‹ Louis Philippe et la Contre-révolution de 1830Chapitre 41 sur 84 · PLUS DE BOURBON · texte numérisé non relu

PLUS DE BOURBON

« Le parti de l'étranger est vaincu ; mais tant que * la présence d'un seul Bourbon souillera notre pa- » trie , l'étranger aura en lui un espion et un comi plice ; il n'y a plus de traité possible entre eux et » nous.

» Voilà quarante ans que nous combattons pour »nous débarrasser de cette race méprisable et » odieuse ; hier nous leur avons arraché la couronne » de la tète à la pointe de nos baïonnettes ; c'est le peu- » pie qui a tout fait ; il faut que désormais le gouver- » nement soit pour le peuple , non pour les prêtres , » les aristocrates , l'étranger. Nous avons payé de j» notre sang notre drapeau tricolore ; nous voulons » le conserver3 nous voulons que nos officiers mu- » nicipaux , que nos officiers de garde nationale » soient élus par nous ; nous ne voulons plus de adroits réunis; nous ne voulons plus de mono-

ET LA CONTRE-RÉVOLUTION DE 1 83o. 2 l

»pole.... Nous ne voulons plus de Bourbon, car » tout est là , grandeur, repos , prospérité publique, » liberté. » )

Cette affiche , imprimée sur papier blanc d'une très-grande dimension , couvrait les murs de Paris dans la soirée du 3o.

ADRESSE A MESSIEURS LES MEMBRES DE LA COMMISSION MUNICIPALE COMPOSANT LE GOUVERNEMENT PROVI- SOIRE.

«Le peuple, hier, a reconquis ses droits sacrés » au prix de son sang. Le plus précieux de ces droits » est de choisir librement son gouvernement. La re- » connaissance due aux braves citoyens qui ont re- » poussé des soldats égarés par des ordres sacrilèges, » impose le devoir de les soustraire eux-mêmes à » toute influence qui pourrait égarer leur opinion et » refroidir demain leur zèle pour la véritable cause , » la liberté. Il faut donc, messieurs, empêcher qu'au- » cune proclamation ne soit faite qui déjà désigne » un chef, lors même que la forme du gouvernement » ne peut être déterminée.

» Il existe une représentation provisoire de la na- » tion. Qu'elle reste en permanence jusqu'à ce que » le vœu de la majorité des Français ait pu être » connu.

» Dans toutes les circonstances , ce vœu a pu être » consulté. Ne faisons point aujourd'hui un pas rétro- » grade dans la carrière que quarante ans de sacri- » fices et de gloire nous ont ouverte , et que les im- » mortelles journées des 27, 28 et 29 juillet ont » immensément agrandie, Que la représentation «provisoire s'occupe de suite des moyens de con- » sulter ces vœux : toute autre mesure serait intem- » pestive et coupable.

» Le 5 juillet 1 8 1 5 , la chambre des représentans , » sous le feu des étrangers , en présence des baïon- » nettes ennemies, a proclamé des principes con- » servateurs des droits des citoyens , et a protesté » contre tout acte qui imposerait à la France un » gouvernement et des institutions qui ne sympa- » thiseraient pas avec ses vœux et ses intérêts.

» Ce sont ces principes qu'il faut adopter au- » jourd'hui. Qu'ils nous servent de ralliement. » La chambre de 1 8 1 5 les a légués à un avenir » qui nous appartient. Recueillons cet héritage »'et sachons le faire tourner au profit de la li- » berté.

» Les membres de la commission nommée par un grand » nombre de citoyens de divers arrondissemens de » Paris , réunis rue de Richelieu, n° 104.

» Signé : — Chevallier, président , Lecomte , » Poissan , Hovelt , ïrelat , Teste , Félix

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» Lepelletier, Poubelle, Rouen aîné, Hu- »bert, E. R, Thierry, Bonnias, Guinard, » A. A. Roche, Delormel-Dumont , Lafleur, «Charles Hingray, Lefranc, Cauchois-Le- » maire, etc., etc., etc. »

Les auteurs de cette adresse , après lavoir présentée au général Lafayette et à la commission municipale , voulurent la faire imprimer et placarder. Ils s'adressèrent à un grand nombre d'imprimeurs , entr'autres à MM. Pihan de Laforest, Smith, Everat , etc. , qui tous refusèrent leurs presses , alléguant que M. le duc de Broglie leur avait fait intimer , par des agens de police , la défense expresse de rien imprimer sans une autorisation formelle émanée et signée de lui. Les patriotes allèrent dans la journée porter leur plainte au général Lafayette et à la commission municipale, qui se montrèrent fort scandalisés de la conduite du duc de Broglie. Cependant l'impossibilité de faire imprimer n'en subsista pas moins pendant plusieurs jours.

Ainsi le lendemain même de la révolution, l'intrigue enlevait déjà au peuple l'un des plus importans résultats de sa victoire.

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