vivante, que j’ai appelé microzyma , lequel j'ai démontré être T être vivant simple, physiologiquement impérissable, fonctionnant, comme fonctionnent en se nourrissant, les ferments figurés qui, eux-mêmes, sont vivants de la vie des microzymas qui sont leurs éléments anatomiques et qui, devenus libres, sont, en effet, comme leur nom l’exprime clairement, les plus petits des ferments figurés. Et les faits sur lesquels la théorie est fondée sont si certains, que Pasteur et tant d’autres après lui, depuis bientôt trente ans, les ont plagiés pour, en les détournant de leur signification naturelle propre, et en leur attribuant une origine imaginaire, les faire servir à étayer leurs faux systèmes et à justifier leurs erreurs.
Je l’ai fait voir, la théorie microzymienne, fondée sur des faits toujours vérifiables et vérifiés par ceux-là même qui, après les avoir niés, les ont plagiés, donnait enfin à la médecine une base expérimentale aussi stable, en respectant et expliquant les vérités acquises à travers les siècles, que la théorie lavoisiérienne de la matière l’avait donnée à la chimie. Je n’exagère point : en fait, depuis l’ère lavoisiérienne de la science, cette théorie est la première, en biologie générale, qui ait été fondée, selon la méthode de Lavoisier. Elle aurait donc dû, depuis longtemps, prendre rang en chimie physiologique, à la suite des mémorables conceptions ou découvertes de Lavoisier*
de Bichat, de Cagniard de Latour, de Turpin et de* J. -B. Dumas, qu’elle vérifie, confirme, explique, démontre, complète et étend dans tous les sens, jusqu’aux applications à la thérapeutique. Si, dans l’intérêt des progrès de la médecine, il n’en est pas encore ainsi, c’est que Pasteur, qui n’avait pas même tenu compte des opinions de Dumas, touchant la manière d’agir des ferments figurés dans les fermentations; qui avait nié que les leucocytes, les globules du sang, les spermatozoïdes, etc., fussent vivants, aidé par d’autres empiriques dans son œuvre de dénigrement des faits de la théorie, pour aboutir contre elle à la conspiration du silence; Pasteur, dis-je, avait réussi à en imposer au public médical des Académies, et par là, à ce que l’on appelle « le grand public » . Un exemple fera comprendre jusqu’où s’étendirent les ravages de l’imposture.
Le bénéficiaire du prix décerné dans la séance publique des cinq Académies, dont j’ai parlé, a publié, dans l’Agenda du Chimiste pour 1896, une Notice sur Louis Pasteur, dont la première phrase est celle-ci :
« L’œuvre médicale de Pasteur commence avec l’étude des fermentations ».
Un peu plus loin, à propos de « l’origine de la vie », faisant allusion aux discussions relatives à la génération spontanée qui eurent lieu à partir de la fin de 1838, l’auteur ose écrire ceci, qui est énorme :
« Pasteur avait déjà révolutionné la médecine avant d’avoir entrepris l’étude d’aucune maladie ».
Et comment fit-il cette révolution?
En faisant sortir « triomphante, la doctrine des germes »r de ses travaux sur les fermentations et sur la génératioa spontanée !
Est-ce vrai?
M. E. Roux fait remonter à 1857 la date du début de l'œuvre médicale de Pasteur et à un peu plus tard celle de la « triomphante doctrine des germes ».
En fait, le premier Mémoire de Pasteur, sur les fermentations, celui sur la fermentation lactique, a été publié seulement en 1858. C’est donc là que Pasteur aurait commencé à révolutionner la médecine par la « doctrine des germes ? »
Or, il y avait alors une hypothèse presque séculaire des germes, qui avait depuis longtemps servi à combattre la génération spontanée. Eh bien, non seulement il ne l'invoque point, ne la cite point, mais il affirme positivement et itérativement la génération spontanée de tous les ferments, y compris les vibrions, c'est-à-dire la génération spontanée, comme onia soutenait au xviii6 siècle. En 1860 même, il parlait de la génération spontanée de la levûre de bière. Enfin, de 1865 à 1868, dans l’étude d’une maladie des vers à soie, Pasteur invoqua-t-il la doctrine des germes? Eh bien, non! au contraire; tandis que je soutenais que la maladie est parasitaire, et que le parasite a pour origine un germe de l’air, Pasteur affirmait que ace serait une erreur » de le croire.
Non, non, le microbisme n’a point commencé avec l’étude des fermentations! Mais alors, comment qualifier autrement que d’imposture la phrase de M. E. Roux?
L'imposture avait si bien réussi, tout le monde était tellement persuadé que Pasteur était l’auteur des découvertes qu’il s’attribuait ou se laissait attribuer par des intéressés, qu’on ne doutait point qu’il était celui qui, par la « triomphante doctrine des germes », avait, comme il avait osé le dire à l’Académie Française même, victorieusement combattu la génération spontanée.
C’est là ce qui explique comment, à l’occasion del’érec-
tion d’une statue du plagiaire effronté à Chartres, M. F. Pascal, dans les Annales de la Patrie-Française du 15 juin 1903, pouvait écrire, sans étonner personne, ce que je vais citer en abrégeant :
« Homme de génie et savant expérimental, Pasteur croyait aux enseignements du catéchisme, avec la simplicité d’un premier communiant, et il aimait la France aussi naïvement, mon Dieu, que n’importe quel adhérent de la Ligue de la Patrie-Française. Ce sont des traits de ce grand bienfaiteur de l’humanité qu’on ne saurait assez rappeler.
« On se souvient que dans une conférence à la Sorbonne, en 1862, Pasteur montra scientifiquement, à l’encontre de l’opinion hasardée par Renan, que la création ne pouvait pas être l’œ.uvre de la matière.
« . On voudrait bien pouvoir mépriser Pasteur.
Mais il est impuissant à mordre sur la solidité de sa gloire... »
Pas de commentaire ! Mais on voit comment la « simplicité du premier communiant » du 15 juin a pu devenir « la gloire la plus pure du xixe siècle » le 26 août dans La Liberté , et « le savant indiscuté » le 2 octobre, dans le Petit Journal . Cependant, on s’expliquerait mal cet engouement s’il n’avait pas été savamment préparé. Or, il l’a été.
L’audacieuse affirmation de M. E. Roux du début de sa Notice sur Pasteur, n’aurait point suffi ; certainement aucun de ceux que j’ai montrés glorifiant le plagiaire ne l’avait lue. Un autre événement était très propre à en imposer au « grand public » et à égarer même le public instruit, mais mal informé. Le voici :
Par « délibération du Conseil Municipal du 7 décem-
bre 1894 », une plaque commémorative fut apposée sur un des murs de l’Ecole Normale, rue d’Ulm. Elle porte :
« Ici fut le laboratoire de Pasteur. — 1857, Fermenta-' tions. — 1860, Génération spontanée. — 1865, Maladies des vins et des bières. — 1868, Maladie des vers à soie. — 1881, Prophylaxie de la rage. »
La notice de M. E. Roux est le développement de cette inscription, à laquelle il manque pour être complète, un autre plagiat, celui-ci : 1857, Théorie de T antisepticité . Mais celte lacune de la plaque commémorative, M. E. Roux a osé la combler. En effet, voici comment, dès la seconde page de. sa Notice, il s’y prend : « C’est, dit-il, par une expérience bien faite sur la fermentation que Pasteur » a éclairé Lister et lui a fait imaginer « les pansements antiseptiques. >> Et c’est ainsi que Pasteur a « sauvé plus de blessés que tous les maîtres de la chirurgie. »
On ne pouvait point en imposer avec plus d’audace au lecteur pour l’égarer ; il est vrai que le plagiat du chirurgien anglais Lister avait été puissamment aidé par Pasteur : à plagiaire, plagiaire et demi. M. E. Roux y a aidé de son mieux, car « l’expérience bien faite » de Pasteur est un faux; et l’application inspirée par cette expérience en est un autre’ (1). Ce n’est pas ici non plus le lieu d’en donner la preuve. Je rappelle seulement que P on n’a pas osé inscrire le plagiat Lister à l’actif de Pasteur avec les cinq autres, lesquels sont tout aussi faciles à prouver que celui-là, quoique plus compliqués, en ce qu’ils n’intéressent pas seulement moi, mais encore d’autres, parmi lesquels surtout des Français.
1. Dans son exposé des Travaux de Pasteur, publié dans le Centenaire de l’Ecole de pharmacie de Strasbourg, aujourd’hui à Nancy, on a osé attribuer la théorie de l’antisepticité à Pasteur.
Ce que je viens d’écrire n'est point pour de vaines réclamations de priorité, ni dans un but intéressé. Ainsi, lorsque la plaque fut apposée, je ne dis rien, car dans les inscriptions il n’y avait guère d’inexact que la plupart des dates, le reste étant matériellement vrai, Pasteur s’étant réellement occupé des questions énumérées. Le génie de Pasteur n’y était que sous-entendu. D’ailleurs, l'apposition de la plaque était au nom du Conseil municipal d’alors, très ami de Pasteur. Je n’ai rien dit non plus à propos des statues érigées à celui que j’avais désigné plagiaire dans une communication académique. Si je proteste à propos de l’érection du monument au plagiaire effronté, c’est qu’il m’avait paru que le Gouvernement était trompé par les pasteuriens intéressés à la glorification de leur maître ; et aussi parce que ce monument va consacrer au nom de la France, le système scientifique le plus faux, le plus dangereux qui puisse être imaginé, et donner aux empiriques successeurs de Pasteur encore plus de crédit auprès de la foule.
Je finis en répétant que Pasteur n'a fait aucune des découvertes qu’on lui attribue; qu'il n’en a même fait aucune (1). En fait, il n'a déraciné ni contribué à dérainer aucune erreur; c'est pourquoi il a été soutenu et est soutenu par ceux dont il n’a pas combattu les faux systèmes. Bref, Pasteur n’a introduit aucune vérité nouvelle essentielle dans les sciences qu’il a cultivées; et il en a été ainsi, parce que, médiocrité point par trop médiocre, — comme disait Jules Simon — simpliste, superficiel et incapable, il n’avait jamais rien compris aux travaux féconds des anciens, des modernes ou des contemporains, comme il n’avait rien compris, même après ses plagiats,