‹ Louis Philippe et la Contre-révolution de 1830Chapitre 69 sur 84 · N» IX · texte numérisé non relu

N» IX

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La tendance du pouvoir dans ses actes législatifs, dans sa direction politique , dans le choix de ses agens, dans sa conduite envers la duchesse de Berri , dans ses rapports enfin avec l'étranger, ne prouve-t-elle pas jusqu'à l'évidence sur quelles trames souterraines se soutient le plan parasite du^j; août?

On se rappelle les révélations faites parla Quotidienne h propos de la mission de M. de Mortemart.

C'était lui , comme on sait, qui avait été nommé président du dernier conseil nommé par Charles X même , sous la lieutenance générale du duc d'Orléans. Il fit d'abord tout ce qu'il fallait pour exécuter son mandat et se placer à son poste ; mais le vendredi matin , lorsque tous les députés l'attendaient à la chambre, il ne vint pas. > ,

Le bruit se répandit alors qu'il avait eu une entrevue secrète avec le lieutenant-général , et quelque temps après on sut qu'il venait d'être envoyé, au nom du roi Louis-Philippe, en mission extraordinaire auprès de l'empereur Nicolas.

Or, la Quotidienne rapporta que cette mission n'avait eu d'autre but que d'éteindre le courroux de l'autocrate , en l'assurant que Louis-Philippe , plein des meilleures intentions pour la branche aînée , avait accepté la couronne avec la pensée équitable de la conserver intacte à son légitime souverain.

Ces faits sont-ils vrais? je ne l'affirme pas; mais ce qu'il y a de certain', c'est qu'ils n'ont été démentis ni par M. de Mortemart ni par les organes du gouvernement, Ils étaient pourtant assez graves pour exiger une réfutation.

ET LA CONTRE-RÉVOLUTION DE l85o. 3l7

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Les voyages du duc d'Orléans en Espagne pendant les guerres de l'empire, et les tentatives de S. A. S. pour obtenir un commandement contre les armées françaises , n'ont été bien connus que depuis la révolution de juillet. On conçoit les motifs qui , pendant la restauration , avaient empêché les écrivains politiques de se livrer à des investigations sévères sur les antécédens de ce prince; et telle a été , à cet égard , l'inconcevable indifférence de la nation, qu'au moment même où j'écris ce livre , en ignore encore, généralement, que l'apparition du duc d'Orléans à Tarragone et à Cadix, en 1810, avait été précédée par un voyage à Gibraltar en 1808.

Toutefois , ces deux excursions du chef de la branche cadette de la maison de Bourbon se lient trop intimement aux grands événemens des cinquante dernières années, elles touchent de trop près au sujet que je traite, pour que je n'aie point cherché les moyens d'éclaircir les doutes dont elles sont encore l'objet. Deux voyages à l'étranger, une correspondance assidue avec l'Espagne et de longues recherches , m'ont enfin mis à même d'arriver , sous ce rapport , à une démonstration désormais

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inconstestable. Les divers documens qui vont passer sous les yeux de mes lecteurs sont de nature à mettre un terme à toutes les incertitudes.

Lettre du conseil de régence d' Espagne et des Indes à S. M, le roi des Dcux-Siciles.

« De Vile de Léon , le n mars 1 808.

» Sire, les généreux efforts des Espagnols en faveur de leur roi légitime méritent toute la reconnaissance du cœur magnanime de V..M. L'usurpateur du trône de V. M. a voulu aussi usurper celui de son auguste neveu. Il était temps que l'Europe sortît de l'abjection dans laquelle des factions perverses l'avaient plongée ; il était temps que les nations montrassent leur gratitude envers leurs souverains légitimes, et prissent les armes contre les imposteurs qui voulaient les tyranniser. L'Espagne n'a pas pu supporter le joug ni tolérer l'insulte. Mais , sire, ce peuple loyal, religieux et magnanime ne se contente pas de montrer du courage ; il veut convaincre le tyran , par de nouvelles preuves, qu'il ne se soumettra jamais à sa dominalion, et qu'il restera fidcle à son serment de périr plutôt que de devenir victime de son ambition effrénée. En conséquence , le gouvernement qui régit cette vaste monarchie , au nom de Ferdinand VIÏ, désire qu'un prince de votre auguste maison veuille bien commander une armée espagnole, dans la vue de fomenter V insurrection dans V intérieur de la France , et d'arracher le diadème ensanglanté du front des dominateurs qui l'op-

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priment. Le sérénissime duc d'Orléans, prince renommé par ses actions militaires et ses connaissances, et qui est uni à une fille de Votre Majesté , est te personnage le plus propre à C accomplissement de nos désirs. Nous lui offrons une armée en Catalogne et dans les autres provinces où sa présence pourra cire utile, pour atteindre le but élevé auquel nous aspirons. Que Votre Majesté daigne approuver cette offre, qui dérive de notre respect pour l'auguste maison de Votre Majesté; si la Providence couronne les efforts de l'illustre gendre de V. M. , nous aurons le plaisir d'avoir saisi cette occasion pour donner à Votre Majesté une preuve de notre vénération, et d'avoir ainsi contribué au salut de l'Europe désolée.

» Que Dieu accorde à V. M. un grand nombre d'heureuses années. ?>

» (Signé) Xavier de Castanos , prés.

» Fr. de Saavera.

» A. de Ercano.

» MlG. DE IjARDIZABAL Y URIBE. »

Traduction de la lettre du conseil suprême de régence d'Espagne et des Indes , à S. A. 11. monseigneur le duc cV Orléans.

Sérénissime seigneur, la nation espagnole s'écria contre l'inique agression de Rayonne , et jura unanimement de conserver son indépendance , ou de mourir pour son roi légitime don Ferdinand VU. Ni les revers de nos armées, ni les succès de nos tyrans , n'ont pu ébranler sa contenance. L'amour de la patrie , de la religion et du monarque brûle dans tous les coeurs et y

brûlera toujours; car less*entimens d'honneur et de loyauté n'abandonneront jamais celle terre de héros. Votre Altesse a exprimé

LE DÉSIR DE COMBATTRE DANS LES ARMÉES ESPAGNOLES , et de défendre la cause de voire auguste famille ; des circonstances impérieuses ont entravé jusqu'à présent ce généreux désir ; mais aujourd'hui , tous les obstacles étant heureusement levés, le suprême conseil de régence offre à Votre Altesse le commandement d'une armée en Catalogne. L'enthousiasme des valeureux et illustres habitans de cette proyince s'élèvera au plus haut dégré, lorsqu'ils verront un prince , parent de notre bon roi , partager avec eux les fatigues de la guerre , et , avec l'aide de la Providence , les conduire à la victoire et à une gloire immortelle. La Catalogne conserve encore le souvenir des triomphes obtenus par les illustres ancêtres de Voire Altesse. C'est donc à Votre Altesse à reverdir tant de lauriers. L' entreprise est terrible; la lutte, difficile ; l'ennemi , opiniâtre ; mais , d'un autre côté , la haine que les Espagnols portent à l'usurpateur est grande ; et leur amour pour leur légitime souverain est ardent comme leur amour de rindépendauce est énergique. Les Catalans combattront fermement avec Voire Altesse , et l'on verra que jamais aucun prince n'a défendu une plus belle et plus juste cause avec des soldats plus déterminés à la soutenir. Puisse Votre Altesse élever la voix du haut des Pyrénées en tête de nos armées victorieuses, promettre la liberté à la France opprimée, délivrer le trône de ses ancêtres , rétablir l'ordre en Europe, et proclamer le triomphe delà vertu sur la tyrannie et l'immoralité ! A tout événement. Votre Altesse aura rempli les devoirs de son auguste naissance. Les princes sont les défenseurs-nés des nations. Nous sommes*

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carrière que vous m'ouvrez par sauver la Catalogne pour Ferdinand VII, comme mon aïeul le duc d'Orléans la sauva pour Philippe V. Je ne me dissimule point les difficultés que mon devoir m'obligera de combattre ; mais j'ai la plus ferme coniance clans l'aide du ciel, dans l'appui de V. M. et dans le caractère espagnol si justement célèbre par son énergie , sa noblesse et sa persévérance. Espérons que par l'union de tous , par l'élévation de l'âme et des pensées , par l'activité , la disciplin e et la constance , la Providence destine votre grande et généreuse nation à réparer les maux sans nombre que la faiblesse et la désunion dçs gouvernemens et des peuples ont attirés sur l'Europe coupable. L'Espagne recouvrera son roi, soutiendra ses autels et le trône; et, s9 il plaît à Dieu, , j'aurai l'honneur d'ac compagner les Espagnols vainqueurs , lorsque , par leur noble exemple et avec leur assistance , leurs voisins les relèveront chez eux. L'adoption dont ils m'honorent fera ma gloire ; j e n en ambitionne d'autre que celle qui leur appartiendra à tous Jet qui fera particulièreme nt la gloire de Votre Majesté!

» Que Dieu accorde à Votre Majesté un grand nombre d'heureuses années.

» Çalernae , le 7 mai j 1 8 1 o.

» (Sig né) Louis-Phiuppb d'Orléans. »

Comme on le voit, pa.v îes dates , les lettres qui précèdent se rapportent au -sec* in& et dernier voyage que Iiî duc d'Orléans lit en Espagne ^ pour obtenir le commandement

«l'une armée. Déjà une tentative du même genre avait échoué en 1808 devant la fermeté du gouverneur de Gibraltar, et c'est sans doute à cette tentative que fait allusion la régence lorsqu'elle parle du désir exprimé par Son altesse de combattre dans les' armées espagnoles. Le prince ne fut pas plus heureux en i8io,à Cadix, qu'il ne l'avait été en 1808 à Gibraltar. Les Cortès , annulant la nomination faite par la régence , forcèrent Son Altesse de se rembarquer immédiatement pour la Sicile.

Les pièces qui suivent sont relatives à l'équipée de 1808.

Extrait deY Histoire de la guerre de la. Péninsule et du midi de m la France, par le colonel Napier. (ïlistory of the war of the ^eninsula and in the south of France, by W. J. P. Napier, colonel, etc.)

À cette époque (1808) l'insurrection de l'Andalousie attirait à Gibraltar et à Séville tous les intrigans et tous les aventuriers de la Méditerranée. C'eût été pire qwj la confusion du camp d'Agramant, si la prudente fermeté de sir Hew Dalrymple n'avait point arrêté les premiers effort s de cette peste politique- Mais, au milreînîe toutes les dangereu .ses folies de cette e'poque , il en est une qui mérite d'être rema- rque'e , à cause des circonstances qui l'accompagnèrent; circo? îstances dont je dois cependant abandonner l'explication à d autres historiens qui , dans cette singulière affaire, trouveront peut-être la clef de l'absurde

ET IA CONTftE-KÉVOLUTION DE l83o. 3s5

politique qui , en Sicile , a sacrifié si long-temps le bien-cire de deux nations aux rêves et aux extravagances d'une cour corrompue. .

L'introduction delà loi salique avait été long-temps le projet favori desBourbons d'Espagne ; mais la masse de la nation n'avait jamais voulu consentir à changer la loi de succession en vertu de laquelle les femmes élaienl appelées à monter sur le trône. Toutefois , ce projet avait été repris secrètement par quelques membres de la junte, et les partisans de la loi salique voulaient offrir la régence du royaume au prince de Sicile, qui, Ferdinand et ses frères mourant sans enfans mâles , aurait succédé à la couronne, à l'exclusion de la princesse du Brésil. Déjà un agent sicilien, le chevalier Piobertoni , s'était rendu à Gibraltar, d'où , ayant l'air d'agir sous les auspices de l'Angleterre , il s'évertuait à propager en Espagne les vues de son gouvernement. Mais sir Hew Dalrymple, ayant appris accidentellement que le cabinet britannique improuvait la mission du chevalier, renvoya celui-ci de Gibraltar. Sur ces entrefaites , Castanos , abusé par quelques personnes engagées dans cette intrigue , était disposé à soutenir les prétentions de la cour de Sicile , et proposait d'employer le nom de sir Hew Dalrymple pour donner du poids à ses opinions ; ce qui eût inévitablement créé beaucoup de jalousies en Espagne, si sirâHew Dalrymple ne se fût hâté de refuser son consentement à toute trame de ce genre.

Après cet échec , on semblait avoir renoncé à une nouvelle tentative, lorsque , vers le milieu du mois de juillet, un vaisseau de guerre anglais arriva inopinément à Gibraltar, ayant à bord le prince Léopold de Sicile , suivi d'un établissement complet de chambellans , d'officiers , d'huissiers royaux et de courtisans. Le duc d'Orléans, qui accompagnait son beau-frère , ne dissimula point que l'objet de leur voyage était d'entamer une négociation tendant à obtenir la régence d'Espagne; et il demanda officiellement à être reçu dans la place de Gibraltar. Sir Hew Dalrymple, gouverneur de cette forteresse, entrevoyant

les inconvéniens qui pourraient résulter de cette démarche , n'hésita point à refuser au prince et à toutes les personnes de sa suite, la permission de débarquer. De son côté, le capitaine du vaisseau , qui n'avait reçu d'autre ordre que celui de transporter le prince à Gibraltar, refusa de le ramener en Sicile. Cependant sirllewDalrymple, voulant aider Son Altesse Royale à sortir de cette position critique , consentit à le recevoir comme simple voyageur, mais à la condition expresse qu'elle se dépouillerait de tout caractère public , et que le duc d'Orléans quitterait immédiatement la forteresse.

Sir William Drummond , envoyé d'Angleterre à Palerme , M. Vial et le duc d'Orléans étaient les auteurs et les instrumens ostensibles de cette intrigue , qui , si elle eût réussi , aurait eu pour résultat de faire nommer une régence par un faible parti réuni dans une junte locale, d'ouvrir Ja voie au changement de la loi qui régit la succession au trône d'Espagne , d'établir leur autorité sur les autres juntes et de créer d'interminables difficultés entre l'Angleterre , l'Espagne et le Portugal. Les instances de sir William Drummond induisirent l'amiral sir Alexandre Bail à accorder un vaisseau de guerre , destiné , disait-on , à transporter le duc d'Orléans, mais en réalité le prince Léopold dç Sicile dont le projet de voyage ne paraît point avoir été connu de l'amiral. Que le prince ait désiré la régence d'Espagne , c'est naturel ; mais qu'un vaisseau de ligne anglais l'ait conduit à Gibraltar , lorsque le cabinet britannique repoussait ses prétentions , c'est ce qui est fort curieux ♦

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Extrait des Annales des campagnes de la Péninsule, depuis 1808 jusqu'en 1814. William Blacwood, à Edimbourg , etc., 3e vol. ( Annals of the Peninsular campaigns, from 1808 to 1814 j bj the author of etc. )

Septembre 1810. — L'année précédente, le duc d'Orléans, qui résidait alors à Païenne , avait offert ses services à la junte centrale. Cette offre avait été repousséc. Cependant , peu de temps après son installation, la régence, pensant que la présence d'un prince de la maison de Bourbon , cdnnu par ses talens , son courage et son mérite, contribuerait à animer le courage de la population , et susciterait de grands embarras à la France, invita le duc d'Orléans à venir prendre le commandement des provinces qui forment la frontière nord de l'Espagne.

Le duc d'Orléans se prépara immédiatement à profiter de la bonne fortune qui lui était offerte. Il se rendit à Malte et de là à Tarragone , où il publia une proclamation qui appelait Ions les véritables Français, ainsi que les Espagnols , à se rallier aittour de l'étendard levé par un Bourbon , pour le renversement de la tyrannique usurpation qui opprimait les deux peuples *. Le duc partit ensuite pour Cadix , où il fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang ; mais les cortes refusèrent de sanctionner le commandement dont la régence l'avait investi , et il fut obligé de repartir promptement pour Païenne»

A la suite de ces extraits sur la guerre de la péninsule , on ne lira pas sans intérêt une partie de la correspondance officielle à laquelle donna lieu l'infructueuse tentative de

\ Where lie issued a proclamation , inviting ail true Frenchinen as well as Spagniards, to rally round tbe standard raised by a Bourbon for the subversion of that tyrannical usurpation by vvicb botb nations were oppressed.

Lettre de M. Drummond à V amiral sir Alexandre Bail.

Païenne, le 4 juillet 1808.

Mon cher monsieur,

Son Altesse Sérénissime le duc d'Orléans m'a prié de vous écrire sur un sujet qui paraît l'intéresser au plus haut degré. Je suppose que vous êtes instruit de tous les événemens qui ont eu lieu dernièrement en Espagne , le duc pense que l'apparition dans ce pays d'un membre de la maison de Bourbon serait agréable .aux Espagnols , et d'une grande utilité à la cause commune. Je suis à cet égard de l'opinion de Son Altesse Sérénissime , et si vous la partagez, vous ne ferez probablement aucune difficulté à nous envoyer un vaisseau de ligne , pour transporter Son Altesse Sérénissime à Gibraltar. Le prince est rempli d'espérance* Nous avons reçu des lettres de Londres jusqu'au 5 juin. Le Portugal a suivi l'exemple de l'Espagne, et Lisbonne est sans doute à présent dans d'autres mains.

William Drummond»

Du même, à sir Hew Dalrymple, gouverneur de Gibraltar^

Mon cher monsieur,

Cette lettre vous sera remise par Son Altesse Royale le prince Léopold , second fils du roi des Deux-Siciles. Ce prince part immédiatement pour Gibraltar, afin de se mettre en communication directe avec les loyaux Espagnols , et de leur notifierl'in-

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tention où est son père d'accepter la régence s'ils consentent à la lui conférer jusqu'à la délivrance de son neveu Ferdinand "VII. Don Léopold et son cousin le duc d'Orléans offriront leurs services aux Espagnols comme soldats , et ils accepteront ensuite tel grade qu'on jugera convenable de leur accorder, enharmonie avec leur rang. Si la visite de ces princes ne plaisait pas aux Espagnols , don Léopold reviendrait en Sicile , et Son Altesse Sérénissime le duc d'Orléans se rendrait en Angleterre. Persuadé que la présence d'un infant d'Espagne peut être d'une trèsgrande utilité dans la crise actuelle , et qu'elle ne saurait, dans aucun cas, avoir de graves inconvéniens , j'ai pressé Sa Majesté Sicilienne de prendre à cet égard une détermination qui me semble provoquée par le manifeste de Palafox , dont vous avez sans doute connaissance. Cependant, à 1,000 milles de distance, on ne doit pas exiger que nous soyons parfaitement informés de plusieurs circonstances qui peuvent être connues de vous; aussi le prince Léopold recevra pour instruction de s'entendre avec vous et de suivre les conseils que, je n'en doute pas, vous serez volontiers disposé à lui donner. Je prends la liberté de le recommander à votre protection et à vos bons offices.

William Drummond.

Extrait d'une lettre de sirHew Dalrymple à lord Castlereaghi

Gibraltar, 10 août 1808.

Milord

Le Thundcur est arrivé ici la nuit dernière , ayant, à son bord le duc d'Orléans et le second fils du roi des Deux-Siciles , accompagné d'une nombreuse suite de gentilshommes et autres. Le vaisseau n'ayant jeté l'ancre qu'un peu tard , je n'ai eu qu'a

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dix heures du soir l'honneur Je voir le 'duc d'Orléans, qui s'est présenté accompagné du capitaine Talbot. Le duc m'a remis aussitôt une lettre de M. Drummond, et le capitaine Talbot une dépèche de sir Alexandre Bail ; j'ai l'honneur de vous envoyer copie de l'une et de l'autre. La dépêche de sir Alexandre me paraissant volumineuse , je ne Fai point ouverte de prime abord , et n'ai point , par conséquent, remarqué de suite que sir Alexandre Bail paraissait ignorer que les princes venaient ici , et encore moins qu'ils avaient l'intention d'établir leur résidence à Gibraltar, dans le but avoué de négocier pour obtenir la régence d'Espagne. Le duc d'Orléans n'en fit point de mystère , et il s'occupa de fixer le moment du débarquement du prince, des détails relatifs à sa réception et d'un local convenable à son rang et suffisamment vaste ponr recevoir sa nombreuse suite. J'ai saisi la première occasion qui s'est présentée pour faire observer le mauvais effet que cette démarche produirait en Espagne, dans un moment où l'établissement d'un gouvernement central était devenu une nécessité évidente , et j'ai ajouté que tout cela amènerait beaucoup d'intrigue et de désunion jusqu'à ce que les sentimens du peuple et des armées , qui doivent nécessairement s'assembler pour expulser l'ennemi du territoire , fussent connus.

Extrait d'une lettre de lord Castlereagh à sir New Dalrymvle.

Downing-Street ? 4 novembre 1808.

; Cependant c'est avec grand plaisir que je vous

donne l'assurance de l'approbation qu'ont obtenue, de la part de Sa Majesté, les mesures que vous avez prises dans cette circonstance importante et délicate : je veux parler de l'arrivée inattendue du prince Léopold et du duc d'Orléans à Gibraltar.

Castlereagh.

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La correspondance et les extraits qu'on vient de lire rappellent un fait qui, seul, donnait déjà beaucoup à penser, et qui , rapproché des événemens de 1810, offre avec eux une frappante analogie de moralité politique. On pourrait même, en liant les deux époques, considérer la seconde comme la solution de continuité de la première. Dans les mémoires sur l'histoire secrète de la Vendée par M. le comte de V.., l'auteur,, parlant des événemens qui suivirent immédiatement la défaite de Quiberon, rapporte certaines circonstances desquelles il semble résulter que la faction orléaniste s'était logée dans le parti thermidorien et même dans le directoire.

a M. le comte de Puisaye , dit M. de V... , avait reçu beau- »coup de lettres de sa correspondance secrète. Il en avait plu- » sieurs de Paris , écrites par des personnes prépondérantes dans » les factions qui gouvernaient la France. On lui offrait des se- » cours et des moyens pour soutenir le parti, l'augmenter enfin » de moyens assez considérables pour l'utiliser ; mais tout cela » portait la condition de recevoir M. le duc d'Orléans que Ton » voulait faire arriver parmi nous. Le parti qui le soutenait était .» mené par les gens qui alors étaient le plus en crédit et pou- » vaient le plus dans le gouvernement.

» Nous passâmes quelques heures sans quitter cette conversation ; le sujet me déplaisait; il déplaisait aussi au comte de » Puisaye. Cependant, avec une sorte de résignation, il me dit : » Enfin, s'il arrive , par nos formes , nos lois et nos usages nous » ne pouvons pas le renvoyer. Cette terre met sous sa sauvegarde » le criminel qui se repent et vie*t 'servir la cause. Il sera le » premier Bourbon qui viendra mettre l'épée à la main parmi ;> nous. Il est brave, et malgré nous il deviendra roi. D'ailleurs , » tôt ou tard il est probable que nous nous trouverons forcés de » servir la royauté plus que le roi ; il faut espérer que les vèrita-

» blés viendront ; mais le premier Bourbon qui combattra à no- » tre tête forcément deviendra roi.

» Je n'étais pas encore à même de saisir ces raisonnemens là ; » ilsétaient parfaitement justes , mais ils m'indignèrent. » Et plus bas l'historien ajoute : « Venir , mettre Cépée à la main , être » populaire et brave , tout était dit» »

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