‹ Louis quinzeieme 17241757Chapitre 26 sur 37 · I75IJ · texte numérisé non relu

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curés refusants. L’un, ne daignant répondre, il le met aux arrêls. Le Roi blâme le curé sans doute? non pas, le Parlement. Le Roi goûte l’affront qu’on a fait à ses juges, enhardit la persécution.

Est-ce la peine de dire que la fameuse Déclaration (les biens d' Église qu’il exigeait va à vau-l’eau. Changement ridicule. Elle ne se fera pas pour le Roi, mais seulement du Clergé au clergé, tout à fait en famille, et par ses agents seuls, estimant les biens à leur guise (déc. 1750).

Que le clergé doit rire ! Il l’a échappé belle. Le voilà qui n’a plus besoin de se défendre. 11 va devenir conquérant.

Et conquérant sans peine. Le Roi qui le chassait en septembre, se trouve, en mai, si bien son homme, que lui-môme il lui livre le droit des magistrats.

Un droit énorme, immense. Quel? la Charité de Paris. +

Paris, c’est un royaume, de maux, d’infirmités, de vices. Par le doux mot chrétien de Charité, on entendait non-seulement la bienfaisance et les hospices, mais la pénitence, la correction, Saint- Lazare et le nerf de bœuf (Voy. Blache), les Pdles, même lilles de théâtre, disciplinées à la Salpétrière, les enfants, apprentis ou pages, qu’on moralisait par le fouet, c’était un triste monde, obscur, Y anima vüis infinie. Sept mille à la Sal-

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pélrière! Le gouffre d'arbitraire élail depuis cenl ans soumis du moins à l’œil du magistrat, à une certaine surveillance de la Justice. Cet œil était gênant. On le crève un matin, si j’ose ainsi parler. Et le Roi remet tout aux prêtres.

Autre chose. Minime, mais sensible à Paris.

Les dons des l’êtes (aux naissances des princes) ne passent plus par les mains parisiennes des magistrats municipaux. On marie six cents filles. Les dots sont données aux curés, qui les distribueront à mesure par parcelles, selon qu’ils sont contents du mari, de la femme. Relie réjouissance qui devient un pouvoir de chicane et d’inquisition !

Le Roi marchait si bien, vite et roide, aux voies du clergé, que c’eût été dommage de le distraire. Le Dauphin devient admirable. Il s’assouplit. Il se fait tout petit. On dirait qu’il retient son souffle. On en est très-content. Il est tellement discipliné qu’au besoin il se prête à couvrir de son caractère, de son austérité connue, certaines choses. Le Roi, allant aux parties solitaires de la Muette, Choisy, Compiègne, montant avec ses filles en voiture à Versailles, pour imposer aux langues, fait monter le Dauphin. Mais là, au bout d’un jour le Dauphin sent discrètement qu’il peut gêner et revient seul. ( Luynes , 1750, 4 janvier, 1 er juin).

La comédie de la cabale était d’effacer le Dauphin. Ce sont Mesdames qui conseillent le Roi. Elles posent en hommes d'Etat. Leur singe, la petite Louise, une sœur de dix ans, prend la gravité d’un ministre. ( Luynes , XI, 6). On fait poulies aînées des extraits du P. Barre , de sa nauséabonde Histoire et autres. Henriette y succombe. Adélaïde en prend ce qui plaît à son père, les généalogies, le cérémonial, l’étiquette. Elle en est l’oracle. En cela, et en tout, elle prime. Elle est la favorite. La déclarer , c’était annoncer l’action dominante et régnante désormais du parti dévot. Ce pas hardi fut fait le 17 février 1751. Toute la cour était sur la glace, ou glissait. Elle monta dans le traîneau royal, où l’aînée jusque-là était toujours avec le Roi. Elle sc lit aînée, siégea près de son père. Henriette eut le second traîneau.

Dans cet état bizarre le Roi pourtant communiait. Plusieurs en étaient étonnés. Mesdames communiaient , et elles firent avec la reine les dévotions du Jubilé (la cinquantième année du siècle). Grande occasion de pénitence. La veine y était absorbée. Elle était souvent seule, enfermée, disait-elle, avec sa favorite, la Mignonne, une tête de mort, qu’on croyait celle de Ninon de l’Enclos. Ces impressions funèbres devaient troubler fort la malade

Henriette, Adélaïde, si imaginative, peu rassurée dans son triomphe. Le clergé usait , abusait, d’un si violent étal de conscience. Il fallait le payer, et d’une monstrueuse indulgence il voulait un prix monstrueux, une chose excessive, imprudente, où Mesdames risquaient de choquer fort le Roi. Le clergé exigeait qu’on déclarât son Droit divin d’exemption. 11 élevait son égoïsme avare à la hauteur d’un dogme : Divine immunité. Symbole exactement opposé à celui du Roi, à la foi de Louis XIV et de Louis XV : « Tout appartient au Roi en France. »

Une telle thèse devait brouiller tout. On était à Compïègne, aux chaleurs de juillet qui bientôt le 2 août éclatèrent en terrible orage. Adélaïde en avait un bien autre. Elle dit à son père : « Je serai carmélite. Je veux entrer au couvent de Compïègne. » Etait-ce dévotion? ou menace? Posaitelle un ultimatum pour obliger le Roi de céder au Clergé? Il lui dit sèchement : « Pas avant vingtcinq ans, ou bien si vous devenez veuve. »

Lutte violente. Le Roi piqué alla à Crécy chez la Pompadour, et y eut un peu de goutte. On vil qu’on avait fait fausse route par cet excès de zèle. A Fontainebleau, lieu de plaisir, on le reprit, on sut le regagner. Si bien qu’à Versailles en novembre, l’âme d’Adélaïde (colérique, intrépide) parut en lui, un démon provocant. Il veut décidément

brusquer la grande affaire qui livre Paris au Clergé. Mais, ce n’esl pas assez. En dépouillant le Parlement, il lui faut l’insulter. Ordre au Président d’apporter les Registres, les délibérations intérieures de la Compagnie.

Cette collection vénérable est triple, comme on sait. An'ëts, Édits enregistrés, enfin Conseil secret. En la dernière partie est l’âme même du corps, mille choses délicates et scabreuses qu’on agitait portes fermées. Les minutes en petits cahiers restaient, et ne sortaient jamais. Mais cette fois le président (Maupeou), disant que la copie n’était pas faite encore, prit les originaux, remit au Roi ces dangereuses notes où tout était , les choses et les personnes, les noms, les mots compromettants. IjC Roi avec dédain regarda, prit, froissa, mit le tout dans sa poche (pour en faire faire sans doute un sévère examen). Puis la défense hautaine de s’occuper de cette affaire.

Grave optrage. Le Parlement ne rend plus la justice. La lutte, de religieuse, deviendra révolutionnaire. Barbier confond les mots janséniste et républicain. De plus en plus, on s’en prend au Roi même. On était indigné de voir en pleine paix durer les impôts de la guerre, plus de nouveaux emprunts. Une vaine dépense de bâtiments, de petites maisons, Clioisy et autres lieux, où tout coûtait trois fois plus qu’à Versailles. Un million

dépensé pour amener Victoire, la moitié pour l’Infante. Dix-huit cent mille francs à Bellevue pour l’appartement du Dauphin ! Et cela au moment où l’on réduit les plus justes dépenses, le pain des prisonniers! Une révolte de ces affamés a lieu au Forl-l’Evêque. On lire tout au travers. Force blessés, deux femmes tuées !

Triste augure qui salue la naissance du (ils du Dauphin. Barbier trouve lugubre le tocsin de réjouissance. Versailles, aux fêtes qu’on en fit, se trouva lugubre lui-même (21 déc.). La bise avait éteint les illuminations ( Arg .). Dans la grande galerie, huit mille bougies fumeuses éclairaient, noircissaient les peintures de Lebrun. Mais placées extrêmement haut, elles éclairaient moins les vivants , cavaient les yeux, creusaient les joues, donnaient à tous l’air vieux. Beaucoup d’habits riches et usés. Plus usé était le dessous. Des trois femmes régnantes, nulle qui ne fût malade. La reine et son infirmité, la Pompadotir, fade et terne, blanchâtre, n’égayaient pas. Mais combien affligeait la pauvre victime Henriette, pâle, éclipsée, déchue, muette, et bien près de sa fin... Le Roi triste et jauni. Le Dauphin sous la graisse couvant la maladie (bientôt la petite vérole).

Dans cet affaissement, le nerf évidemment, l’ardeur, la volonté, c’était Adélaïde avec ses dixhuit ans, un attrait d’énergie. Elle était plutôt

rouge que clans la fraîcheur de son âge. Ses portraits sont tragiques, d’une personne dont on peut tout attendre, ayant l’esprit court, faux, impétueux et ne mesurant rien. Leurs flatteurs (Saint- Séverin, un Italien bavard), parlaient fort de potences et d’exécutions.

Gomment Adélaïde traitait-elle Henriette, dans cet enivrement? Elle l’aimait. Mais des mots imprudents , insolents, purent lui échapper. Madame, qui vivait fort à part, et ne lui confiait rien

de ses misères de femme, voulut en grand secret essayer de se relever, se faire belle à tout prix en supprimant celte petite gourme qui par moment lui déparait le front. L’Infante pour cela lui avait laissé un remède fort dangereux, qui la tua ( Luy nés, XI, 397, février 1752).

Elle fut, aux derniers moments, douce, sans fiel, comme toujours. On n’enlendit dans ses délires que ces mots : « Ma sœur ! ma chère sœur ! »

Comme elle agonisait, on alla au Roi, fort troublé, et on lui fit entendre que Dieu la sauverait peut-être, s’il voulait faire une bonne œuvre : suppi'imer l' Encyclopédie. 11 le fit de grand cœur. Le 13, après la mort, un Arrêt du Conseil légalisa et proclama la chose.

Cette grâce fut sans doute obtenue par l’homme qui avait en main la pauvre âme, les confessait tous trois, le bon P. Pérusseau.

jl" 18-1751 )

Le Koi était comme égaré. Il se laissait conduire où on voulait. Mais il n’eut nullement l’exolosion de douleur de septembre 1741 . Adélaïde et îi furent troublés bien plus qu’affligés. Elle ne pleura pas, et seule de la famille elle fut exemptée d’aller au service funèbre. Si la reine fut triste, ce ne fut pas longtemps. Elle reprit le jeu le 9 mars, un mois après cette mort. Le 12, Adélaïde étant incommodée, on joue dans ses appartements (de Luynes, XI, 440, 455).

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