C’est ce qu’explique clairement l’épigraphe du titre
aux choses plagiées et à ses propres expérimentations. Mais habile arriviste et arrivé, il a dénigré les vérités qu'il avait plagiées en les méconnaissant, et par là, il a contribué et continue à contribuer, par ses imitateurs, à enrayer Je progrès de la science.
On n'est point responsable de l’esprit qu’on a, médiocre ou supérieur; mais on est responsable de l’usage qu’on en fait.
Louis Pasteur est responsable de ses plagiats, de ses mensonges et de ses charlatanismes.
Le document suivant, déjà un peu vieux, n’était pas destiné à être publié. Il légitimera ce que j’ai écrit, et montrera jusqu’où s’étendait la funeste influence de Pasteur. Si la lettre est enfin publiée, c’est que ie destinataire est mort.
Paris , Mai 1900.
A Monsieur le Docteur VITTEAUT
Monsieur le Docteur,
j’ai reçu votre « question scientifieo religieuse ». Je vous en remercie, mais seulement parce que vous et moi nous adorons le même Dieu; autrement je ne vous remercierais pas et surtout, si je ne vous tenais en très haute estime à cause de vos bonnes intentions, je ne vous écrirais pas. Je vais le faire avec la plus entière sincérité, en disant « cela est, cela n’est pas » puisque c'est conforme au « Sermon sur la Montagne », le surplus venant du malin, et je le ferai pour me plaindre, pour me justifier et pour vous désabuser.
Permettez-moi de vous dire d’abord et tout de suite, que M. Denys Cochin, (si je le juge d’après ce que vous en dites)., vous a induit en erreur au sujet de M. Pasteur, et cela, soit par ignorance ou mauvaise foi. Quant à ce que vous avez appelé ma disgrâce à l’Université catholique de Lille, je dis carrément que celui ou ceux qui vous ont renseigné, vous en ont imposé et étaient des menteurs ou des calomniateurs. J’ajoute qu’en mettant à la suite des grands noms de Galilée, de Descartes, de Newton, de J. -B. Dumas celui de Pasteur, vous leur avez fait le plus cruel outrage et comme savants et comme honnêtes gens. Pasteur comparé à ces géants n’était qu’un pygmée, de plus un plagiaire, un superficiel et pour tout dire, un faiseur malhonnête.
Pour rendre hommage à la vérité, permettez-moi de vous 'dire aussi que j’ai connu des matérialistes et de ceux qui se disent athées qui étaient pleins de droiture et d’honnêteté et que dans le même temps j’ai connu à l’Université catholique de Lille, des cardinaux, des archevêques, des évêques, des prêtres et des catholiques laïques qui étaient à la fois sans droiture et sans honnêteté. Et si, malgré leurs méfaits dont j’ai été victime, je suis resté fidèle à Jésus, c’est que je me suis souvenu que les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse et que parmi les douze il y avait Judas !
C’est évidemment a la fois pour grandir voire héros et pour me faire un compliment que vous m’avez fait le précurseur de Pasteur. Je ne sais où vous avez pris cette opinion que vous aviez déjà émise ailleurs et que je n’avais pas relevée; mais puisque vous la reproduisez dans des conditions que je tiens pour offensantes, souffrez que je vous dise ceci : Je suis le Précurseur de Pasteur exactement comme le volé est le précurseur de la fortune du voleur enrichi, heureux et insolent qui le nargue et le calomnie.
Voilà pour ma plainte et pour ma justification.
Voici qui est pour vous désabuser : Je pose en fait que Pasteur, quoique vous disiez, d’après M. Denys Cochin, n’a découvert aucun des faits dont vous le glorifiez et qu’il n’a introduit Mans la science aucune vérité nouvelle. Vous auriez pu vous en convaincre rien qu’en lisant la Préface du livre sur les Microzymas (1883), ces pauvres microzymas qui vous déplaisent tant, sans même les connaître.
Un seul exemple suffit pour démolir tout l’échafaudage construit pour élever le monument à la gloire de celui que vous dites « notre Pasteur ». C’est celui qui prouve qu’il n’a découvert ni les germes dont vous parlez, ni résolu /’ antique question des générations spontanées. Si cela est prouvé, il ne reste rien de votre assertion que Pasteur a prouvé que la vie ri' apparaît jamais sans un germe , que dans le monde vivant par conséquent, tout être vivant procède d’une cellule, « omnis cellula a
cellula ». Eh bien non ! Monsieur le Docteur, cela n’est point vrai, et M. Denys Cochin, sur l’autorité de qui vous vous appuyez, s’il a dit cela, n’a pas été un historien véridique.
Voici sur ce point l’exacte vérité historique :
Il y avait dans la science deux courants : L’antique croyance à la génération spontanée, laquelle, à l’égard de l’origine des Infusoires, avait encore des adeptes aux environs de 1857; et une hypothèse , bientôt deux fois séculaire, selon laquelle les germes de tous les êtres vivants possibles auraient été universellement disséminés par Dieu dans l’air, dans les eaux et dans la terre, à l’origine des choses; c’est là ce que l’on*a appelé la Panspermie. Cette hypothèse avait servi, au commencement du xvme siècle, à combattre la génération spontanée et dans le cours du xixe, après 1837, à expliquer les fermentations et les ferments; elle avait encore des défenseurs en 1857.
Les véritables précurseurs de Pasteur seraient donc Charles Bonnet, celui qui a imaginé l’hypothèse pour expliquer la génération et Spellanzani, celui qui l’appliqua contre les partisans de la génération spontanée dont Needham, prêtre catholique, qui combattit Voltaire, était avec Buffon le plus convaincu. Je cite Needham pour bien établir qu’on peut être spontépariste sans être nécessairement matérialiste.
Pasteur, si l’assertion que vous avez émise était vraie, aurait donc été avec Spallangani contre Needham, avec ceux qui expliquaient les fermentations et la naissance des ferments par les germes, contre ceux qui tenaient pour la génération spontanée. Eh bien non ! Monsieur le Docteur, Pasteur était avec Needham contre Spallangani.
Pour s’en convaincre, il suffît du Mémoire sur la Fermentation lactique qu’il publia, en 1858, aux Annales de Chimie et de Physique. Là, vous verrez que Pasteur a affirmé itérativement que la levure lactique, les vibrions et la levure de bière, laquelle est une véritable cellule, prennent spontanément naissance de la matière albuminoïde du milieu fermentescible. Est-ce clair?
Ainsi donc en 1858, Pasteur pouvant choisir entre deux hypothèses ayant chacune des adhérents : celle des germes et celle de la spontéparité, se prononça pour la génération spontanée, sans même discuter l'hypothèse des germes. Il serait trop long de vous faire voir combien il a été superficiel dans son expérimentation. Quoiqu’il en soit, je n’ai jamais dit que Pasteur spontépariste, fût de ce fait matérialiste.
Sans doute, dans la suite, le roublard changea son fusil d’épaule! Mais qui donc l’y a contraint en le faisant revenir de son erreur et de sa légèreté? Je vous le dis sans détour : c’est moi. En 1857, à la suite d’expériences commencées en 1854, j’avais vérifié l’hypothèse des germes et conclu contre la génération spontanée. Je ne m’en tins pas là et d’une suite ininterrompue de travaux, dont la conférence sur la circulation du carbone, que vous citez, ne fut qu’un épisode, la théorie microzymienne de l’organisation vivante était complété en 1870, même au point de vue de la pathologie et de la thérapeutique. Quelques années après, j’avais réduit à ses véritables proportions la vieille hypothèse des germes, en démontrant que les prétendus germes ne sont que les microzymas d’organismes disparus. J’ajoute seulement que la pathologie, selon la théorie microzymienne, n’est que la justification de l'aphorisme hippocratique que Pietoux énonçait comme ceci : « les maladies naissent de nous en nous », et que par conséquent il ne peut pas exister de germes primitivement pathogènes dans 1 air. J’ajoute enfin que ce sont mes expériences qui ont fondé la théorie de l’antisepticité et conduit à l’emploi des antiseptiques médicinaux.
Et qu’a fait Pasteur?
Il tint ma vérification de l’hypothèse, si parfaite et concluante qu’il admit la panspernice dans le sens de mon Mémoire de 1857, c’est à dire dans le sens ancien et s’en attribua la vérification, faisant accroire au public, même des Académies, que par là il avait combattu victorieusement la génération spontanée. Dès lors il expliqua par les germes de l’air tout ce qu’il
avait expliqué par la génération spontanée. J’ajoute, pour1 réfuter votre assertion, que Pasteur avait prouvé que tout être vivant procède d’une cellule, que le célèbre microbiste, en 1866-67, amené à se prononcer sur la question de savoir si la cellule était vivante, se prononça pour la négative, si bien qu’en 1876, il assura que l’intérieur du corps humain était comparable à l’égard des germes de Pair, au contenu d’un vase plein de vin ou de bière.
Mais où l’inconscience de Pasteur js’est révélée avec le plus d’éclat, c’est lorsque en 1872, il tenta de se faire attribuer la découverte des faits de la théorie microzymienne, même au point de vue pathologique. Alors il imagina ce que le D1' E. Roux a appelé V œuvre médicale de Pasteur, savoir le microbisme, selon lequel outre la panspermie classique il y aurait une panspernice pathogène. Le microbisme est une doctrine fataliste monstrueuse, puisqu’il suppose qu’à l’origine des choses, Dieu aurait créé les germes des microbes destinés à nous rendre malades. C’est ainsi que le microbisme est la contre façon à rebours de la théorie microzymienne. Ceci, pour légitimer l’expression de faiseur appliquée à votre héros. Je m’arrête.
En finissant, laissez-moi vous dire que votre assertion, selon laquelle j’aurais mérité d'être disgracié par les chefs de l’Université catholique de Lille, comme matérialiste et comme enseignant le matérialisme est absolument fausse. Non, Monsieur le Docteur, on ne m’a pas obligé à me retirer, on ma expulsé , non pour cause de matérialisme, mais à cause de la dignité de ma conduite. Je n’étais pas docile, voulant qu’on respectât les engagements que j’avais exigé dans l’intérêt de la Science et de l’Enseignement. Ils ont violé les traités et je leur ai fait un procès qu’ils n’ont pas laissé plaider. Il y a pourtant un peu de vrai dans votre fable : Pasteur voulait faire croire qu’en tenant le microzyma pour autonomiquement vivant (lorsqu’il n’eut pas réussi à s’en faire attribuer la découverte), j’étais matérialiste. Mais il y a mieux. C’est vous même dans certaine lettre que vous m’écriviez après un diner à Passy, qui avez imaginé
ia fable, me disant que les croyants étaient de votre avis. Je n’ai donc pas été surpris que, peu de temps après, la Gazette de France enfourchât le même dada et que dans le même temps un méchant prêtre qu’on avait fait Recteur de l’Université catholique et monsignorisé ait essayé de nommer une commission de théologiens pour faire mettre le livre de Microzymas à l’index.
Ah! si nous avions été au temps de Galilée, de Savonarole et surtout de Jeanne d’Arc, comme le méchant Monsignor aurait bâti là-dessus un joli procès d’hérésie qui m’aurait conduit au bûcher.
Je finis là-dessus, Monsieur le Docteur, en vous donnant quand même la main, mais en priant Dieu de vous inspirer le désir de mieux connaître avant de condamner.
Signé : A. Bécüamp.
Imprimerie G. Gambart et Cie, 52, Avenue du Maine, Paris.