A SES CONCITOYENS
«Une proclamation vient d'être répandue au nom »du duc d'Orléans, qui se présente comme lieu- » tenant-général du royaume, et qui, pour tout «avantage, offre la charte octroyée sans améliora- » tions ni garanties préliminaires.
» Le peuple français doit protester contre un acte » attentatoire à ses véritables intérêts , et doit l'an- » nuler.
» Ce peuple, qui a si énergiquement reconquis ses » droits, n'a point été consulté pour le mode de » gouvernement sous lequel il est appelé à vivre.
» Il n'a point été consulté ; car, la chambre des » députés et la chambre des pairs , qui tenaient » leurs pouvoirs du gouvernement de Charles X , sont » tombées avec lui , et n'ont pu en conséquence re- » présenter la nation.
» Ses intérêts sont violés ; car, les principes essen- » tiellement conservateurs des droits du citoyen n'ont » point été proclamés, et ils doivent l'être avant » qu'aucun pouvoir soit constitué. Ces principes ont » été consacrés par la déclaration de la chambre des » représentans , du 5 juillet i8i5, et toute mesure » qui tendrait à un autre but que d'assurer, d'abord ,
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» comme condition vitale , l'observation de ces prin- » cipes , serait une trahison envers le peuple fran- » çais.
»Nc reconnaissons donc point, braves concitoyens, cette lieutenance qui ne présente aucun » élément de sécurité ni surtout aucune garantie des » droits de la nation. Que le gouvernement provi- » soire , à la tête duquel la reconnaissance nationale »a porté Lafayette, reste en permanence jusqu'à ce y> qu'une constitution soit délibérée et arrêtée comme » base fondamentale du gouvernement , et que cette » constitution , adoptée par la nation, jurée par tous «ses enfans, sympathisant avec tous ses intérêts, «tous ses vœux, soit notre véritable charte, celle »qui désormais empêchera le retour de tous les »abus, et garantira la gloire comme la prospérité » de la patrie. »
Voilà pour les acclamations unanimes qui, diton, appelèrent le duc d'Orléans au trône de France.
S'agit-il de l'engouement du peuple pour la charte de 1 8 1 4? je défie la royauté citoyenne de produire un seul placard , un seul journal dans lequel l'adoption de ce pacte ait été recommandée aux hommes de la révolution , pendant ou immédiatement après le combat , bien entendu. Loin de là : l'idée de ce singulier replâtrage ne s'était même pas présentée aux organes de l'opinion la plus essentiel-
lement monarchique. Le Temps , par exemple , s'exprimait ainsi le 5i juillet :
« La révolution a définitivement vaincu après » quarante ans , comme celle d'Angleterre ; il y a des » fatalités historiques ; on les .citait depuis quelques » années sans oser y croire ; elles se sont accomplies » comme des nécessités inflexibles. La révolution a » vaincu par ses principes et par d'autres hommes ; » la glorieuse cocarde qui a fait la liberté et la gloire » de la France , a reparu plus belle de quinze ans de » proscription ; elle nous retrouve avec des âmes » de 89, avec les expériences de 94 et de 181 5 , avec » les lumières et les intérêts de 1 83o ; elle signifie » maintenant sur nos fronts : Liberté , patrie, garan- » tie , constitution nationale. Constitution nationale, c'est-à-dire discutée, consentie, synallagma- » tique, non plus octroyée. Comme personne ne » pourra se vanter de l'avoir donnée, personne ne » croira pouvoir s'attribuer le droit de la retirer, de » la modifier, de l'interpréter. Ce sera l'œuvre et la » propriété du pays. »
Le 1er août, ce même journal, faisant allusion aux paroles de Louis-Philippe : La charte sera désormais une vérité, s'écriait :
« On parle de la charte , nous comprendrions » mieux ce que l'on veut dire si l'on parlait d'une
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» charte ; car prétend-on parler de la charte que nous «avons, qui était octroyée, qui renferme dans son » préambule la contradiction de ses articles , qui est » empreinte , dans la rédaction de' ces articles eux- » mêmes, d'un double esprit à l'aide duquel on » s'arme d'une disposition contre une autre? Cette » charte , tant et si souvent violée , a été déchirée le » 26 juillet par le gouvernement qu'elle soutenait, et » nous avons fait des cartouches de ses lambeaux.
» Il ne faut pas que l'inviolabilité du roi autorise » le roi à mêler son opinion , son nom , ses volontés «personnelles dans les luttes légales de la majorité » et de la minorité.
» Il ne faut pas que la responsabilité des ministres » soit un mensonge si grossier que la pairie est con- » férée aux coupables qui succombent, et qu'à ce » moment même nous n'avons que le droit commun, «pour juger, comme meurtriers, ceux qui devraient être jugés comme traîtres.
» Il ne faut pas qu'un pouvoir discrétionnaire , » dictatorial , soit caché dans une ligne de la constitution, pour la rendre illusoire au premier caprice » d'un gouvernement conspirateur.
» Il ne faut pas que la paix et la guerre soient ré- » solues sans l'assentiment légal de ceux qui paient » les frais de la guerre , des fruits de leurs travaux » pendant la paix. »
La veille, c'est-à-dire le 5i juillet, le Courrier des tribunaux parlait en ces termes de la royauté , de la charte et de la magistrature :
« Le roi ne régnait que par la charte , il Fa violée ; » il ne règne plus ; il n'y a plus de roi en France. » Ce n'est pas d'en chercher Lin que nous nous oc- » cuperons ; mais c'est en son nom que se rendait la «justice, c'est de lui que les magistrats tenaient le «pouvoir de juger : il n'y a plus en France de ma- » gistrats. Cependant la justice est la première néces- » site des peuples ; une prompte réorganisation des » tribunaLix est donc nécessaire et urgente. Toute- » fois , que cette urgence ne nous préoccupe pas à » ce point , qu'elle nous engage à conserver même » provisoirement pour juges, poLir arbitres de nos » destinées , des hommes dans les rangs desquels «siègent d'ignobles protégés des Villèle, des Cor- » bière et des Peyronnet ; pour lesquels les plus » hautes fonctions de la magistrature ont été la ré- » compense de la servilité , et qui ne sont montés sur »le siège du juge qu'après être descendus couverts » d'opprobre d'une tribune où ils venaient de trahir » le mandat de leurs commettans. . . . Est-ce donc » pour se confier à de tels magistrats que nos braves » concitoyens ont si glorieusement combattu et versé »leur sang dans les mémorables journées des 27, » 28 et 29 juillet?
» Qu'on organise donc provisoirement la justice,
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» comme on a provisoirement organisé l'administra- » lion. Plus tard , quand une forme quelconque de » gouvernement aura été librement et régulièrement » adoptée; quand, revenus de nos premières émo- » tions , nous pourrons discuter froidement , toutes «les questions graves auxquelles donne naissance » l'organisation judiciaire seront examinées et débattues. Les magistrats seront-ils électifs? Président » ou roi , le chef du gouvernement en aura-t-il la «nomination? Seront-ils inamovibles ou révocables? » c'est ce qu'il faudra décider alors avec calme et «maturité. Toutefois, avant ces questions impor- » tantes , des questions d'un ordre plus élevé encore «devront être jugées. Nous aurons à réclamer un » pacte social qui nous donne réellement les garanties » que nous promettait fallacieuscment la charte ; qui » ne fasse pas une simple théorie de la responsabilité » des ministres , qui soumette enfin à l'action des «tribunaux les fonctionnaires prévaricateurs, retranchés encore, sous l'empire de la charte, der- » rière la constitution de l'an vin.
« Mais, avant tout, il nous faut de la justice; il » faut des tribunaux à un peuple qui vient de verser » son sang pour la défense de ses lois violées. Qu'une » prompte organisation ait donc lieu ; que des ma- »gislrats soient nommés par les représentans de la » nation; qu'ils rendent leurs jugemens au nom du » peuple français et de la loi , et tout citoyen s'incli- * nera respectueusement devant eux. »
/jO LOUIS-PHILIPPE
Enfin, le 6 août, alors que la révolution avait déjà gravement dévié de son principe , une députation de vingt membres désignés par le comité central des douze arrondissemens de Paris, se présenta sur la place du Corps-Législatif, pour remettre l'adresse qu'on va lire à la chambre des députés provisoire. Cédant à de graves observations, qui lui furent faites par le général Thiars et M. Dury-Dufrene, la députation consentit à remettre l'adresse dont elle était chargée à ces honorables députés , sur la promesse qu'ils lui firent d'en donner connaissance à la chambre.
« Messieurs ,
» La nation s'est affranchie de ses ennemis pour » jouir de ses'droits. Après ses généreux sacrifices et » les preuves de raison qu'elle a données dans son » éclatante victoire, elle ne peut reconnaître comme »pouvoir constitutionnel ni une chambre élective » nommée durant l'existence et sous l'influence de »la royauté qu'elle a renversée, ni une chambre » aristocratique dont l'institution est en opposition » directe avec les sentimens et les principes qui lui » ont mis les armes à la main.
«N'accordant, comme nécessité révolutionnaire, » qu'un pouvoir de fait et très-provisoire à la cham- » bre des députés actuels , pour aviser sur-le-champ » à toute mesure d'urgence , elle appelle de tous ses » vœux l'élection libre et populaire d'autres manda-
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» taires qui représentent réellement les besoins du » peuple; les assemblées primaires seules peuvent » amener ce résultat.
» S'il en était autrement , la nation frapperait de » nullité tout ce qui tendrait à la gêner dans l'exer- » cice de ses droits conquis et scellés de son sang ; » elle protesterait de toutes ses forces contre cet at- » tentât; en conséquence elle engage les députés ac- » tuels à ne pas perdre de vue ni les sacrifices faits , » ni leurs résultats mérités , ni les conséquences pos- » sibles de toute usurpation de leur part sur la plus » légitime de toutes les conquêtes*
» Paris , le 6 août 1 85o, »
Certes , il serait difficile de découvrir dans cet en^ semble de manifestations la pensée dominante , impérieuse , irrésistible , que la monarchie du 7 août prête au peuple de juillet, en faveur de la charte octroyée et de la dynastie d'Orléans. Où donc retrouver les traces de ce délire populaire qui enta la révolution sur la charte de 1814, et Louis-Philippe sur le trône de Charles X ? Dans la proclamation des 221 , dira-t-on. Eh bien! soit. Mais qu'étaient les 221 dans leurs rapports avec la révolution de juillet? C'est ici le cas d'apprécier, une fois pour toutes , non pas l'autorité légale , cette question est résolue , mais la compétence morale de cette législature qui , appropriée aux be-
soins de l'opposition sous le règne de la légitimité , ne pouvait plus exprimer ni les intérêts de la révolution , ni l'état intellectuel du pays, après cette immense transformation politique. En reconquérant sa souveraineté , la nation avait posé un principe large et fécond de liberté et d'égalité. Il me sera facile de prouver que si ce principe a été frappé dans son développement , si aucune des institutions qui devaient en découler n'est fixe , si rien n'est fondu ensemble, si la France oscille toujours entre deux systèmes incompatibles , c'est à l'action prolongée de la chambre de 1 83o qu'il faut attribuer ce malheur. Et qu'on ne s'y trompe point : le mal qu'a produit cette chambre, celui qu'elle n'a point empêché , celui qu'elle nous promet encore , sont moins l'effet de son libre arbitre que la conséquence nécessaire de son origine et des circonstances dans lesquelles le pays se trouvait placé lorsqu'il lui confia son mandat. Avec les élémens dont elle était composée , il était impossible , à moins d'un elFort surhumain, qu'elle répondît aux principes politiques sur lesquels la nation venait de se reconstituer. Pour concevoir cette proposition , il faudrait se rendre compte de la situation respective dans laquelle la France et le gouvernement de Charles X se trouvaient au moment des élections de 1827 et de i83o. Cette situation constituait une attaque acharnée non de la nation contre les privilèges, mais des privilèges contre la nation. C'était une lutte de
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résistance et non de progrès. Alors, en effet , il s'agissait de défendre et de conserver la charte , mais non d'une nouvelle organisation des pouvoirs législatif , exécutif et judiciaire , de l'abolition de 1'hétéâité de la pairie et de son assujettissement au principe électif , de la restriction du droit d'ordonnance, de la réorganisation du conseil d'état, d'une loi d'élection qui appelât tous les Français éclairés et indépendans à la défense des plus chers intérêts du pays, de la destruction des titres héréditaires , des majorats et des substitutions, d'une loi qui déterminât la responsabilité des ministres et de leurs agens , d'une loi départementale et municipale qui restreignît la centralisation dans les limites strictement nécessaires à l'unité nationale , en appliquant le principe de l'élection populaire à la commune et au département, d'une loi qui garantît aux citoyens le droit de s'associer et de se réunir librement , sauf la responsabilité de leurs actes , d'une nouvelle assiette de l'impôt , de la destruction des monopoles , d'un système nouveau d'instruction publique , de nouvelles bases pour l'organisation de l'armée, d'une nouvelle dynastie ; enfin , de toute une transformation sociale et politique.
Encore une fois il ne s'agissait, sous la restauration, que de réprimer ses tendances vers un despotisme effréné. Or que fallait-il pour cela ? Une haute capacité ? l'intelligence des besoins moraux et matériels d'une génération poussée â l'égalité par l'impulsion
la plus vive , la plus pressante que le cours des choses humaines eût encore présentée au monde? Fallait-il , enfin , des hommes d'avenir ? Non : ces hautes qualités n'étaient point encore les qualités indispensables de l'éligibilité. La nation , réduite à une attitude purement défensive, ne demandait à ses mandataires qu'une notabilité hostile aux empiétemens sans terme de la restauration ; elle appelait à la tribune des ennemis déclarés des Bourbons, plutôt que des défenseurs dévoués des intérêts progressifs, plutôt que des promoteurs de réformes urgentes dans les institutions et dans les lois du pays. Or, ces instrumens de défense négative, la France, garrotée par le double vote , par 1 âge et le cens d'éligibilité , par mille obstacles administratifs , dut les prendre dans les débris de la république , du consulat , de l'empire , de la restauration ; voire même dans les impuretés de tous ces régimes. Tels furent, en effet, les produits des élections de 1827; élections qui, on l'oublie trop souvent, furent faites aussi sous l'empire de la censure , puisque quelques jours seulement s'écoulèrent entre l'affranchissement de la presse et la réunion des collèges électoraux.
Elue pour briser un ministère qui marchait ouvertement dans les voies de la contre-révolution , la chambre de 1827 n'eut pas même besoin d'accomplir l'unique objet de son mandat : le ministère Yillèle fut renveré par le seul fait des élections. Mais ,
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dès cette époque , elle se montra incapable de faire plus. Le renversement du ministère Yillèle suffit pour changer le tableau et affaiblir une énergie qui n'avait qu'un but. Il n'y eut plus de majorité dans la chambre pour les grandes mesures d'utilité générale. Une fraction minime décidait la victoire , et cette fraction obéissait plutôt à ses sentimens et à ses déplaisirs qu'à une conviction politique. Aussi les bonnes intentions manifestées par le ministère Martignac au début de la session de 1828, restèrent-elles sans résultats. La France conquit la liberté de la presse et quelque vérité dans les élections. Mais il lui fallut renoncer aux institutions fondamentales qui épanchent la yie politique sur tous les degrés de l'échelle sociale. Les lois communales furent sacrifiées en apparence à de futiles détails ; mais personne ne se méprit sur la véritable cause de leur retrait. Cette cause était la crainte d'un trop grand développement de la liberté. Qu'on se rappelle les nombreuses marques d'approbation qui accueillirent les griefs de M. de Martignac contre ce qu'il appelait l'anarchie. Enfin toute la session de 1828 fut consumée en discussions puériles , en querelles d'amour-propre , et , au lieu de mettre à profit l'effroi dont la cour venait d'être frappée, la chambre , par ses hésitations et ses faiblesses , nous mena naturellement au ministère du 8 août. Elle fut dissoute , mais rien dans l'état des choses n'était changé. C'était encore une lutte défensive qui allait
s'engager; c'était encore un ministère à vaincre. Les 221 furent réélus.
Mais, dira-t-on , eni 83o, au moins, les 22 1 furent choisis comme les plus dignes et les plus capables. Erreur fatale et qui a produit les plus désastreuses conséquences. Non, les 221, entachés de tous les vices de l'élection de 1827, ne furent point rappelés en i83o en vue des intérêts généraux de la liberté, mais bien en vue de l'adresse qu'ils avaient présentée à Charles X , et en haine d'un ministère qui était non moins l'ennemi de leur ambition personnelle que du bien-être de la France. Ce fut encore une œuvre de résistance spéciale qui leur fut confiée et non pas une mission active et organique. Il fallait, avant toutes choses , renverser l'administration Polignac , et la France ne vit dans les 221 que des hommes contraints, par un antécédent décisif, à combattre à outrance cette administration. Cet antécédent, c'était la fameuse adresse qui fit toute leur gloire et qu'ils votèrent en tremblant. La majorité composée de la gauche, du centre gauche et de trente membres de la droite, n'eût été qu'une imperceptible minorité si elle avait pu entrevoir les conséquences de son acte ; car, on ne saurait trop le redire, la majorité de la chambre de 1827 et de i83o a subi, comme la monarchie , la révolution des barricades.
Mais advint la péripétie de juillet. C'était plus que la chute d'un ministère, c'était une révolution tout entière.
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Cette révolution trouva la chambre telle qu'elle avait toujours été : avec les mêmes faiblesses , les mêmes idées. On la vit jeter au peuple encore ému de sa victoire , quelques paroles de liberté , et s'empresser de créer une idole pour s'agenouiller devant elle, et bientôt, se précipitant à la curée des emplois, se disputer les lambeaux du budget, effacer, parles pectacle de sa cupidité, le souvenir des Troiscents , et mériter qu'on dît d'elle : ils ont combattu les ministres de Charles X , parce que les ministres de Charles X ne leur donnaient rien.
Après la révolution de juillet, les 22 1 eurent, pour nous, un tort grave; celui d'usurper un pouvoir qui ne leur appartenait pas. Ils allèguent la nécessité. Soit. Mais quand on assume sur soi une responsabilité si grande, il n'est qu'un moyen de justifier l'usurpation ; c'est de faire un usage décent du pouvoir usurpé. Or, investis du pouvoir constituant que personne ne leur avait confié, quel usage en ont-ils fait ? ils l'ont exploité à leur profit et contre la révolution à laquelle ils n'avaient eu garde de prendre part.
Etrangère au mouvement immense qui entraînait la société, et campée sur les ruines d'un passé qui lui était cher, la chambre décrépite de 1827 prouva qu'elle ne pouvait plus servir de base à la chose publique. Elle se trouva éloignée de la France nouvelle de toute la dis lance qui sépare le principe suranné du droit divin de la réforme politique du 29
juillet. Créée pour soutenir, en lui résistant, le système de la restauration , elle ne voulut point comprendre que son rôle était totalement changé et que la nouvelle constitution l'investissait du droit d'agir et de se mouvoir par elle-même. Vainement la royauté de son fait fut-elle dépouillée de l'initiative exclusive des lois; les 221 méconnurent cette différence fondamentale dont ils devaient s'emparer pour imprimer l'impulsion révolutionnaire au gouvernement , et frapper droit à la racine de tous les abus.
Quel est celui de ces abus qu'ils ont attaqué en vertu de la dictature révolutionnaire dont ils s'étaient emparés? Sans parler des grandes questions organiques , qu'ont-ils fait pour la protection de la liberté individuelle , pour l'allégement des impôts qui pèsent sur les classes pauvres , pour la suppression de ceux qui offensent la morale , pour une répartition plus égale des charges publiques , pour l'abolition des monopoles et des sinécures, pour l'économie dans les dépenses de l'état; enfin , pour tout ce qui touche de plus près au bien-être des citoyens? rien. C'est que, de fait comme de droit, ils étaient inhabiles à rien améliorer, inhabiles à rien faire pour les intérêts de la révolution. De fait, parce que leur énergie usée, leur capacité flétrie, et leur morale façonnée aux exigences de vingt régimes opposés , ne se prêtaient plus à une œuvre de réorganisation : de droit, parce que, en définitive, on leur avait donné
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mandat de résistance et non de réformation. Cette différence suffirait seule pour établir l'illégitimité de cette chambre, après la révolution de juillet (ou , tout au moins , après la promulgation de la charte du 7 août), l'impuissance des 221 à répondre aux besoins du nouvel ordre de choses et la nécessité , pour la France de 1 83o , de répudier ces représentai du passé pour s'adresser aux interprètes de l'avenir.
Voilà les hommes dont le sang du peuple a couronné l'opinion , ceux en qui s'est résumée sa souveraineté , les sages sur la foi desquels l'énergique France de juillet a été refoulée dans les catacombes de la charte de 1814. Quelles magnifiques certitudes que ces 221 ! Et néanmoins, c'est une vérité incontestable que l'existence de la charte et de la royauté du 7 août ne repose que sur la fragile autorité de leur parole. Cette parole , si souvent altérée, forme le seul droit acquis à la constitution et à la dynastie , et cependant c'est un crime d'analyser ce droit , un crime de maintenir qu'il contredit les principes , les opinions et les mœurs politiques de la France. Ne dirait-on pas vraiment qu'un siècle au moins a passé sur ces misères de quelques mois ! Toute autorité se doit défendre , c'est chose légitime ; mais qu'elle défende son fait, sans invoquer la régularité de son droit , lorsque ce droit n'est qu'une fiction, un abus.
Je crois avoir suffisamment démontré i° que l'éi. 4
5o LOUIS-PHILIPPE
vénement qui renversa le trône de Charles X ne peut pas être pris dans le sens étroit que lui donne la royauté du 7 août ; 20 que la révolution de juillet a une toute autre signification que le maintien de cette constitution octroyée et menteuse qui non seulement entravait tout progrès , mais qui mettait continuellement en péril les conquêtes du passé; 3° qu'un livre politique i basé sur le principe que le peuple français n'a combattu et triomphé en i83o que pour la charte de 1814, et que la révolution devait s'arrêter à la pensée représentée par cette charte , est nécessairement un livre contre-révolutionnaire.
Il me reste à examiner les deux propositions que la royauté du 7 août établit au commencement de son livre , à savoir que la capture de la duchesse de Berri et la prise d'Anvers ont assuré la paix à l'intérieur et à l'extérieur.
La présence , par vous tolérée , de la duchesse de Berri sur les côtes de la Bretagne , était-elle de nature à susciter de véritables dangers à la révolution de juillet? La question est là. Si cette princesse et les élémens au milieu desquels vous l'avez laissée arriver, pouvaient amener une guerre sérieuse et quelques années de collisions intestines, vous avez raison : l'honneur et les bénéfices de la victoire vous appartiennent. Mais s'il est évident que la mère de Henri Y et son parti étaient impuissans à rallumer et nour-* rir la guerre civile en France , que signifie la palme
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sans péril et sans gloire que vous êtes allé cueillir dans la boue? que valent cette campagne de cheminées , ces trophées de langes et de forceps dont vous vous faites un titre à la reconnaissance nationale? montez donc au Capitole pour cela ! Vraiment, parce que vous avez jeté une faible femme , une femme trahie dans les bras d'un geôlier vous croyez pouvoir précipiter la France dans les niaises extases du juste milieu; c'est aussi par trop présumer de la fantasmagorie de la terreur et des ombres de la guillotine. D'ailleurs, étiez-vous bien certains d'avoir étouffé tout brandon de guerre civile et expulsé à perpétuité madame dé Berri des forêts de la Bretagne , lorsque naguère vous ordonniez au commandant de l'expédition de Bougie d'enlever cette princesse d'un coup de main, dans le cas où elle se trouverait encore sur les côtes d'Italie , au passage de l'escadre? Etiez-vous bien convaincus de son repentir, de son obéissance à vos injonctions de famille, lorsque vous prescriviez à vos préfets de se tenir en garde contre de nouvelles tentatives à vous dénoncées? Sondons cependant l'abîme dont vous avez sauvé la France de ce côté-là.
Quelle était en i832, quelle est encore aujourd'hui la force réelle du parti carliste , en France ? La France compte plus de 02,000,000 d'habitans. Sur ce nombre se trouvent à peu prés 5o,ooo nobles et i25,ooo ecclésiastiques ou attaches au clergé par divers liens. Ajoutez à cela 5oo,ooo personnes dé-
5â LOUIS-PHILIPPE
pendantes du patrieiat ou de l'Église, et vous trouverez 60 contre 1. « Il en est de même pour les intérêts matériels. La question des domaines nationaux intéressait seule 1 1 ,000,000 de Français. Dans les départemens du Nord, de l'Est et du centre, la force du parti carliste est nulle. La légitimité ne compte que dans le Midi et dans l'Ouest. Ces populations seulement menaçaient la révolution du cathaclisme dont l'ont si héroïquement sauvée sa majesté Louis-Philippe, et messieurs Deutz, Thiers, Bugeaud et Carlier. Distinguons toutefois les popu-
1 Voici le tableau statistique du personnel du clergé catholique en France, pour i83i :
Cardinaux, archevêques et cvêques. .•••..• 85
Vicaires-généraux 44^
Chanoines titulaires et honoraires *>297 J
Curés 3,248
Desservans 23,248
Vicaires 6,298
Chapelains et aumôniers 1 ,362
Prêtres habitués des paroisses 1,829
Prêtres professeurs dans les séminaires 1,073
Total 38,888
Élèves dans les grands et petits séminaires .... 3 2, 47^
Congrégations et communautés religieuses de femmes,
1,533 maisons autorisées avant la restauration, 61 1 depuis cette époque jusqu'au Ier janvier i83o. Total
A reporter. .... 71 ,364
ET LA CONTIlE-T\ÈV0Ll!TIOÏÏ DE 1 8 JO. 53
lations carlistes du Midi de celles de l'Ouest. Les premières, toujours semblables à elles-mêmes, grâce à la poiîtique de la restauration, sont incapables de prendre l'initiative des combats : l'audace n'est point dans leur nature. Si l'étranger foulait encore le sol de la patrie , oh ! alors malheur aux vaincus. Le lendemain d'une victoire décisive sous les murs de Paris ou sur les bords de la Loire, les verdets seraient terribles aux blessés et aux proscrits. Mais jusque là il n'y a rien à craindre : on ne verra point les carlistes de la Provence et du Lan-
Report. ...... 71,364
2 , 1 44 maisons optes à recevoir legs et donations ; plus, 88o maisons existant de fait et sans autorisation. En tout, 3,024 maisons de femmes en France, offrant
une population de 24*261
Plus, 5,5oo religieuses pensionnées qui ne sont point rentrées dans les communautés, ci 5,5oo
Les maisons religieuses d'hommes ne sont point légalement autorisées, ce qui n'empêche point qu'il ne s'en soit élevé de toutes parts. Ainsi il existe des couvens de trapistes dans les départemens de la Somme, de la Gironde , de la Manche, de la Mayenne , de la Loire-Inférieure, de la Drôme, de la Haute-Saône et du Var; des Chartreux à Grenoble, des capucins à Marseille et autres lieux ; des frères des écoles chrétiennes, vulgairement appelés frères ignorantins , sur tous les points de la France ; total environ. , . . . . 20,000
Total gêner al i2!,i?.5
guedoc , sans système , sans patience et sans chef , attaquer le gouvernement établi , ou tenter une diversion en faveur des Russes ou des Autrichiens.
Autre chose est de la race vendéenne. Le paysan de la Bretagne et du Morbihan sera toujours un homme de persistance et d'énergie loyale. Mais estil , comme en 92 , embrasé de l'amour de la religion et du royalisme? La civilisation ne l'a-t-elle point pénétré malgré lui? L'administration impériale ne l'a-t-elle point dépouillé de son opiniâtreté féodale? ne lui a-t-elle pas donné l'expérience de l'égalité devant la loi ? n'a-t-elle pas fait de son seigneur un grand propriétaire et rien de plus, et de lui, vassal, un petit propriétaire et rien de moins? Où sont ses anciens chefs, ses Stofïlet, ses Charette, ses Scépeau, ses Cadoudal, ses Laroche] aquelein , ses Puisaye, ses Mercier, etc., etc. ? Sans doute, lesYendéens qui ont survécu aux exterminations révolutionnaires , ont encore d'autres doctrines que celles de la généralité des Français , mais ils n'ont plus d'autres intérêts. D'ailleurs, il faut se rappeler que la Vendée a toujours eu son foyer d'insurrection au dehors ; que par elle-même elle aurait été peu de chose même au temps de la convention, et quelle s'est toujours pacifiée naturellement dès que l'impulsion extérieure qui l'avait mise en mouvement , l'a abandonnée. Rappelons-nous encore que ce pays, égaré par le fanatisme, mais brave, mais français , se montra
ET LA CONTRE-REVOLUTION DE l83o. 55
toujours aussi impatient du joug étranger que le reste de la France. Or, après les leçons que les Bourbons ont si libéralement prodiguées à son dévouement, la Vendée, réduite, au surplus, à une faible portion de la Bretagne , ne saurait être redoutable à tout gouvernement qui lui garantirait le repos auquel elle aspire comme toute la France. On ne ressuscite pas ce qui est mort; et, comme l'a fort bien dit Fauteur royaliste de l'Histoire secrète de la Vendée, le zèle vendéen a trouvé son anéantissement dans le sang de ceux qui ont péri, et dans les souvenirs amers et les justes mécontente mens de ceux qui survivent.
Ainsi donc il n'y a plus de Vendée. Tout cet épouvantait dont s'arme le gouvernement du 7 août, pour se donner de l'importance aux yeux des timides , se borne à quelques hommes simples qu'on a aigris par d'inopportunes vexations , et à quelques misérables satellites , tels qu'on en peut soudoyer dans tous les pays et dans tous les temps. Une in^surreclion ne se maintient point quarante ans au même diapason de fanatisme et de délire. Et qui pourrait ranimer aujourd'hui ce fanatisme ? Serait-ce encore une famille qui a tout perdu dans les barricades, tout jusqu'à la majesté du malheur? En un mot , le génie vendéen est éteint ; il ne reste plus que des chouans , et c'est se moquer que de présenter la captivité d'une femme, qui n'est plus qu'une femme , comme une \ictoire obtenue après
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de longs travaux et de grands périls. J'aurai occasion de revenir sur cet incident. J'arrive à la prise d'Anvers.
Je ne me propose pas de traiter ici la question de la Belgique ; c'est celle de notre indépendance extérieure, qui plus tard se présentera tout entière à mon examen. Je veux seulement offrir à ce sujet quelques réflexions applicables aux circonstances du jour, et qui me semblent indispensables pour compléter ce premier aperçu de la politique développée dans l'ouvrage issu des Tuileries.
On nous dit, sans rire , que la prise d'Anvers nous a mis en pleine jouissance de la paix extérieure. Les intérêts de la France et de l'Europe, du peuple et du trône, du présent et de l'avenir, sont également garantis par ce haut fait de la doctrine. Laissons là les interminables protocoles , ne parlons pas d'une armée française deux fois accourue en Belgique pour y déposer des millions et des cadavres et se retirer sur un signe de l'étranger, de l'absurdité diplomatique de la neutralité belge, des forteresses à démolir et non démolies , des intérêts de notre commerce et de nos manufactures sacrifiés, de l'embouchure et du cours des plus beaux fleuves livrés à nos ennemis naturels, etc. : ne nous occupons maintenant que de la grande paix assurée à la France et au monde par la prise d'Anvers.
Jamais l'esprit de la royauté citoyenne ne s'était montré plusinventifquelorsqu'elleaappriscette heu-
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rcuse nouvelle à l'Europe qui ne s'en doutait guère. Pour être en paix , c'est peu de ne point tirer le canon , il faut posséder quelque part un point d'appui en cas de guerre ; quand on touche à l'Europe par tous les points de la circonférence , il faut des alliés : où sont vos alliés sur le Rhin , les Alpes , et sur les Pyrénées? En avez-vous même de véritables sur l'Océan et dans cette Belgique condamnée de tous les temps à servir de champ de bataille à l'Europe? La paix ne vit que de garanties : où sont vos garant ies?La paix ne se manifeste que par l'allégement des impôts et la diminution des bataillons : pourquoi votre établissement militaire cou te -t- il encore trois cents millions à la France , et pourquoi avez-vous encore cinq cent mille hommes sous les armes? Franchement, pouvez-vous dire que vous êtes en paix à l'extérieur quand , depuis la révolutionde juillet, les puissances continentales1 ont émis, en vue de soutenir la guerre , huit cent cinquante millions environ d'emprunts nouveaux ; quand les armées sont partout hors de toute proportion avec les besoins et les ressources ; quand vous êtes obligés de mentir à vos promesses de désarmement; quand les congrès se renouent et vous excluent; quand les organes des cabinets étrangers retentissent contre vous de menaces et de bruits de guerre; quand toutes vos frontières territoriales sont mena-
* Voir les pièces justificatives n° /{•
cées par l'absolutisme ou peuvent letre ; quand les deux routes militaires de la Suisse , le Simplon et le Saint-Gothard , sont ouvertes à l'Autriche; quand il suffit de quelques marches aux soldats de Metternich pour camper sur les deux rives du Pô, dans les plaines du Piémont , occuper ïortone , Alexandrie , Gênes , Turin et la crête des Alpes ; quand le drapeau tricolore ne sert , à Ancône , qu'à protéger les bourreaux du pape ; quand , en expectative sur les Pyrénées , vos régimens attendent , l'arme au bras , la permission de se mouvoir en avant ou en arrière ?
Pouvez-vous dire que vous avez la paix à l'intérieur quand vos cachots regorgent de détenus politiques ; quand les hommes qui vous mirent le sceptre aux mains en reçoivent le prix sous le soleil brûlant de l'Afrique ou dans les oubliettes du mont Saint-Michel; quand vos journaux fatiguent le pays de bruits de révolte et de projets de conspirations ; quand vous obsédez vos tribunaux pour en obtenir de nouvelles victimes ; quand trente-quatre gardes nationales du royaume sont dissoutes ; quand des cités entières sont mises en état de suspicion légale, quand vous ne dormez qu'autant que quarante mille soldats veillent pour vous ? Et c'est au milieu de tous ces symptômes de dissolution , de cette explosion de haines , que vous jouissez de la paix
intérieure et extérieure! En vérité, vous êtes
bien heureux.
ET tA CONTRE-RÉVOIUTION DE l83o. 59
Voilà comment la royauté du 7 août envisage la révolution de juillet. En résumé , cette révolution n'a été faite que pour réconforter la charte de 181.4 et procréer la dynastie d'Orléans. Là est son principe. Quant à ses hardiesses, elles ont déjà été trop loin ; le champ en est muré. La constitution des Bourbons et des Russes, moins un préambule plutôt théorique que pratique, moins le texte de l'article i4, remplacé, comme en juin i852 , par une dictature de fait sans équivoque de droit ni ambiguïté aucune, moins l'hérédité de la pairie que la charte de Louis XYIII n'avait pas même instituée d'une manière fondamentale, moins la religion de l'état travestie en une liberté des cultes plus apparente que réelle : plus , l'initiative des lois demeurée stérile dans les mains d'une législature inféodée ; quatre bills dans lesquels le principe électoral a été mutilé de manière à n'apporter aucun remède au mal le plus réel, le plus profond qui travaille la société nouvelle ; une liste civile amoindrie de douze millions , mais un budget grossi de trois cents millions ; plus , enfin , une royauté qui marche , chaque jour, au retrait de quelque garantie nationale et dont toute la politique tend à faire dégénérer les principes de puissance et de liberté qui étaient éclos au sein de la révolution. Telle est la charte à laquelle la France de 1800 a attaché sa sanction , et que la royauté nouvelle a placée sous la sauve-garde de son immuable prédilection.
Co LOUIS-PHItIPPE
Malheur aux révolutionnaires qui en méditent le renversement !
J'ai esquissé la pensée générale qui se produit en relief dans les Deux ans de règne, et anime ce livre. Je vais maintenant examiner comment se subdivisent et se démontrent les opinions du gouvernement du 7 août, et rechercher s'il est un engagement qu'elles ne renient , une idée généreuse qu'elles n'outragent, un homme de bien qu'elles n'insultent , un peuple qu'elles ne trahissent.
ET LA CONTRE-RÉVOLUTION DE l83o. 6i
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