‹ Louis quinzeieme 17241757Chapitre 13 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La guerre. — Fleury et Walpole. 1733-1755.

Fleury cl les Walpole n’avaient pu empêcher la guerre. Il s’agissait pour eux de l’entraver, de la faire avorter, d’en limiter les résultats.

Trahir les Polonais encouragés et compromis par nous, surtout sauver l’Autriche, au moment imminent de sa destruction, c’est l’œuvre calculée de la politique d’alors. Ceux qui menaient Fleury, ses directeurs d’Issy, chérissaient dans l’Autriche le bigotisme militaire, la dragonade de Hongrie, la persécution de Saltzbourg (1731); l’Angleterre, protestante et chef des protestants, chérissait l’épée catholique, le boucher autrichien et sa horde barbare qu’elle peut par moments solder et lancer sur l’Europe.

Le vieux Fleury, le jeune Horace Walpole s’aimaient, ne pouvaient se quitter. Horace, filialement, apportait à Fleury ses dépêches de Londi •es, et le priait de lire, corriger ses réponses (Saint-Simon, cliap. dvi). Fleury, malgré son âge, allait à chaque instant de Versailles à Issy, et, malgré tant d’affaires, y faisait des retraites. Ainsi, parfaite entente de l’Anglais, du Papisme, pour l’Autriche et contre la France.

Le roi pouvait gêner. La reine et la Mailly, l'épouse et la maîtresse, étaient du parti de la guerre. En mars, et depuis même, il avait parlé en ce sens. Il avait été impossible de ne rien faire du tout. On rassemblait des troupes, mais sans vivres. Brest avait une escadre, mais désarmée. Uela gagnait du temps. L’été vient, bientôt passe. Nous sommes au milieu d’août. Heureux délai pour le Saxon, le Russe, l’Autrichien, dûment avertis.

Le IG août 1735 fut le moment de crise. Un cri désespéré était venu de la Pologne. Les chefs du parti national avaient écrit à Stanislas que, s’il n’arrivait, tout était perdu. C’était un de ces jours où, dans un Etat sérieux, les conseils restent en permanence, siégeant le jour, la nuit, mettant les minutes à profil. La reine était sur les charbons. Villars bouillonnait sans nul doute. On est bien dtonné déliré chez ce général courtisan cette ligne

sèche et contenue : « 11 n’y aura rien d’important. » Car le Roi est absent. Il est allé sc promener. Promener? où? miracle! à Chantilly ! à ce château de la disgrâce, chez l’exilé M. le Duc, autour duquel Fleury depuis sept ans gardait un cordon sanitaire. Jadis chasseur, ce prince, séquestré, n’osant remuer, s’était fait une vie innocente de graveur, de naturaliste, chimiste, etc. On s’en moquait en cour. « Est-ce qu’il veut se faire médecin? » Que va donc faire le roi chez ce pauvre M. le Duc? Le consoler, sans doute. Un Condé, sans emploi au moment de la guerre, méritait d’être plaint. Mais quoi ! laisser tout pour cela?

La vieille Madame la duchesse, démon d'impureté, exquise en toute ordure, dont les petits vers sales barbouillent les recueils Maurepas, avait imaginé « de faire son fds cocu pour le refaire ministre. » Ses filles (Charolais et Clermont), effrénées, débridées, mais pas jeunes, aidaient à cela. Fleury lesavaitbien, et il en vit l’essai (juillet 1751), lorsque, à Fontainebleau, elles produisirent leur princesse, une jolie petite Allemande, toute jeune(M, le Duc eût pu être son père). La petite, fort lasse de Chantilly, et brûlant pour Versailles, s’avança fort et plut. Elle eut pour son mari un premier signe de faveur, au moins un joujou militaire (régiment des dragons Condé). Fleury y coupa court.

Bientôt vint la Mailly. Amour hebdomadaire, un quasi-mariage, qui ne fit rien au rêve, à l’idéal de Chantilly. Y envoyer le Roi (quel qu’en fût le prétexte), dans ce lieu charmant, dangereux, ce fut un coup habile, un moyen admirable de le mettre à cent lieues de l’affaire discutée, de lui faire oublier la guerre pour la guerre au mari jaloux.

M. le Duc l’était extrêmement, et amoureux. 11 n’avait qu’elle, dans la solitude et l’exil. Contre les galants ordinaires, il alla jusqu’à l’enfermer. Que faire contre le Roi? 11 ne pouvait pas la cacher, lorsque le Roi, revenant de Compiègne, passait par Chantilly. Pouvait-il l’empêcher de voir sa vénérable mère? de voir sa chaste sœur à leur joli Madrid, où le Roi se grisait la nuit? En décembre 1736, M. le Duc est en pleine faveur. Et, pour le constater, sa mère reçoit pour la petite femme un don solennel de diamants (Fleury n’est pas toujours avare), les lui plante en aigrette au front (de Luynes). Elle en garda sa part. Comblé et caressé, désespéré, son fils l’a marquée d'un mot au fer chaud : « N’était-ce pas assez d’avoir vendu vos filles, sans trafiquer de votre bru? » Revenons. Dans ces jours de la suprême décision, 17 et 18 août, le Roi resta à Chantilly, revint le 19 à Versailles. La reine était à l’heure, on peut dire, de sa Passion, entre la vie, la mort. Stanislas paraissait le plus lâche des hommes s’il

— tôt» —

ne parlait, s’il n’écoutait l’appel très-pressant de son peuple. Le 20 au soir, le père s’arracha de sa fille, pour le plus périlleux voyage qui jamais se fût entrepris, pour traverser l’Europe, tant d’Etats ennemis, pouvant à chaque instant être arrêté, tué, par ceux qui souvent contre lui avaient tenté l’assassinat. Sa fille, qui se mourait d’angoisses, tremblait de rien montrer, d’accuser par ses pleurs le départ de son père. Le Roi, justement à celte heure, le soir du 20, au lieu de rester avec elle, alla coucher à la Muette. Apparemment Fleury craignait qu’à ce départ tragique, à ce déchirement, la reine, qui eût touché les pierres, n’en tirât quelque mot pour son j»ère et pour son pays.

Stanislas part le 20, à travers mille dangers arrive à Varsovie (5 septembre 55). II est l’élu national d’un peuple qui veut vivre encore.

Soixante mille seigneurs, gentilshommes, votent pour lui. Brillante cavalerie, mais dispersée, qui craint pour ses foyers. Aucune armée organisée. Le traître Auguste a désarmé d’avance. Cependant l’Allemand n’est pas entré encore, et l’on n’aura affaire qu’aux Russes. Dix mille Français, si on les avait eus, eussent fourni un noyau suffisant. Stanislas y comptait. Retiré antzig, il attendait la flotte de Brest, qu’il avait laissée sous un homme sûr, déterminé, de parole, Duguay-

Trouin. Il ignorait la comédie qui se jouait de Walpole à Fleury. Le premier, devant Brest, avait quelques vaisseaux anglaisqui allaient et venaient 1 . Cela fournissait à Fleury cette ignoble et menteuse excuse : « Nous n’osons pas sortir. Horace dit : « Ce serait une atteinte aux libertés commette dates que les traités assurent à la navigation « de la Baltique. » Horace s’y oppose... Demandez à Horace... » Voilà l’hiver, les glaces. La Baltique est fermée.

La ville de Dantzig s’obstinait noblement à défendre son roi, légalement élu. Elle bravait les Russes qui arrivaient. Qui croirait que si tard, 11e voulant rien au fond (qu'amuser et tromper la reine !) , on eut l’indignité, le 18 novembre encore, de faire écrire le mannequin royal, d’encourager les résistances par les paroles de Louis XV, et d’enhardir Dantzig à se faire écraser?

Sur le Rhin, on avait trouvé moyen de ne rien faire non plus. Nous avions cent mille hommes; l’Autriche, par le dernier effort, n’en eut que soixante mille. Villars et les Bellisle voulaient que l’on perçût dans l’Allemagne, qu’on lançât la Ba-

1 Ce fait, absolument ignoré des historiens, m'est donné par un livre rare, dont je dois la communication à M. Ladislas Slickiewicz : Histoire de Stanislas (parM. Chevrier). Londres, 1711. — A cela près, Villars. Xoailles, Duguay-Trouin, etc., donnent tout; Noailles surtout, nos misères d'Italie, l’imprévoyance du ministère, l'abandon de nos soldats, sans abri, sans hôpitaux, etc.

- ir.7 —

vière, qu’on mît en liberté tant de haines muettes. Fleury disait : « Sans doute, si nous avions l’Empire pour nous, nous entrerions. » — « L’Empire sera pour vous, lui répondait Yillars, le jour que vous serez dedans. »

Mais Fleury, en traînant, gagne le 12 octobre, la saison pluvieuse. On passe alors le Rhin. Pourquoi? pour rien du tout. On revient. Car il pleut.

C’est-à-dire que l’Autriche peut se tourner vers

l’Italie.

Là même, autre déception. Yillars avait cru tout facile. Mais comment? Par la chute de Fleury, que l’on espérait. Le Piémontais aussi. 11 était plus sincère pour nous qu’on ne l’a dit. Mais, Fleury restant maître et le ministère de la paix, il avait tout à craindre. Yillars avait beau lui prêcher qu’il fallait accabler l’Autriche, pendant qu’elle était désarmée. Sourd et muet, le Savoyard s’en tenait à son Mdanais. C’était déjà beaucoup, et plus sans doute que ne permettrait l’Angleterre. Cette amie de l’Autriche, qui déjà empêchait la France de l’attaquer en ces membres extérieurs, aux’ Pays-Bas , aurait-elle permis que le fougueux Yillars, entraînant le Piémont, la frappât au Tyrol, et la menaçât au cœur môme?

Yillars eut un moment d’espoir, voyant, en février, l’armée des Espagnols qui enfin arrivait. Il

y court. Mais déjà ils lui tournaient le dos, s’en allaient au Midi. Ils ont leurs ordres, ne veulent pas comprendre que leurs conquêtes du Midi ne seront rien, si on laisse l’Autriche armer derrière, se relever. Yillars leur montre au Nord le gros nuage noir qui se forme au Tyrol. Rien de plus ferme que les fous. La Farnèse et Philippe défendent expressément qu’on agisse d’ensemble. 11 faut qu’on coure à Naples. Plan stupide qui fut couronné du succès. Comment? Par un miracle que l’on ne devait pas attendre, par la valeur imprévue, étonnante, de nos soldats novices, qui tinrent les Autrichiens au Nord, montrèrent tous les courages, celui même qu’on n’attendait guère, un sang-froid merveilleux. Et cela (on peut dire) sans généraux. Yillars était mort de chagrin. Deux vieillards lui succèdent, Coigny, Broglie, et gênés, de plus, glacés par les lenteurs voulues du Piémontais. Broglie, à la Seccliia, presque pris, échappe en chemise. Mais partout nos petits soldats ont une solidité d’airain. Les Autrichiens, qui ont des corps merveilleux pour l’attaque, la charge Hongroise aveugle, la rage en manteau rouge des Croates altérés de sang, avec cet enfer militaire qui trouble l’imagination, n’émurent en rien les nôtres. Ils reçurent à merveille tous les généraux ennemis qui venaient un à un se faire tuer en menant ces

charges. Peu de prisonniers des deux parts. Aux batailles furieuses de Parme, de Guastalla, il fut constaté que la France, sans avoir jamais vu la guerre, était toujours la France de Malplaquet et de Denain.

Chose fort nécessaire, de salut pour les Espagnols, pour l’infant Don Carlos qui, dans son agréable promenade de Naples, aurait été bien dérangé. Les trente, quarante mille Allemands que nous tuâmes au nord de l’Italie lui seraient tombés dans le dos. Il put triompher à son aise, n’ayant qu’à recevoir les clefs des villes qui venaient au devant. Il put même, sur les petits restes des garnisons tudesques qui fuyaient du Midi, gagner une fort jolie bataille qui lui coûta peu (Bitonlo, 25 mai 1754).

Au Nord, la vaillance inouïe de celle jeune France de la paix, précisément la veille (24 mai 1754), availéclaté, et non moins l’éclatante lâcheté de son gouvernement. Il ne s’agissait plus du trône de Pologne, mais de la vie de Stanislas, enfermé dans Dantzig par l’armée russe, et que cette cité défendait. Cent mille hommes, Russes et Allemands, occupaient la Pologne. Trente mille serraient Dantzig. Elle était soutenue par sa foi à la France. Lui-même, Stanislas croyait très-fermement que le père de la reine de Fi ance ne pouvait être abandonné. Les glaces empêchaient seules,

disait-on, le secours. Elles fondent, on ne voit rien encore. Le 10 mai (joie immense!), on distingue quelques vaisseaux. Ils sont liés par leurs ordres précis. Ils descendent des hommes, mais, voyant tant de Russes, ils les rembarquent, laissant Dantzig dans le désespoir.

Un Français, un Breton, Plélo, était notre ministre à Copenhague. Homme d’esprit, connu par des vers agréables, membre de l’Entresol (le club de l’abbé de Saint-Pierre), il était de ces rêveurs qui anticipaient l’avenir, qui avaient au cœur la patrie. Il rougit pour la France en voyant celle reculade. 11 eut un scnlimcnl aussi de pitié, de chevalerie, pour la pauvre reine de France. Les chefs s’excusant et disant qu’ils n’avaient pu mieux faire, que la chose était impossible: « Eh bien ! dit Plélo, suivez-moi. Vous verrez comment on s’y prend. » Il fait, comme il le dit. Quelques Français le suivent. Avec ces amateurs et quinze cents soldats seulement, il attaque les trente mille Russes à couvert dans leurs lignes. 11 les forçait, s’il n’eût été tué.

Ces choses-là faisaient réfléchir les Anglais.

Elles augmentaient terriblement leur crainte de la France, leur amour de l’Autriche. Elles contredisaient fortement l’opinion bizarre que ces amis avaient de nous.

C’était chez eux un article de foi que nous

— ut —

n’existions plus, qu’après Louis XIV le peu qui restait de la France, le résidu des guerres, le caput mortuum des ruines et banqueroutes, était venu à rien, et comme race même était fini. Les purs Anglais, qui sortaient peu de nie, étaient bien convaincus qu’il n’y avait ici qu’un ramas d’avortons, perruquiers, cuisiniers, maîtres de danse ou filles. C’est le sujet chéri d’Hogarth, le contraste éternel de l’Anglais fort, grand, bien nourri, et du Français, grenouille ou lézard qui frétille.

Cela allait plus loin. De l’autre côté du détroit, le credo était tel : le Français, c’est le vice; l’Anglais, c’est la vertu. La petite chose gazouillante, dansante, qu’on appelle un Français, ne loge rien que vent dans sa tête légère; ni foi, ni loi; aucun principe. La solide créature anglaise, avec sa double base de Bible et de Constitution, marche au chemin de Dieu, et fait œuvre de Dieu en pesant sur la terre, mangeant le plus possible, et consommant de plus en plus.

Dès le commencement de la guerre, ils travaillaient sérieusement pour que la France n’v gagn'àt rien, pour que l’Autriche lût quitte à bon marché. Dans l’année 1734, ils ne se pressèrent pas, voyant morts Villars et Berwick, et la France sans généraux, espérant que l’Autriche, avec tous ses barbares, à Parme, à Guastalla, allait nous

éreinter. Mais quand ils la voient elle-même usée et épuisée, Eugène à qui l’on prend Philipsbourg sous le nez, Mercy tué, Konigseck qui traîne comme un serpent coupé, alors notre amie Angleterre, sérieusement inquiète, se met devant l’Autriche, et décidément la protège. Elle se porte médiatrice (février 1735), et propose impartialement un plan tout autrichien.

Article 1 er . — L’unité, l’éternité de l’empire autrichien, au profit de son héritière. Donc, point d’élection de Bohême, de Hongrie, et l’Empereur sera toujours un antichrétien.

Soufflet assez fort pour Versailles. Car on a tlalté Louis XV, qui lui aussi descend de Charles- Quint, que la ligne mâle autrichienne s’éteignant, il pourrait arriver par l’élection. Fleury, que l’histoire dit si sage, s’était avancé sottement sur cette ridicule espérance jusqu’à dire que, plutôt que de garantir l’héritière, comme le demandait l’empereur, « il aimerait mieux trois batailles » (Villars).

Article 2. — L’Espagne garde les Deux-Siciles. Mais l’Autriche, qui n’avait nulle force dans ces possessions lointaines, en revanche épaissit au Nord. Au Milanais qu’elle garde, elle joint la possession de la Toscane, plus voisine, aisée à défendre, tandis qu’une ile n’était rien pour cet Autrichien sans vaisseaux.

Article 3. — Le père de la reine de France renonce au trône. Nul dédommagement, aucune indemnité... qu’un bien à lui, un petit bien de noble polonais! Plus, l’honneur dérisoire d’une ambassade qui le remercie d’abdiquer.

L’esprit gravement facétieux du mystificateur Walpole brillait dans celle plaisanterie.

Chauvclin, à l’idée d’éterniser l’Autriche, fut accablé, désespéré. Mais, loin de l’écouler, Fleury envoie à Vienne un homme à lui. Que veut-il, l’innocent? Signer, sans les Anglais, seul à seul avec l’empereur, tout ce qu’ont dicté les Anglais. Cela se fit ainsi.

Fleury était un homme modeste et sans ambition. Que la France n’eût rien, qu’on logeât Stanislas seulement dans le duché de Bar, cela lui allait à merveille. Chauvelin s’indigna, travailla (par la reine, par la Mailly? par tous), et il exigea pour la France, pour tant d’argent, de sang, qu’elle avait sacrifié. 11 obligea Fleury d’exiger la Lorraine, dont l’héritier passerait en Toscane Très-

1 Le réel est presque toujours bien au-delà de tout ce qu’on eût supposé. Les pièces récemment publiées frappent de stupeur. On y Toit que dès le mois de mai 1735, Flcurv demandait la paix à genoux aux Autrichiens {Haussonville, IV, p. 627). On y voit qu'il envoie successivement trois agents secrets à Vienne, et que dans son désir excessif de b paix, il entrave la paix, comprom, (tant, embarrassant ses propres agents mêm e(lbid., 401-127). On le voit lâchement dénoncer Chauvelin à l'ennemi. Sans la fermeté de celui-ci, Fleury eut payé la future

importante acquisition, indispensable aux communications de Champagne, d’Alsace. Excellente barrière d’un si vaillant pays, si profondément militaire.

Celte guerre avait fait un grand mal et un petit bien.

Le petit bien fut la Lorraine remise aux bonnes mains de Stanislas, la Toscane mieux administrée, qui eut bientôt son Léopold. A Naples, le gouvernement incapable des Espagnols fut obligé de prier l’ilalie d’administrer, de gouverner.

Le mal, et très-grand mal, est la dissolution de la Pologne, le salut de l’Autriche, qui reste autorisée à perpétuer à jamais l’étouffement des nations.

C’était un grand moment, celui qu’on a perdu. Moment unique, de si belle espérance. L’Empire n’était pas mort. La Bavière et la Saxe, le Palalinat protestaient. Dans les petits Etats, moins hardis, chez les populations honnêtes de la bonne Allemagne, subsistait l’étincelle du droit, de la patrie. L’Allemagne, la biche au bois dormant, avait assez dormi: elle se réveillait; sur la face de bête lui revenait la face humaine. Ils redevenaient hommes aussi, ces peuples du Danube qui

possession do la Lorraine, il eût consenti que l'Empire et l'Empereur eussent une armée en Lorraine, presque en Champagne, c'est-à-dire au ceeur de la France, etc.

onl sauvé l’Europe, et qui, pour récompense, par la ruse autrichienne, sont tenus à l’état de loups, que de temps à autre elle lance, quand l’Anglais la paye pour cela. Ces peuples allaient sortir de ce honteux enchantement.

Qui l’empêche? C’est l’Angleterre.

A ce moment, Voltaire disait à la légère dans ses Lettres atu/laises (1. VIII, p. 149) : « Qu’elle aime la liberté au point de la vouloir, de la défendre chez les autres même. » Remarquable ignorance. L’Angleterre justement alors affermit l’esclavage des Etats autrichiens, livre les Polonais aux Allemands, aux Russes.

Laide contradiction. C’est dans la même année (1731) que l’Angleterre écoute la prédication de Wesley, se réforme, assombrit son austérité protestante, — et que, d’autre part, l’Autrichien fini t sa dragonnade des protestants hongrois et des protestants de Sallzbourg. Voilà ce que l’Anglais protège en 1755 ! Qui dira qu’il est protestant?

Si l’Angleterre eût été protestante, elle eût cherché son point d’appui uniquement dans l’Allemagne du Rhin, du Nord, dans les deux Etals Scandinaves, unis, fortifiés. Avec sa très-étroite jalousie maritime, ses petites vues sur la Baltique, elle a toujours tenu en deux morceaux, c’est-àdire annulé, brisé l’épée du Nord, qui l’aurait tant servie. Elle a plutôt soldé une épée catho-

vn. 10

lique, gardé l’empire barbare où le papisme est un monstre de guerre.

Ici, de tout son poids l’Angleterre s’asseoit avec Fleury sur la lourde pierre catholique dont toute liberté est écrasée. L’efïort de 1733, notre élan de réveil, comment avortent-ils? C’est le secret des deux Walpole. Ils régnaient dans Versailles. Ils régnaient dans nos ports, veillaient notre marine, la solitude de Brest et de Toulon.

Duguay-Trouin, un jour, se consumant à attendre Fleury, voit dans celle antichambre et la foule dorée un misérable à culotte percée, d’un visage dévasté et sombre. C’est l’homme qui lit trembler les mers, c’est le nantais Cassart. Duguay alla à lui, le serra dans scs bras. Ses yeux n’étaient pas secs. Il pleurait sur la France, hélas 1 aussi sur lui. Il ne revint jamais d'être resté dans Brest enchaîné devant les Anglais. Il s’éteignit l’année suivante.

Page 1