‹ Louis Philippe et la Contre-révolution de 1830Chapitre 68 sur 84 · N° VIII · texte numérisé non relu

N° VIII

(Page 99 du texte.)

Extrait des Mémoires pour servir à V histoire de la révolution de i83o, publiés par M. Alex. Mazas , secrétaire de M. le duc de Mortcmart.

«Plus de deux heures après mon départ du Luxembourg , dans la nuit du 5o au 5i juillet , un envoyé du duc d'Orléans se présenta chez M. de Sémonville, et lui demanda de le mettre en rapport avee M. de Mortemart , pour lequel il avait une mission? M. de Sémonville le fit conduire dans le petit entresol. Cet envoyé annonça qu'il venait de la part de M. le duc d'Orléans , pour supplier M. de Mortemart de se rendre chez lui , dans Y intérêt de la cause du roi : cette dernière considération détermina M. de Mortemart ; sa qualité de minisire l'aurait sans doute retenu s'il se fût agit d'un tout autre motif. L'officier ajouta qu'il était chargéde le conduire dans le lieu où se trouvait le prince; ils sortirent tous les deux du Luxembourg vers trois heures du matin * ; les approches du Palais-Royal étaient encombrées de bandes armées, bivouaquées sur la place, dans les cours et dans les rues adjacentes ; tout ce quartier, éclairé par des lampions placés aux fenêtres des'maisons et sur les barricades , offrait un spectacle horrible et singulier. Le jour commençait à poindre. M. de Mortemart a raconté à ses collègues de la chambre des

1 Ceci explique, dit l'auteur des Mémoires, comment M. d'Argout m'avait annoncé que M. de Mortcmai t n'était plus au Luxembourg ; mais M. d'Argout se méprenait sur la cause de son absence.

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pairs qu'il fut introduit d'abord dans l'appartement de M. Oudart , secrétaire du prince ; tout y avait été brisé par les balles * ; puis M. Berthois , aide-de-camp du duc d'Orléans, vint prendre M. de Mortemart et l'introduisit, après bien des détours, dans une pièce où se tenait le prince , qu'ils trouvèrent exténué de fatigue, accablé de chaleur et à moitié vêtu. Le duc d'Orléans, en apercevant M. de Mortemart, lui dit vivement : « Duc deMorte- » mart, si vous voyez le roi avant moi, dites-lui qu'ils m'ont » amené de force à Paris, mais que je me ferai mellre en pièces » plutôt que de me laisser poser la couronne sur la tête ; le roi »> m'accuse sans doute de ce que je ne suis pas allé à Saint-Cloud. i) J'en suis fâché ; mais j'ai été instruit que , dès mardi soir, on » excitait le roi à me faire arrêter, et je vous avouerai que je » u'ai point voulu aller me jeter dans un guêpier ; d'une autre » part , je redoutais également que les Parisiens ne vinssent me » chercher ; je me suis renfermé dans une retraite sûre et connue » seulement de ma famille ; mais hier au soir une foule d'hom- » mes ont envahi INeuilly, et m'ont demandé au nom de la réu- » nion des députés. Sur la réponse que j'étais absent , ces hom- » mes ont déclaré à la duchesse qu'elle allait être conduite à Paris >» avec tous ses enfans, et qu'elle resterait prisonnière jusqu'à » ce que le duc d'Orléans reparût. La ducjhesse , effrayée sur sa » position ,' tremblant pour ses enfans, m'a écrit un billet très- » pressant, avec prière de revenir le plus tôt possible : celte » lettre m'a été portée par un homme dévoué; je n'ai plus bail lancé en la recevant , et je suis arrivé pour délivrer ma fa- » mille ; ils m'ont amené ici fort avant dans la soirée. »

« M. le duc d'Orléans, après avoir annoncé à M. de Mortemart que la réunion des députés l'avait nommé lieutenant-général du royaume, comme un moyen d'empêcher M. de Lafayetle de

i Cet appartement forme le coin de la rue Saint-Honoré et de la rat P»ichelieu, au dessus de l'ancien café du Roi, anjourd'hui fermé.

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proclamer la république , lui demanda si ses pouvoirs s'étendaient jusqu'à la faculté de le reconnaître dans ses fonctions. M. de Mortemart répondit qu'il ne le pouvait pas, qu'il avait même protesté, comme ministre, contre cet acte, la veille au Luxembourg , quoiqu'en sa qualité de Français il le jugeât très-propre à sauver la patrie en mettant un frein à l'anarchie.

»M. de Mortemart se retira en annonçant au duc d'Orléans qu'il allait chercher les moyens de faire connaître au roi la situation des affaires , et la nécessité dans laquelle il se trouvait d'être revêtu de pouvoirs pins étendus pour entamer de nouvelles négociations et les amener à unre'sultat satisfaisant. »

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