‹ Louis quinzeieme 17241757Chapitre 25 sur 37 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Madame Henriette. — Les biens d’église défendus et sauvés. 1748-1751.

Cetle ruine d’honneur, parmi lant de ruines, ce guet-apens royal fut senti, je crois, du Roi même. Pris en ce vilain cas, comme homme et gentilhomme, il semble que dès lors il commence à se mépriser. Je le vois tombé bas, et dans telles choses honteuses qui jusque-là lui auraient répugné. Il a goût à l’argent, tripote et boursicote. Puisant à volonté au Trésor , il n’en est pas moins faufilé dans la bande des loups cerviers, spéculateur en blé. Très-dangereux trafic. Dans quel but? Augmenter un peu l’argent de poche, de jeu, de fantaisies furtives. Il a quitté l’armée pour toujours. Le travail, qu’on lui fit aimer un moment, la Pompadou

i su fort aisément l’en dégoûter. Que faire?

Enterré aux malsains cabinets de Versailles , lux malpropretés de Choisy, il fuit le jour. La nuit, il s’amuse à griser ses filles.

Il était tout à fait indigne et incapable de soutenir la grande révolution, qui, de Law aux Paris, de ceux-ci à Machault, Turgot, alla marchant toujours dans la pensée du siècle et qui devait plus tard se formuler ainsi : unité d’administration, suppression graduelle du privilège {et de classe et d’étals), — égalité d’impôt.

Nécessité l’impérieuse , l’embarras infini où se trouva l’Etal après la guerre, faisait mettre les fers au feu , par un premier appel, timide encore, aux quatre milliards du clergé. Chacun croyait qu’en France il possédait le tiers des biens. S’il daignait faire aumône à l’État d’un minime don, la charge portait toute sur les curés, le bas clergé. Le haut, de luxe et de luxure, dépassait la cour même. Clermont, vaillant abbé de Saint-Oermain-des-Prés, qui avait deux mille bénéfices à donner (et à vendre) , vivait avec les filles, enlevait des danseuses, tenait bon gré mal gré par force ou peur la Camargo.

La France agonisante pria ces fiers seigneurs de payer quelque peu. Machault voulut d’abord que l’impôt du Vingtième , commun à tous ,

— 279 — (l’iS-1751 ;

s’étendît au Clergé (1749). Puis il lui demanda une Déclaration de ses biens (1750).

L’obstacle était que, nulle réforme ne se faisant dans les dépenses, plusieurs (d’Argenson , j»ar exemple) croyaient qu’on ne ferait qu’augmenter le gâchis. L’obslacle était la défiance qu’opposaient les pays d’Etats, leur attache à leurs privilèges. L’obslacle était surtout la désespérée résistance du grand privilégié , du plus gras, le Clergé.

Si celui-ci eût été prévoyant , par quelque sacrifice, il se fût honoré, soutenu sur la pente où il glissait. Il préféra l’abîme. Il mit son adresse à périr. II sut, par deux moyens, entraîner le Roi avec lui. Moyens grossiers, qui réussirent :

4° Dès qu’on parle d’argent, le Clergé, calme depuis dix ans , redevient fanatique. 11 alarme le Roi , se bat avec le Parlement , reprend la guerre aux Jansénistes, aux Protestants, bref, fait craindre une Fronde.

2° Il obsède le Roi directement par la famille, employant sans scrupule Yultima ratio, la seule force efficace auprès d’un homme si vicieux, l’énervante influence, l’aveugle dévouement de Mesdames qui s’y immolèrent.

Mesdames Henriette , Adélaïde , vrais jouets de l’intrigue, de la fatalité, avaient le cœur

très-haut, n’avaient ni adresse, ni ruse. Leur sœur l’Infante fort justement disait que c’étaient « deux enfants. » Celle-ci était tout autre, formée par la Farnèse, si dépravée. C'est depuis son voyage en France (1748-1749) que le Roi vécut cyniquement à l’italienne, ne ménagea plus rien.

L’Infante, presque chassée d’Espagne, et pas encore en Italie, existait comme en l’air. Elle venait mendiante, affamée, sans chemise, demandant de l’argent, beaucoup d’argent, une grosse pension, puis des grandeurs, un trône, et le premier vacant, Naples? Espagne? Pologne? la Corse au moins. Elle était prête à tout. Ayant vu la faiblesse du Roi pour Henriette, elle la préférée comptait avoir bien plus. Elle disait venir pour quinze jours. Elle resta un an, serait restée toujours, si elle eût pu, eût oublié sans peine son ennuyeux Infant qu’elle n’avait presque jamais vu.

Elle était partie si petite que le Roi, qui lui écrivait sans cesse, ne la connaissait pas. Il alla au devant, et eut l’agréable surprise de la trouver fort belle, grande, fraîche, parée d’une gentille petite fille. Elle avait un grand air, et ses sœurs à côté semblaient de maussades bourgeoises.

Elle avait fort bien deviné que la Pompa-

tlour, en haine de Mesdames, lui ferait bon accueil, ne lui nuirait pas près du Roi. Elle eut en effet tout d’abord (chose mortifiante pour Henriette) la chose que celle-ci demandait, que le Roi hésitait de lui donner, l’appartement de l’escalier secret qui permettait de le voir à toute heure. Faveur inestimable pour l’Infante qui avait tant à dire, tant à demander.

Ce qui fut bien plus dur pour Henriette et pour la famille, c’est que la Pompadour lit chasser Maurepas (avril 1740). Maurepas, leur homme, leur ministre. La reine et ses lilles en pleurèrent. Le prétexte de la maîtresse fut certaine chanson sur ses infirmités de femme, « sur les fleurs (les fleurs blanches) qui naissaient sous ses pas. » Plus, une accusation ridicule de poison, renouvelée de la Tournelle. Ce que celle-ci n’avait pu, si belle, au moment le plus tendre, la Pompadour fanée le fit, mais par l’appui sans doute de l’escalier secret à qui on ne refusait rien.

L’Infante paraissait s’établir tout à fait. Le Roi , que cela plût ou déplût à la reine , lui faisait rendre mêmes honneurs. Elle siégeait l’égale de sa mère, près de ses sœurs humiliées. Elle usait, abusait, demandait toujours davantage. Elle eut la forte pension. Il eût fallu de plus que le lendemain de la guerre, on y

rentrât pour la faire reine. Reine? c’est peu. Son idée fixe était de conquérir l’Empire, de faire sa fille impératrice. Funeste idée! Elle eu viendra à bout , et pour celte sottise le sang coulera par torrents. Mais il y faut le temps. Sa folle impatience fatiguait, excédait le Roi. Son départ fut pour lui et pour tous un soulagement (ocl. 1749).

Elle fut très-funeste à ses sœurs. Le Roi , fait au laisser aller du Midi , se lâcha , et , pour le resaisir, Mesdames durent descendre beaucoup. C’était Fontainebleau, et le moment des chasses qui finissaient le soir par de longs soupers de chasseurs où l’on buvait la nuit. Il fallut que Mesdames subissent et la fatigue de ces courses, et l’orgie, où, jeunes demoiselles, elles étaient tellement déplacées. On s’y contenait peu; car, depuis cette année, on trouva que la Pompadour même gênait : on ne l’emmena plus.

M. de Luynes, si timide, n’ose omettre pourtant ce qui crevait les yeux. A ces retours de chasse, le Roi n’eut plus personne que Mesdames, toutes seules, aux petits cabinets {Luynes, 22 déc. 1749, 12 nov. 1750).

Quels étaient ces repas? D’Argcnson nous l’apprend (III, 550) ; il parle d’une cuisine nouvelle, ailleurs du goût des salaisons, âcres, irri-

lanles, qu’elles prirent, des vins dangereux d'Espagne qu’elles buvaient. Indigne amusement de voir ces pauvres dames enivrées par obéissance. Adélaïde, si jeune, ayant six ans de moins, était vaincue sans doute par le vin, le sommeil. La malade Henriette , elle-même bientôt frappée et aveuglée, endurait celte veille et ces excès forcés qui la menèrent vite à la mort.

Une chose surprend, c’est que le Dauphin, si pieux, et qui avait tout pouvoir sur ses sœurs, n’ait pas essayé quelque chose pour les sauver, n’ait pas obtenu d’elles que, par excuse de santé ou autrement, elles éludassent cette honteuse tyrannie. Le Roi ignorait tout à fuit ce qu’il était ou faisait dans l’ivresse. (Voy. Hausset, l’aventure du privé et de la d’ Estrades à Choisy). Le matin, aucun souvenir.

Versailles tâchait de ne pas voir. Mais le Roi, comme le Régent, eut besoin de montrer les choses. Parfois, ayant soupé sans elles, il lui passait l’idée de les voir, et il les voulait, mais telles qu’elles étaient, sans paniers ( Luynes , x, 173, 23 déc.), dans le déshabillé de cette heure avancée.

Les paniers étaient tellement dans l’habitude, qu’une femme sans cela semblait nue. A Choisy, il était permis de s’en passer, d'aller en robe flottante (de là plus d’un scandaleL Mais à Ver-

sailles, lieu de cérémonie, c’élail bizarre, choquant. Elles obéissaient, et traversaient ainsi appartements et corridors, non sans pâlir sans doute, et faire pâtir aussi d’excellents serviteurs qui voyaient et baissaient les yeux.

La Pompadour, un vrai premier ministre, et parlant responsable, sentait la royauté s’avilir, s’abîmer. Elle n’entreprit pas, comme la Nesle, de défendre au Roi l’orgie du soir. Elle priait qu’au moins la chose ne fût pas solitaire, dans le secret des cabinets. Elle voulait que le Roi soupât en bas, et dans une belle salle, moins fermée, qu’on faisait exprès ( Luynes , ibid.). Le Dauphin aurait dû, ce semble, y aider fort, obtenir par ses sœurs que l'on se rangeât à cela. Sa cabale montra une étrange immoralité, et on peut dire aussi une grande dureté pour la malade, cet instrument qu’on immolait. On voulut l’employer à mort et jusqu’au bout. Elle était bien commode pour le parti dévot. Tant muette fût-elle, on la faisait parler. On cachait le Dauphin. On montrait Henriette, comme la personne dirigeante de la famille, et le chef du conseil ( Arg ., 3, 3H).

Tout cela était peu connu hors de Versailles. Paris savait en général que le Roi menait une vie déplorable. Le public arriéré en restait au temps éloigné, à ces vilains jeux d’écoliers, qui jadis par deux fois ont fait chasser les camarades. On disait :

<> G’eslun Henri III. » D’autres aussi, par un pressentiment, trop précoce, mais non erroné, supposait que déjà il avait commencé ces vols ou ces achats d’enfants qui n’eurent lieu que plus lard (1754-1764). On était d’autant plus disposé à le croire que des princes, seigneurs ou fermiers-généraux, enlevaient, séquestraient réellement des enfants, des filles, des dames même captives (ex. Charolais, Clermont, Melun, etc.). Une fdle, à Noël (Barbier, îv, 407), s’échappa, effarée; elle avait dix-sept ans, et on l’avait tenue dès l’enfance à l’état sauvage. Que souffraient ces victimes? On le sut par de Sade (1754). Horrible histoire, certaine. Dans les razzias qu’on faisait d’enfants pour le Mississipi, l’imagination populaire s’exalta et reprit les vieilles histoires du moyen âge, de lèpres et de bains de sang. Les enleveurs étaient des exempts déguisés. Ce mystère faisait dire : « C’est lui, c’est cet Hérode, épuisé de débauche, qui est devenu ladre et qui veut se refaire par le sang innocent. »

11 n’y a jamais eu dans les plus sombres jours de la Révolution, un jour où le cœur du peuple ait été si atteint. Dès novembre 1749, on avait vu des filles enlevées par la police, filles publiques d’abord, puis pauvres servantes sans place ou jeunes ouvrières, et enfin de petits enfants. On dit que les archers, pour chaque tète, avaient 15 écus.

Ce métier progressa. Un archer qui avait volé un petit écolier, trouva plus lucratif, pour 30 écus, de le rendre aux parents (février 1750, Barbier, îv, 437). D’autres furent volés par des femmes, vendus à des gens riches (448). De là, de furieuses batteries. Au quartier Saint-Antoine, un enfant enlevé crie, on sort des boutiques, on poursuit les exempts. Les gens du port leur cassent bras et jambes. Dès lors tous les matins , la foule est dans les rues.

Au 22 mai, quatre batailles. Rue de Cléry, un commissaire a sa maison dévastée, saccagée. A la Croix-Rouge, un cocher crie qu’on lui prend son enfant. Les laquais qui portaient l’épée, dégainent. A> ec le peuple, ils forcent la maison d’un rôtisseur chez qui un archer s’est sauvé. Deux hommes y furent tués dans les caves, tout brisé. Rien de pris. On rapporta au rôtisseur son argenterie le lendemain. Autre combat aux Qualrc-Nalions et au Palais. Et là le peuple tend les chaînes, veut faire des barricades, brûler le commissaire dans sa maison. Il tue plusieurs archers.

Mais le combat terrible a lieu (23 mai) à Saint- Roch. Là, on tire sur le peuple, et on est forcé pourtant de lui livrer un archer qu’il a pris en flagrant délit d’enlèvement. La foule traîne le corps à l’hôtel de Berrier, lieutenant de police, puis s’arrête, se laisse amuser. La cavalerie

vient, charge, balaye la rue Saint-Honoré.

Le peuple ale cœur gros. L’orage s’amoncelle. Quoiqu’on mai , il faisait un vent sec, froid, du Nord. Chose très-grave en révolution. Sur le bruit que Berrier est allé à Versailles , la foule va au Cours l’y attendre. Plusieurs, moins patients, se mettent à dire : « A Versailles ! » — D’autres : « Brûlons Versailles! » Cela chauffait très-fort.

La peur était grande à la cour. D’abord, on n’en avait rien dit. Puis, on avait dit : « Ce n’est rien. » El là-dessus la Pompadour était venue voir sa fille à Paris, dîner chez un ami. Tout pâle, il lui dit : « Mais, madame! ne dînez pas ici. Vous allez être mise en pièces. » Elle fuit, elle vole, rentre jaune à Versailles. Tous sont pénétrés de terreur.

Le 23 mai, ce fut bien pis. Ayant toute la Maison du Roi, une armée, on tremblait. On mit des gardes au pont de Sèvres et au défilé de Meudon.

On eût dit que déjà la Bastille était prise, ou que les affamés du 6 octobre étaient en marche. Versailles est confondu. Les femmes se suspendent au Roi, l’enlacent. 11 ne faut pas qu'il fasse le voyage de Compiègne. Qu’il reste avec ses gardes, bien entouré de sa Maison armée.

Elles obtiennent que l’on n’ira pas. Puis on change

d’avis. On prend le parti pitoyable d’y aller furtivement. Le soir, il couche à la Muette, puis avant le jour, rasant Paris sans y entrer, il fait son échappée qui a l’air d’une fuite. 11 disait aigrement : « Qu’ai-je besoin de voir un peuple qui m’appelle Hérode? » A Paris, on disait :

« Est-ce mépris? C’est peur. » Donc, tout s’envenima, et ce fut un divorce. Madame Adélaïde, « haute comme les monts, » blessée dans son orgueil, son amour pour son père, fut ulcérée à mort. Et elle ne pardonna jamais.

Ce nocturne passage du Roi le long des murs, on en assura la mémoire par un large chemin.

Beau monument du règne. C’est le chemin (le la Révolte.

On put juger de l’état violent où se trouvait le peuple par le mépris qu’il fit des affiches du Parlement, les injures qu’il lui adressa. Dans son irritation la foule s’en pre.qd à tout le monde, poursuit comme mouchard , comme enleveur, le premier passant ( Barb ., 429). Rien pourtant ne calma autant que la justice du Parlement sur quelques misérables, un archer qui vendait, revendait des enfants. La foule s’amusa de voir fouetter de rue en rue des enleveuses infâmes. Elle eut plaisir à voir étrangler et brûler deux petits Henri III, je veux dire deux garçons qui trop naïvement avaient singé Versailles et les

jeunes seigneurs si mollement punis (en 1724). Dure leçon pour les mœurs de cour (6 juillet). Mais en même temps le Parlement, pour relever l’autorité, consoler la police, fit pendre trois pauvres diables qui , légitimement , justement , avaient résisté.

On eut beau faire. L’autorité était blessée, à n’en point relever. Elle-même s’avilit, se contredit, se démentit. D’une part, Berrier vint déclarer au Parlement qu’il n’y avait eu nul enlèvement. D’autre part, les archers craignant l’enquête et la potence, vinrent montrer les ordres de Berrier pour qu’on fil les enlèvements, ordres royaux qui venaient de Versailles, de d’Argenson cadet , ministre de Paris (20 juillet 1750, Earb., IV, 455).

Cette agitation violente donnait une grande force aux résistances du clergé, décidé à ne payer rien. Dans sa grande Assemblée qui se tenait ici, il trônait, pérorait à l’aise, voyant Paris contre le Boi, et d’autre part les Étals provinciaux qui ne voulaient pas plus sacrifier leurs privilèges à l’uniformité d’impôt. L’Assemblée ecclésiastique se posait fièrement le chef des résistances, le parti de la liberté. Audace révoltante en tout sens. Dans le Clergé, ainsi qu’en ces États, le haut rang écrasait le bas. Fausses et dérisoires républiques au profit des privilégiés I

xn. 19

Si terrible était le Clergé d’opposition républicaine, si emporté ce corps où les sots devenaient des fous, que la cour en tremblait.

Plusieurs osaient parler des États généraux (imprudents idiots !) — D’autres ne parlaient pas, mais pensaient au Dauphin , au vrai roi du Clergé. Ils avaient liàte, se disaient « Louis XV n’a que quarante ans. » Le Roi savait leurs vœux, se souvenait de Jacques Clément, disait parfois tout haut : « J’aurai mon Ravaillac. » La crainte alla au point qu’ordre fut donné à Versailles de ne laisser entrer aucun abbé (.Argensm, 111, 362).

Le Dauphin était en disgvAce. Suspect en ce moment , le lourdaud avait fait de plus une étrange iourdise, d’écrire à Maurepas, l’exilé, le futile oracle de l’intrigue, où la famdlc et le Clergé voyaient l’homme du futur règne . On pinça l’envoyé, valet de chambre du Dauphin.

Le Roi le fit fourrer aux cachots de Saumur, ne dit rien à son fils, mais le suspecta d’autant plus.

Jamais le Roi n’avait été si triste. Entouré de tant de dangers, il recula, réduisit ses demandes. Il fit dire au Clergé « qu'il n’exigerait pas le vingtième, qu’il se contenterait de la Déclaration des biens. » Il déclara dissoute l’effrayante assemblée , renvoya chez eux ces

Brulus au plus tôt dans leurs diocèses (15 sept.).

Ainsi il retombait pour jamais dans l’impasse dont Machault voulait le tirer. Il se fermait les mines d’or, les milliards du Clergé. Les affaires étaient tristes, l’intérieur encore plus, Henriette toujours plus languissante. Un mortel ennui le saisit. 11 avait beau aller, voler d’un lieu à l’autre, la tristesse l’y attendait ( Arg .). En vain la Pompadour voulut l’amuser de Bellevue, petit palais de poche, improvisé. On y joua la farce des Pots de chambre (ou petites voitures) de Paris. Mais le Roi ne rit guère. Bellevue avait le défaut d’être trop bien placé, au point de mire des Parisiens qui d’Auteuil le voyaient illuminé, le maudissaient. Ils en faisaient mille contes, exagérés et faux, par exemple, qu’on y avait mis pour un million de fleurs de porcelaine. Tout cela ennuyeux. Elle aurait bien voulu le tirer de ce noir nuage par quelque jolie petite femme. Elle lit à Verrières de galants pavillons pour une ménagerie en ce genre. C’était trop tôt encore. Il était sombrement engagé dans la tragédie, un drame obscur qui n’éclata que vers la fin de février.

En octobre 1750, Henriette succombait à la situation. Les meneurs le sentaient. Il leur fallait un autre appui. Quoique le Roi eût reculé, le Clergé renvoyé n’en voyait pas moins s’écou-

;ms-i75i)

1er le délai de six mois qu'on lui donnait pour déclarer ses biens. Le Dauphin était en disgrâce, et cela au moment où devenant majeur il serait entré au Conseil. S’il n’y entrait, s’il n’était là pour contenir, intimider Machault, celui-ci (armé du besoin) pouvait bien passer outre , faire lui-méme et par des laïques cette terrible enquête que redoutait tant le Clergé. On allait découvrir le mystère , ouvrir l’Arche , pleine d’or , étaler celle grande pauvreté du Clergé qui montait à quatre milliards.

Le temps pressait. On n’avait pas deux mois jusqu’au 128 octobre, jour décisif où l’on verrait si le Dauphin entrerait au Conseil, ou si le Roi le tiendrait à la porte (et l’excluant excluerait le Clergé).

Comme en septembre 1742, un miracle se (il en octobre 1750. Le Dauphin, le Clergé obtinrent ce qu’ils voulaient. Mais bien plus, le Roi, le Conseil, l’autorité publique, tout alla dans un sens nouveau. Tout fut retourné comme un gant.

Explique qui pourra. Dans une révolution si brusque, je ne sens plus la main douce, faible, malade, la molle influence d’Hcnriclto. Je sens déjà une jeune main , violente , et qui veut casser tout. Je sens celle qui emportera d’un tourbillon l’année suivante (1751), et qui en

février va avoir son avènement. C’est le règne d’Adélaïde.

Enfant, elle avait rêvé d’être une Judith. Il en fallait une pour le Dauphin, pour le Clergé, pour tous les honnêtes gens. Elle dut s’avancer et sauver le peuple de Dieu.

Elle avait dix-sept ans, Henriette vingt-quatre. Elle ne l’avait jamais quittée, et révérait son droit d'aînée. Mais Henriette gisait inutile, servait trop peu la cause. On la dédommagea, on tâcha de la consoler, en lui donnant enfin sa Maison princière et royale. Elle fut enterrée dans l’honneur.

Même procédé pour Machault, avant de s’en débarrasser. Par-dessus les Finances , il eut la belle place, lucrative, de Garde des sceaux, porte d’or , porte de sortie , par laquelle il quitterait bientôt les Finances.

Cela se fil très-vite , au moment de Fontainebleau , moment trouble des grandes parties , des chasses et des retours de chasse où le Roi était moins lucide. On arriva le 7. Le Roi mollit le 12, permit au Dauphin de venir. Le recevant pourtant il lui inflige encore une petite misère, une épreuve, demande ce qu’il pense de Maurepas. Le gros baissant la tête : « Je ne m’en souviens plus. » Le Roi , content de ce mensonge , le croyant aplati, le 28, l’admit au

Conseil, el d’abord aux Dépêches. El pour l’initier, il lui donna Machault, sa bêle noire.

Mais cela ne fait rien. Celte masse de chair, même muette, pèse énormément. Car il est l’avenir. El il n’a que faire de parler. Les ministres agiront de manière à lui plaire. 11 est là le 28 octobre, el déjà en novembre, Saint-Florentin reprend la persécution du Midi (Yoy. Sismondi, Peyrat, etc.). Les troupes revenues de la guerre vont faire la guerre aux Protestants. Le sévère intendant qui pendait les pasteurs , ne suffit plus. Il faut des courtisans, des zélés, qui troublent le peuple. Celui que l’on envoyé fait sa cour par une ordonnance qui veut qu’on rebaptise, qui provoque follement une inquisition des curés.

Ceux de Paris, de même brusquement réveillés, faisaient la chasse aux jansénistes, épiaient les mourants, ne se contentaient plus d’un billet de confession. On leur faisait subir un interrogatoire. Pour réponse ils agonisaient. On fit mourir ainsi un véritable saint, Coffin, le bon Recteur qui obtint du Régent que l’instruction fut gratuite, Coflin, l’auteur des hymnes qu’a adoptés l’Église. Chose odieuse qui criait au ciel. Des rassemblements se formaient. Le peuple s’indignait, voulait intervenir. Le Parlement, dans ce cas évident où la paix publique est troublée, appelle les

Page 1