Vol. .^, p
polisme, de proscriplions, et liailé les princes légitimes fort lestement, devint partie de la haute chambre royale sans perdre ses 36,000 francs de rente.... » Presque tous firent partie de la Chambre des Pairs; et tel était dans cette Chambre l'élément libéral!
Le sage et spirituel Pasquier, préfet de police de Napoléon pendant la campagne de France, rallié à Louis XVIII, en 1814, n'éprouve aucun scrupuleàcet égard. Pendantles Cent jours, il est exilé en province. « Pourquoi partez-vous, lui dit son ami Foucher? Faites-vous nommer plutôt Conseiller d'Élat. Cet homme est fou : ceci ne peut durer. » A la rentrée du Roi, il est garde des Sceaux, bientôt pair de France.
Mais ne jugeons pas trop sévèrement les hommes qui avaient traversé de si terribles et extraordinaires épreuves. Ce qui importe et ce qui n'est pas contestable, c'est que les principes affirmés en 1814 furent fidèlement observés par la Monarchie restaurée, pendant quinze ans. Jusqu'au jour des fatales et absurdes Ordonnances, la liberté parlementaire fut respectée et florissante, pour le grand bien et l'honneur du pays. S'il est vrai de dire que les discussions par lesquelles le régime parlementaire fut inauguré en France eurent en général un caractère théorique et philosophique (témoin le discours célèbre de Royer-Collard contre la loi du sacrilège), cette constatation n'ôte rien à leur mérite : elles s'élèvent fort au-dessus des rancunes, des injures personnelles, des intérêts de coterie. Elles portèrent en général sur des idées, sur des doctrines pluttit que sur des faits. L'éloquence parlementaire s'éleva très haut, étant débarrassée de l'emphase des assemblées révolutionnaires.
Ces luttes philosophiques ne furent pas infécondes, et la doctrine de la liberté parlementaire se constitua grâce à elles. On s'est mo(|ué des doctrinaires : ce serait un bien pour les Parlements et pour la Presse contemporaine d'avoir conservé quelques héritiers de celte honnête race. Concevoir clairement une doctrine politique et la défendre avec fidélité est le fait d'une âme estimable et d'un esprit peu vulgaire.
14 i LOUIS-PHILIPPE.
Ces discussions théoriques n'en amenèrent pas moins de gros orages. Les idées exprimées soulèvent souvent plus ds colères que ne font les griefs matériels ; et parmi les fautes qui conduisent à une catastrophe, mal penser, mal parler,
coûte quelquefois plus cher que mal agir.
Cette réflexion se présente à l'esprit quand on relit l'his-
oire de Louis XVIII et de Charles X. L'opinion se passioni a pour ou contre des idées, bien plus qu'elle n'eut à s'inquiéter
des actes du Gouvernement. Ce fut une querelle de penseurs et d'écrivains, un exemple unique d'idéalisme politique, jusqu'au jour fatal des Ordonnances.
Après cette tentative de coup dÉtat, Louis-Philippe, Roi des Français, aura le droit de dire : la charte sera désormais une vérité. Car clic avait cessé ce jour-là d'être une vérité.
Mais pendant quinze ans, la Charte avait été respectée : on va voir que la fameuse Adresse des 221 le reconnaissait hautement : elle rendait hommage au gouvernement du Roi pour quinze années de prospérité et de liberté.
Le 8 août 1829 fut créé le Ministère de M. le Prince de Polignac ; et ce Ministère ne convoqua les Chambres que sept mois après son entrée aux alTaires.
Le 5 mars 1850, le Roi, au Louvre, devant les Pairs et les Députés, prononça le discours du Trône. Il parle de la Grèce, « qui va renaître de ses ruines sous la protection des Puissances signataires du traité du 6 juillet » ; et du Portugal, où il s'efiorce d'apaiser les querelles qui divisent la Maison de Bragance.
Il termine son discours par ces mots :
« Le premier besoin de mon cœur est de voir la P>auce heureuse et respectée développer toutes les richesses de son sol et de son industrie, et jouir en paix des institutions dont j'ai la ferme volonté de consolider le bienfait. La Charte a placé les libertés publiques sous la sauvegarde de ma Cou-
ronne : ces droits sont sacrés ; mon devoir envers mon peuple est de les transmettre intacts à mes successeurs. Pairs de France, députés je ne doute pas de votre concours. Vous repousserez les perfides insinuations que la malveillance cherche à propager. Si de coupables manœuvres suscitaient à mon Gouvernement des obstacles que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français, et l'amour qu'ils ont toujours montré pour leurs Rois. »
Le langage du Roi est inquiet et menaçant, autant qu'un pareil genre d'éloquence peut prendre ce caractère. Il aura la force de repousser de perfides insinuations, de dompter la malveillance, de vaincre les obstacles.
La réponse des Pairs, le 9 mars, est destinée à le rassurer, à le détourner aussi d'une entreprise contre les libertés publiques.
« Les droits de votre Couronne, Sire, ne sont pas moins
chers à votre peuple que ses libertés.... La France ne veut pas plus de l'anarchie que son Roi ne veut du despotisme.
« Si des manœuvres coupables suscitaient à votre Gouvernement des obstacles, ils seraient bientôt surmontés non seulement par les Pairs défenseurs héréditaires du trône et de la Charte, mais par le concours simultané des deux Chambres et par celui de l'immense majorité des Français.... »
Les Pairs prévoient un acte de rigueur, et prennent, par avance, la défense des députés.
L'Adresse des députés fut longuement discutée entre eux, votée enfin au scrutin secret, par 221 voix. Elle fut lue devant le Roi le 18 mars 1830 par M. Royer-Collard, président de la Chambre. Voici le passage princijial :
« Votre Majesté a ordonné de nous présenter une loi relative à l'amortissement et à la dette publique. L'importance des questions que rcniermcnt ces projets et l'obligation de tenir une balance exacte entre les divers intérôls qui s'y rapportent, exciteront au plus haut degré notre .sollicitude: une Louis-piiiLii'i'i;. 10
organisation équitable et habilement combinée du crédit public sera, pour la France, un puissant moyen de prospérité, et pour V. M. un nouveau titre à la gratitude de ses peuples.
e Mais il est une condition nécessaire à Taccomplissement de ce bienfait, et sans laquelle il demeurerait stérile; c'est la sécurité de l'avenir, fondement le plus solide du crédit et premier besoin de l'industrie.
« Accourus à votre voix de tous les points de votre royaume, nous vous apportons de toutes parts, Sire, l'hommage d'un peuple fidèle, encore ému de vous avoir vu le plus bienfaisant de tous au milieu de la bienfaisance universelle, et qui révère en vous le modèle accompli des plus touchantes vertus. Sire, ce peuple chérit et respecte votre autorité ; quinze ans de paix et de liberté qu'il doit à votre auguste frère et à vous ont profondément enraciné dans son cœur la reconnaissance qui l'attache à votre royale famille; sa raison, mûrie par l'expérience et par la liberté des discussions, lui dit que c'est surtout en matière d'autorité que l'antiquité de la possession est le plus saint de tous les titres, et que c'est pour son bonheur autant que pour votre gloire que les siècles ont placé votre trône dans une région inaccessible aux orages. Sa con viction s'accorde donc avec son devoir pour lui présenter les droits sacrés de votre Couronne comme la plus sûre garantie de ses libertés, et l'intégrité de vos prérogatives comme nécessaire à la conservation de ces droits.
« Cependant, Sire, au milieu des sentiments unanimes de respect et d'affection dont votre peuple vous entoure, il se manifeste dans les esprits une vive inquiétude qui trouble la sécurité dont la France avait commencé à jouir, altère les sources de sa pr-'-^périté, et pourrait, si elle se prolongeait^ devenir funesfc à son repos. Notre conscience, notre honneur, la fîdé'iLé que nous avons jurée, et que nous vous garderons toujours, nous imposent le devoir de vous en dévoiler la cause.
* Sire, la Charte que nous devons à votre auguste prédéces-
sciir, cl dont Voire Majesté a la ferme volonté de consolider le bienfait, consacre comme un droit l'intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, elle est en effet, indirecte, sagement mesurée, circonscrite dans des limites exactement tracées, et que nous ne souffrirons jamais que l'on ose tenter de franchir; mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre Gouvernement avec les vœux de votre peuple la condition indispensable delà marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe pas.
« Une défiance injuste des sentiments et de la raison de la France est aujourd'hui la pensée fondamentale de l'Administration. Votre peuple s'en .afflige, parce qu'elle est injurieuse pour lui; il s'en inquiète, parce qu'elle est menaçante pour seslibertés !
» Cette défiance ne saurait approcher de votre noble cœur. Non, Sire, la « France ne veut pas plus de l'anarchie que I vous ne voulez du despotisme » ; elle est digne que vous ayez foi dans sa loyauté,, comme elle a foi dans vos promesses.
« Entre ceux qui méconnaissent une Nation si calme, si fidèle, et nous qui, avec une conviction profonde, venons déposer dans votre sein les douleurs de tout un peuple jaloux de l'estime et de la confiance de son Roi, que la haute sagesse de Votre Majesté prononce! Ses royales prérogatives ont placé dans ses mains les moyens d'assurer, entre les pouvoirs de l'Etat, celte harmonie constitutionnelle, première et nécessaire condition de la force du Trône et de la grandeur de la France. »
Telle est 1 Adresse, dite des 221, et qui fut considérée comme un refus de concours et une otTense.
L'Adresse avait été lue, et probablement écrite, par le Pivisidcnl Royer-Collard, dont on reconnaît la sagesse éloquente et la fermeté.
Le Pxoi répondit au Président de la Chambre :
« Monsieur, j'ai entendu l'Adresse que vous me présentez au nom de la Chambre des députés.
< J'avais le droit de compter sur le concours des deux Chambres pour accomplir tout le bien que je méditais; mon cœur s'afflig-e de voir les députés des départements déclarer que, de leur part, ce concours n'existe pas.
« Messieurs, j'ai annoncé mes résolutions dans mon discours d'ouverture de la session. Ces résolutions sont immuables ; l'intérêt de mon peuple me défend de m'en écarter.
« iles Ministres vous feront connaître mes intentions. »
Le langage du Roi annonce clairement une nouvelle dissolution.
Les 221 n'avaient fait cependant qu'user du droit de présenter au Roi une Adresse, et ne s'étaient en rien écartés de la Constitution.
Mais on prétendit qu'ils n'attaquaient plus le Ministère, mais découvraient le Roi lui-même.
Dans le beau livre de famille que vient de publier M. le Cardinal de Cabrières, nous voyons quelle indignation éclate en province :
« La plupart des royalistes de Nîmes furent émus par la Déclaration des Deux cent vingt et un (16 mars 1850), dont le désaccord avec le Ministère, publiquement avoué, atteignait direct(!ment le Roi. Ils déplorèrent l'offense, dont Charles X s'étai* plnmt nvec dignité : ils compatirent à l'aveu de sa douloureuse surprise; et beaucoup d'entre eux regardèrent les Deux cent vingt et un comme des révoltés dont il fallait se séparer à jamais.
« Mon père fut de ceux que cet acte audacieux remplit d'indignation ; et on le vit alors s'éloigner pour toujours d'un compagnon, d'un ami de sa jeunesse, dont il avait jusque-là partagé les sentiments. »
Nous avons peine aujourd'hui à comprendre celte colère-î Les remontrances contenues dans l'Adresse des « 221 » sont
présentées sovis une forme respectueuse et loyale. Quelle était la véritable cause du désaccord ?0ù se trouvait le point de divergence entre le Ministère et les députés?
Les finances, malgré une légère diminution du revenu en 1829, étaient prospères. Navarin, la prise d'Alger avaient acquis à nos armes une nouvelle gloire : c'étaient là des SU0CC5 sans jalousie et sans rancune, de sympathiques victoires. Toutes les nations civilisées se réjouissaient de la délivrance de la Grèce. La plupart avaient dû consentir, par un tribut payé au dey d'Alger, à s'assurer contre les méfaits des pirates barbaresques; la fière Angleterre elle-même offrait un gros présent quand elle changeait son Consul. Sur ces grandes questions l'accord régnait entre le Gouvernement et la Chambre.
Que fallait-il donc entendre par manœuvres coupables et quelle était l'origine de tant d'inquiétudes d'avenir? Pourquoi cette obligation soudainement apparue de sauver les droits de la Couronne?
La lutte politique, nous l'avons montré, avait été surtout sous la Restauration une discussion de doctrines et d'idées, entre philosophes et orateurs; le peuple s'intéressait à ces éloquentes querelles, même sans apercevoir un objet immédiat à atteindre. L'opinion en général était satisfaite, ou tout au moins ne voulait pas courir le risque de changements. Et la fin de la compression impériale avait surtout fait éclore le besoin de penser tout haut, de parler, de s'entretenir avec ses semblables.
Il résulte de là que la Presse était devenue la plus populaire des institutions, la grande conquête du régime libéral. Et quels furent alors les journalistes : Bertin de Vaux, Fiévée, Nodier, aux Débats, où, après 1824, Chateaubriand venait les rejoindre. Thiers, avec Armand Carrel, mordant et tenace, fondait dans les derniers mois le National, Laurentie dirigeait la Quotidienne; l'abbé de Genoude, depuis 1825, la Gazette de France.
Avec des intentions différentes les lois de 1819, 1822, 1828
s'étaient succédé. La liberté de la presse était, dans la politique de la Restauration, la question capitale, et les effets de celte liberté, largement concédée en 1828, épouvantaient M. de Polignac. Parcourant un jour au hasard une liste des arrêts de Tancien Parlement de Paris j'ai trouvé une con-" damnation prononcée à la requête d'une chapelière de la rue Saint-Honoré, qui s'était évanouie de frayeur, un crieur ayant ouvert brusquement sa porte en hurlant : La Gazette !
Cette anecdote dépeint l'état d'âme de M. de Polignac Comme la chapelière, les crieurs de journaux le font évanouir. Il voudrait revenir à des temps paisibles, qui durent encore en Italie et en Espagne, ou de semblables émotions sont inconnues. Si l'on veut juger M. de Pohgnac, il faut lire le long rapport qui précède ses Ordonnances. Ce rapport occupe quatre colonnes du Moniteur. Il n'y est question ni d'élections, ni de réformes sociales, ni des Sociétés secrètes et des complots; mais seulement delà Presse. Le Ministre n'appelle l'attention du Roi que sur ce seul objet. Il développe méthodiquement un plaidoyer haineux et à courtes vues. Voici l'exorde :
« Sire, vos Ministres seraient peu dignes de la confiance dont Votre Majesté les honore s'ils tardaient à placer sous ses yeux un aperçu de notre situation intérieure et à si gnaler à votre haute sagesse le danger de la Presse périodique. »
Mais dans ce document nous ne trouverons rien en fait d'aperçu de la situation intérieure; ce n'est qu'une longue diatribe contre la Presse.
Des hommes « éclairés sans doute et de bonne foi », entraînés par l'exemple mal compris d'un peuple voisin, ont cru que les avantages et les inconvénients de la Presse se balanceraient ; que ses excès seraient détruits par les excès contraires. Il n'en est pas ainsi : l'expérience est déci.sive; la conscience publique a jugé — « à toutes les époques la Presse périodique n'a été et il n'est dans sa nature d'être qu'un instrument de désordre et de sédition ».
€ Elle manque d'esprit politique et empêchera toujours de gouverner en paix. » Depuis 1814, tous les Ministères, quoique soumis à des directions opposées, ont été soumis aux mêmes traits, aux mêmes attaques.
Elle n'est pas sincère. Elle ne provoque pas sur les questions politiques une discussion franche et utile; mais les présente sous un faux jour et les résout par des sophismes. Elle trouble ainsi les meilleures intelligences. « Un épais nuage, élevé par les journaux, intercepte la lumière entre le Gouvernement du Roi et les peuples. »
Elle est ambitieuse et prétend s'emparer des pouvoirs de l'État. Elle domine, elle opprime la Chambre des Députés. € La liberté des délibérations succombe sous ses coups. » Elle a provoqué cette Adresse justement trouvée offensante par le Roi : et tous les jours elle a renouvelé l'offense, exigeant la réélection des 22\ signataires.
Elle s'est montrée indifférente àlhonneur national, et critique avec violence les causes, les préparatifs, les chances de succès de l'expédition d'Alger. Elle eût trouvé bon que € notre pavillon restât flétri par les insultes d'un barbare, et l'Europe asservie à des tributs honteux ».
Elle a publié, par une véritable trahison, les secrets de l'armement, l'état de nos forces, le dénombrement de nos troupes et de nos vaisseaux, les points de station, les meilleurs moyens d'aborder la côte.
Elle organise la diffamation contre les serviteurs de l'État même les plus modestes, < n'épargne que ceux dont la fidélité chancelle, ne loue que ceux dont la fidélité succombe ».
Enfin la Presse périodique poursuit de ses traits envenimés les prêtres et la religion. « Elle veut, elle voudra toujour.-? déraciner jusqu'au dernier germe du sentiment religieux.... Siré, ne doutez pas qu'elle n'y parvienne. »
« Contre tant de maux enfantés par la Presse périodique les l»is et la justice sont impuissantes.
« .... Les mœuB6 judiciaites se prêtent difficilement à une
répression efficace.... La poursuite judiciaire se lasse; la presse séditieuse ne se lasse jamais.,., etc. »
C est là, en résumé, mais sans omission, tout ce que contient ce document. C'est un véritable article de journal ; la réplique furieuse d'un Ministre qui, suivant le langage moderne, aurait eu une mauvaise Presse. C'est d'ailleurs un mauvais article, une attaque violente et banale, à laquelle il est trop aisé de répondre. La presse n'est pas sans danger; mais être privés de la presse serait un danger autrement grave. Voilà ce que de nos jours le gros des hommes modernes, suivant le mot de Littré, ne discute pas, ne suppose même pas.
Quelle triste conclusion pour quinze années de vie parlementaire et littéraire intense et brillante, et pour une des belles périodes de la pensée française!
Les mesures proposées étaient d'ailleurs exorbitantes, inadmissibles. La liberté de la Presse est suspendue par la première Ordonnance ; et dorénavant aucun journal ne pourra paraître sans une autorisation, laquelle devra être renouvelée ' tous les trois mois ! Une seconde Ordonnance dissout la Chambre; une troisième restreint le Droit électoral. La Charte est abolie.
Comment a-t-on décidé le Roi? Comment Ta-t-on contraint à signer?
Relisons la conclusion de ]\L de Polignac. Elle est en complète disproportion avec tout le contenu du Rapport; beaucoup plus générale, beaucoup plus solennelle :
« La constitution de l'État, dit le Ministre, est ébranlée : Votre Majesté seule conserve la force de la rasseoir et de la ralïermir sur ses bases. Le droit comme le devoir d'en assurer le maintien est l'attribut inséparable de la souveraineté.... D'impérieuses nécessités ne permettent plus de différer l'exercice de ce pouvoir suprême. Le moment est venu de recourir à des mesures qui rentrent dans l'esprit de la Charte mais qui sont en dehors de l'ordre légal dont toutes les ressources ont été inutilement épuisées.
« Ces mesures, vos Ministres en assureront le succès. »
Il avoue donc que les mesures proposées sont en dehors de l'ordre légal. Mais le droit de rasseoir et de raffermir l'Etat sur ses bases est un attribut de la souveraineté.
Un semblable attribut permettrait d'abolir toute constitution. Morny, avec un accent moins mystique, et plus dironie, dira plus tard : « Nous sortons de la légalité pour rentrer dans le Droit. »
Ainsi faillit se terminer en France ihistoire de la Monarchie constitutionnelle.
PENDANT les Cent Jours, le Duc d'Orléans a refusé daller à Gand. et le Roi lui en tient rigueur. Louis XVIII, rentré aux Tuileries, ne l'appelle point à Paris.
Le Duc d'Orléans y vient deux fois, coup sur coup. Les lettres suivantes font connaître ses sentiments intimes. Elles sont adressées à son fidèle ami et confident, M. le Vicomte de Chabot :
Twickenham. 26 juillet 1815.
« Mon cher Vicomte,
« Telle qu'une bombe lancée par un mortier, je vais quitter Twickenham — la paix de Twick — pour tomber dans Paris agité. J'ai reçu de Paris nombre de lettres, qui toutes me pressent d'arriver au plus tôt. Ce n'est pas que le Roi ait eu la condescendance de m'adresser une invitation, ou de m'cnvoyer un message. Non ; je dois toujours me tenir à Goventry'. Ma lettre est restée sans réponse. Mais pour m'appeler à Paris on a imaginé un procédé plus péremploire ; dans la liste des personnes dont les biens ont été délivrés du séquestre imposé par Buonaparte, mon nom a été omis . Je vais courir droit au Palais-Royal, si, comme je l'espère, le portier veut bien me laisser entrer.
« Voulez-vous venir? J'en serais charmé, je vous le demanderais si je ne consultais que mon désir. Mais je pense
1. Envoyer à Covenlry : e.vpression familière anglaise, avec le sens de « melLre en pénitence. •
à VOUS. J'ai peur que l'instabilité de là-bas n'ait rien à offrir en compensation de ce que- vous auriez à perdre ici. Pensez-y bien, avant de prendre un parti. Je ne veux faire qu'un court voyage. La Duchesse, ma sœur, les enfants restent ici, tant que je n'aurai pas vu quelle tournure prennent les choses. Je les vois très en noir, avec de grosses convulsions prochaines. De Paris je vous écrirai ce qui en est; ou, si je n'ai pas le temps d'écrire, ces dames vous feront savoir ce que je pense. J'ai pris mon passeport aller et retour, comptant bien revenir, si je le peux, sans délai.
* Mes meilleurs compliments à Lady Isabella. Bien à vous.
« L.-Pn. d'Orléans. »
« Je pars dans une heure. »
L'absence n'a pas été longue et l'affaire du Palais-Royal a été arrangée. Mais il prévoit un nouveau et prochain voypge :
Twickenhatn, ce 26 août 1815.
« Me voici de nouveau au vieux Twick, mon cher Vicomte, sans savoir précisément quand j'en partirai, ni si j'y resterai peu ou longtemps. L'apparence des choses n'est ni à la tranquillité ni à la stabilité, et je me sens moins disposé que jamais
conseiller à mes amis de spéculer sur rien de ce qui tient à ce côté-là. C'est pour cela que quoique toujours désirant que vous puissiez venir me rejoindre je ne vous ai rien fait dire, car ce serait folie de quitter ce qui est si bien fixé ici pour ce qui présente si peu de probabilités là-bas. D'ailleurs, je prévoyais en partant, et encore plus pendant mon séjour à Paris, que je ne tarderais pas à revenir, et, en effet/me voilà revenu, parce qu'ayant offert mes services au Roi, j'ai su que pour le moment Sa Majesté ne pourrait pas m'employer. On me dit que le Roi lèvera la restriction qui nous interdit la Chambre des Pairs et qu'il nous demandera d'y aller ; mais d'après la manière dont le Roi m'a répondu quand je lui en ai parlé, je doute qu'il veuille que nous y allions. Cependant