‹ Louis Philippe et la Contre-révolution de 1830Chapitre 65 sur 84 · N» VI · texte numérisé non relu

N» VI

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Lettre de S. M. le roi des Français à S. M. V empereur de Eussie, en date de Paris, 29 août iSjo.

Monsieur mon frère ,

J'annonce mon avènement à la couronne a Voire Majesté Impériale , par la lettre que le général Àthaîin lui présentera en mon nom ; mais j'ai besoin de lui parler avec une entière confiance sur les suites d'une catastrophe que j'aurais tant voulu prévenir.

Il y a long-temps que je regrettais que le roi Charles X et son gouvernement ne suivissa|t pas une marche mieux calculée pour répondre à l'attente W au vœu de la nation. J'étais bien loin pourtant de prévoir les prodigieux événemens qui viennent de se passer, et je croyais même qu'à défaut de cette allure franehe et loyale dans l'esprit de la charte et "de nos constitutions , qu'il était impossible d'obtenir, il aurait suffi d'un peu de prudence et de modération pour que ce gouvernement pût aller long-temps comme il allait ; mais, depuis le 8 août i8?.y, la ^nouvelle composition du ministère m'avait fort alarmé; je voyais à quel point cette composition était suspecte et odieuse à la nation, et je partageais l'inquiétude générale sur les mesures que nous devions en attendre. Néanmoins, l'attachement aux lois, l'amour de l'ordre , ont fait de tels progrès en France, que la résistance à ce ministère ne serait certainement pas

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sortie des voies parlementaires , si , dans son délire , ce ministère lui-même n'eût donné le fatal signal par la plus audacieuse violation de la charte , et par l'abolition de toutes les garanties de nos libertés nationales , pour lesquelles il n'est guère de Français qui ne soit prêt à verser son sang. Aucun excès n'a suivi cette lutte terrible.

Mais il était difficile qu'il n'en résultâtpas quelque ébranlement dans noire état social ; et cette mêmevexaltation des esprits , qui les avait détournés de tant de désordres , les portait en même temps vers des essais de théories politiques qui auraient précipité la France, et peut-être l'Europe , dans de terribles calamités. C'est dans cette situation , sire , que tous les yeux se sont tournés vers moi ; les vaincus eux-mêmes m'ont cru nécessaire à leur salut , je l'étais encore, plus peut-être pour que les vainqueurs ne laissassent pas dégénérer la victoire : j'ai donc accepté cette tâche noble et pénible , et j'ai écarté toutes les considérations personnelles qui se réunissaient pour me faire désirer d'en être dispensé , parce que j'ai senti que la moindre hésitation de ma part pourrait compromettre l'avenir de la France et le repos de tous nos voisins. Le titre de lieutenant-général, qui laissait tout en question , excitait une défiance dangereuse , et il fallait se hâter de sortir de l'état provisoire, tant pour inspirer la confiance nécessaire que pour sauver celte charte si essentielle à conserver, dont feu l'empereur votre auguste frère connaissait si bien l'importance , et qui aurait été très-compromise si l'on n'eut promptement satisfait et rassuré les esprits.

Il n'échappera pas à la perspicacité de Votre Majesté , ni à sa haute sagesse, que , pour atteindre ce but salutaire , il est bien désirable que les affaires «le Paris soient envisagées sous leur véritable aspect , et que l'Europe , rendant justice aux motifs qui m'ont dirigé, entoure mon gouvernement de la confiance qu'il a droit d'inspirer : que Votre Majesté veuille bien ne pas perdre èe vue que tant que Charles X a régné sur la France , j'ai été le plus soumis et le plus fidèle de ses sujets, et que ce n'est

ET LA CONTKE-RÉVOLUTION DE l83o. OOÇ)

qu'au moment où j'ai vu l'action des lois paralysée et l'exercice de l'autorité royale totalement anéanti , que j'ai cru de mon devoir de déférer au vœu national , en acceptant la couronne à laquelle j'ai été appelé. C'est sur vous, sire, que la France a surtout les yeux fixés ; elle aime à voir dans la Russie son allié le plus naturel et le plus puissant, et sa confiance ne sera point trompée. J'en ai pour garantie le noble caractère et toutes les qualités qui distinguent Votre Majesté Impériale. Je la prie d'agréer les assurances de la haute estime, et de l'inaltérable amitié avec laquelle je suis,

Monsieur mon frère ,

De Votre Majesté Impériale ,

Le bon frère.

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