‹ Louis quinzeieme et seizeiemeChapitre 37 sur 40 · AU · texte numérisé non relu

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A Aix, pour i'uir rovalion, la voilure allait au galop. On la suivait à toutes jambes. A travers les fleurs, les couronnes, les feux d’artifice, il arrive, il descend dans les bras du peuple.

A Marseille, le 18 mars, il entre, tout travail cesse. Une masse de cent vingt mille âmes l’enveloppe. Le carrosse est accablé de lauriers, d’oliviers, de palmes. Les frénétiques baisent les roues. Les femmes, dans leur transjiort, offrent en oblation leurs enfants (279).

Le plus piquant du triomphe, c’est que la petite tête vaine de madame de Mirabeau n’y tient pas. Elle est dès ce jour éprise de son mari. Elle est éperdue de sa gloire. Et cela dura trois ans. Elle acheta, à sa mort, son hôtel, son lit, voulut léguer tout son bien à l’enfant de Mirabeau. Au moment de l'ovation (mars 89), des paysans, apostés trèsprobablement par elle, allèrent prier Mirabeau de la reprendre, de donner des Mirabeau.

Les nobles étaient si furieux, qu’à Aix, à Marseille et à Toulon, ils firent un coup désespéré. On ne peut le comparer qu'à la folie de Saint-Domingue, quand les colons imaginèrent de lâcher leurs propres nègres , de faire par eux l 'incendie, le pillage des plantations. On organisa aux trois villes trois épouvantables émeutes. Cela n’était que trop facile après ce cruel hiver de misère et de famine. Le blé manqua, grande cherté. Le peuple, à Mar-

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seille, s’en prit à l’Intendant, au Fermier de la ville, força leurs hôtels, brisa tout, força, pilla les boutiques des boulangers. Le gouverneur, les consuls, é|K)uvantés, donnent au peuple encore plus qu’il ne demande (284), baissant le prix du pain, de la viande, à un bas prix insensé. L’effet naturel eût été , que personne ne voulant apporter du blé à ce prix, on aurait eu la famine. On la faisait dès le jour même, chacun forçant le boulanger à donner du pain .pour quinze jours. Le gouverneur s’était sauvé. Marseille était en grand péril. Les Génois, nombre d’étrangers, préparaient d’affreux désordres. Plusieurs auraient eu envie de brûler , piller le port. D’autres, pour grossir leur nombre , parlaient d'ouvrir les prisons, de s’adjoindre les voleurs. Et déjà trois cents bandits échappés couraient la ville.

L’autorité avait péri, '(’e fut le gouverneur même de la Provence, réfugié de Marseille à Aix, qui fit appel à .Mirabeau, lui dit de « faire ce que son cœur lui conseillerait. » Terrible appel, au danger le plus évident , à la ruine presque c^'i’taine de sa popularité. On pouvait croire que de toute façon il était fini et tué, — ou tué de sa hardiesse dans une entreprise impossible, — ou, s’il refusait de répondre, tué de honte et de lâcheté.

Il montra un cœur admirable, vola à Marseille, sauva la Provence.

Ce qu’il avait hautement conseillé dans ses écrits, la milice nationale remplaçant toute force armée, il l’organise à Marseille, aidé et par la jeunesse et par les corporations, les portefaix (corporation redoutable). Mais on travaillait en dessous. Le 25 , pendant qu’il s’occupe à contenir un mouvement, une nouvelle accablante, décourageante, lui vient : Aix et Toulon sont eu feu.

A Aix, le consul (marquis de la Fare), celui même qui avait fait exclure Mirabeau des Étals, fait une indigne tentative pour pousser le peuple à bout, pouvoir frapper, coûte que coûte. Ses provocations, ses injures, ne suffisant pas, il en vint à dire aux affamés « que le crottin de cheval était assez bon pour eux » (Mir., Mém., V, 306). On s’emporte. C’est ce qu’il voulait. Il fait tirer ses soldats. Deux morts et plusieurs blessés. Là, le peuple exaspéré s’élance, rembarre les soldats, les désarme. La Fare se cache. Il est assiégé. 11 baisse le prix du pain, il livre les magasins. Enfin, de peur, il s’enfuit.

Celle victoire du peuple d’Aix pouvait rendre celui de Marseille plus fier et plus difficile. Ce rude peuple est terrible. Mais le lion se fil agneau. Mirabeau lui expliqua à merveille la situation.

riiislruisit et l’ajuiisa. Le tîG, le soir, aux flambeaiix, il fit proclamer la hausse, et le peuple lie murmura pas.

Aix n’était pas apaisé. Ou menaçait un magasin. Le gouverneur Caraman ii’y avait su d’autre remède que de faire venir des troupes, de préparer un carnage. Mirabeau accourt à Aix, et empêche la bataille. 11 persuade au gouverneur d’écarter la force armée, de confier la ville à ellemême, aux milices bourgeoises. Des paysans arrivaient pour aggraver le désordre. Mirabeau court au-devant, les harangue et les renvoie. Point de sang !... Belle victoire, et vraiment attendrissante. On mouille de larmes ce sauveur, ses mains, scs habits, ses pas. Tous pleurent , et il pleure aussi (305).

Mais voici le plus merveilleux. Les nobles, cachés tout à l’heure , reparaissent plus fiers que jamais. Us daigneront être officiers des milices nationales. Mais il faut qu’on expie le trouble, que le peuple soit puni pour avoir été massacré. « Une bonne justice prévôlale! »

« Oui, dit le peuple, pour vous. » Et voilà que les potences, sans Mirabeau, se dresseraient. Il sauva ses ennemis.

Un des plus furieux contre lui avait été certain évêque. On le tenait à Sisteron. Il était en grand

péril. Mirabcuii (;üiirl , il liaiiinguc; il enlève son évêque el le rael en sûreté.

Il fui élu, on peut le dire, non-seuleim nl à Aix, à Marseille, mais en Fi ance. Il arriva, porté sur les bras de la France, aux Étals généraux.

Ce fort el pénétrant esprit, au plus haut de son triomphe, se jugeant sans doute au dedans, sentit certaine tristesse. Était-il digne d’èli e à ce point exalté, divinisé parce peuple confiant?

Ou’avail-on adoré en lui? le génie, surtout la force. Son triomphe n’ouvre-l-il pas la voie au culte des forts?

Et si l’orateur est dieu, que sera-ce, chez cc peuple encore si novice el si barbare, ijue sera-ce du capitaine divinisé par la victoire?

Au moment où il vint à Aix, où le [leuplc voulait le Irainer, il fondit en larmes, disant : « Voilà coniino ou devient esclave! »

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