INTRODUCTION. XV
tout, l'ouvrage de la peur, de cette peur civile qui fit le malheur de la France à toutes les époques de son histoire , qui la livra sans défense aux assassins de Charles IX, aux terroristes de 93 x, à la tyrannie du directoire , au despotisme de fructidor et de brumaire, au joug de l'empire et aux réactions de i8i5; de cette peur que le fait même de la révolution de 1789 et les terribles expériences de 1 790 devraient cependant bannir de nos esprits ; car, les causes épuisées , les effets ne se produisent plus. Terreur étrange et qui, pour être absurde et vaine , n'en était pas moins réelle. Comme si une nation qui a fait l'épreuve de tous les désordres , de toutes les tyrannies , de toutes les douleurs , pouvait devenir encore la proie des factions ! Comme si un système entier d'opinions et d'habitudes avait pu périr dans trois jours ! Comme si la moralité même de ces trois jours ne recelait pas toutes les espèces de garanties ! Comme si i83o avait à vaincre les mêmes résistances que
1 Bernardin de Saint - Pierre disait qu'avec deux assassins par rue la convention aurait pu faire égorger tout Paris.
XVI INTRODUCTIOlV.
1789 î Gomme si, enfin, quarante -cinq ans de progrès étaient non avenus ' I
Tel fut cependant le caractère de cette époque bizarre. Devant cet effroi créé par de ridicules fantômes et par l'ignorance des Français dont le grand événement de 1800 confondait l'intelligence, s'évanouit l'utilité pratique de la révolution de juillet, et s'éleva la monarchie du 7 août. Alors la France si avide d'ordre, si dépouillée d'anarchie , se résigne à tout hasard, de peur de l'anarchie ; sa situation, ses instincts, ses tendances, sa civilisation la poussent irrésistiblement vers la légalité, et, par crainte d'elle-même, elle se livre à qui veut l'asservir ! De bons citoyens dont les intérêts sont inséparables de la liberté, dont les vœux réclament les conséquences naturelles de la révolution pour laquelle ils ont peut-être combattu, se rallient cependant à ses ennemis, parce que leur esprit est frappé des excès révolutionnaires d'une autre époque. Ils méconnaissent, ils
1 Des jacobins sans peuple , quelle misère ! (Général For.)