‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 26 sur 49 · L0UI6-PHILIPPE · texte numérisé non relu

L0UI6-PHILIPPE

Nation. J'espère que tout ceci achèvera de vous convaincre que c'est uniquement [lar intérêt pour vous et par suite de l'amitié bien sincère que je vous porte, que j'ai préféré que vous restiez tranquillement dans votre station actuelle, pendant que je faisais ces courses que je n'ai jamais envisagées que comme des courses momentanées. J'ai vu Madame votre mère peu de jours avant mon départ de Paris et j'ai eu avec elle une conversation à fond à votre sujet, dont je crois qu'elle est restée pleinement satisfaite. Il n'y a pas de spéculation à faire sur ce malheureux pays et God alone can know ivhat is kept for us in the store offuturity..., etc.

« L.-iPn. d'Orléans. »

Ces trois lettres font naître quelques réflexions.

Le Duc d'Orléans est beaucoup moins empressé que lors de la première Restauration. On se souvient de sa joie de revoir son pays, et de se laisser enlever de Palerme par un bateau anglais. Il est inquiet cette fois e^ probablement peiné d'avoir vu sa bonne volonté mal reconnue et ses conseils peu suivis. L'incident de la Chambre des Pairs a augmenté cette amertume.

Il ne cache pas sa satisfaction d'être en Angleterre. Il y demeurera jusqu'en 1817. Un louable sentiment l'y retient. Il échappe à la politique ; il se soustrait aux attaques de ses ennemis, et aussi à des empressements compromettants. Mais n'est-il pas juste en même temps de remarquer à quel point l'esprit d'émigration avait pénétré partout, môme chez ce prince qui l'avait si sévèrement jugé ?

Une quatrième lettre à M. de Chabot fait connaître les préoccupations qu'avait alors le Duc d'Orléans et fournit quelques indications sur l'état économique de la France en celte douloureuse époque.

Twickenham, January 25, i816.

c Bélier laie Ihan never^ dit le proverbe dans toutes les langues et, quelque tard que ce soit, c'est de tout mon cœur

LOUIS-PHILIPPE SOUS LA RESTAUP.ATIOX. 159

que je vous souhaite ainsi qu'à Mme de Chabot une bonne et heureuse année et toute la prospérité que vous méritez. J'en souhaite autant à la petite, et surtout au petit Pliilippe avec qui il me tarde d'avoir fait connaissance. Voilà queh^ue trois semaines que je me propose toujours de vous écrire et que toujours la journée s'achevait sans que je l'eusse fait, et je .suis fâché de devoir dire que j'ai encore tant de lettres unanswered dans mon tiroir, que j'en suis presque honteux.

« Mon Conseil m'a envoyé quatre énormes mémoires sur la liquidation de ma succession bénéficiaii'e qui ne'va pas mieux que le reste, mais qui m'a fnit écrire comme un commis. J'ai cette année vingt-deux coupes de bois non vendues faute d'acquéreurs, et cependant je n'ai pas mis en vente une seule coupe extraordinaire; mais la vérité ©si que, d'une part la misère publique, de l'autre la circonstance que la liste civile a fait beaucoup de coupes extraordinaires, et que les émigrés font à peu près raser les bois qu'on leur a rendus, font qu'il y a beaucoup de bois à vendre et beaucoup moins d'acheteurs. Aussi, au lieu de ne donner que douze mois de crédit, j'ai dû souvent en doaner dix-huit, sans parler de la dimmulion du revenu qui, l'un portant l'autre, est d'un tiers. .

But enough on the business of Ihe woodmerchant : thepolitician is no better; et de tous les côtés on ne voit que de la tristesse et des malheurs. Dans quel margouillis ils se sont campés là! Je bénis le Ciel, morning, noon and night, d'être dans ma paisible retraite in old Twick on the banks ofthe Thames. Je serais charmé, ainsi que tous les miens, de retourner à Paris, si nous avions la perspective d'y être tranquilles ; mais aujourd'hui, ce ne serait encore que pour être le point de mire des amis et des ennemis, et cette situation-là n'a rien dattrayant pour moi. Cependant je n'ai pas encore décidé si ma femme ferait ses couches ici ou à Paris et c'est ce que je di< à tout le monde; mais à vous, je vous dis que je suis à peu près décidé à ce qu'elle les fasse ici. Au reste, vous pouvez être bien sûr que quels que soient mes mouvements, je vous en

avertirai toujours à t-emps. Dans ce moment-ci je n'en prévois aucun.

« Veuillez faire tous mes compliments à Mme de Chabot et au duc de Leinster s'il est dans votre voisinage. Ma femme et ma sœur me chargent de vous dire mille choses.

« Vous connaissez ma sincère et profonde amitié pour vous.

« H.-L.-P. d'Orléans. »

Être le point de mire des amis et des ennemis : c'est ce qu'il veut éviter. Ce n'est pas là l'attitude d'un ambitieux.

Il ne revint qu'en 1817. Ses biens lui avaient été rendus. Il s'occupait, cette lettre le montre, de les bien administrer. Il habitait le Palais-Royal, et le Roi lui avait facilité l'achat de Neuilly.

Nous relevons, dans les Mémoires de Villèle, un propos assez étrange, aussitôt suivi d'un bon certificat, accordé au Duc d'Orléans :

« La faction va son train'. »

« On assure qu'on n'a fait revenir le duc d'Orléans que pour tenir Monsieur en échec, s'il mésarrive au Roi. JNIais ce qui est singulier, c'est que ce nouvel arrivé n'est pas du tout disposé à se faire factieux. On est content de ses dispositions ^ »

On avait raison de l'être ; rien n'était plus loin de sa pensée que de se faire factieux.

Le Duc d'Orléans eût été heureux d'être employé et d'apporter à la Restauration l'appoint de sa popularité. Il le dit à M. de Chabot dans la lettre du 26 août.

Mais il était tenu à l'écart, M. Boutmy, qui, en 1845, a publié un récit populaire de la vie du roi des Français, prétend qu'il rendait jaloux les Ducs d'Angoulême et de Berry, ayant plus belle tenue militaire que n'avaient ces princes et meilleur air à cheval. L'historien de 1845 est peut-être un

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