‹ Louis Riel à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 30 sur 32 · AR À OR · texte numérisé non relu

AR À OR

mon avocat dans ce procès, vous en savez le court et le long : vous savez que j'étais coupable, pour le moins &ussi coupable que Mon- SiOUr ........ ;

—Ta ! ta! ce n'est j;as ça, commence par le commencement.

—ÆEh bien ! le commencement, c'est que j'ai tiré sur lui, et que si je l’eusse tué, je ne m'en ferais pas qu de reproches que M. Ri.....peut s’en faire d’avoir...

—Tu n'y es pas le moins du monde ; parle nous d’abord de ta chasse.

—Ma chasse ? et c'est bien simple. C'était à l'automne et je chassais les canards en chaloupe, sur la batture, au montant : lui l’animal de Trudeau, me suivant sur la grève les faisait lever hors de portée, et pour lui et pour moi.

Souvent, nous avions chassé ensemble et je l'avais presque toujours battu. Je m'en étais un peu vanté, je l’avoue, c’est là que j'ai eu tort. Par jalousie, pour se venger, il me guetta,

prit les devants sur mes coups. Si je suivais

a côte, il gagnait le large, flambant l'écho d'un coup de fusil, dès qu'il me voyait à mon embelle pour tirer. On revenait alors tous deux bredouille. ù s

Un jour qu'il m'avait joué le même tour, il rapporta cinq plongeux, en se proclamant meilleur chasseur que moi. Je répondis que ces canards étaient de faux canards qu'il avait

. achetés, comme lui était un faux ami, un chas-

seur traître. Je le prévins, que s’il lui arrivait dorénavant d'aller sur mes brisées, de faire la levée devant moi, je ne manquerais plus mon coup. Ce fut là mon second tort.

Comme de fait, mon cher Monsieur, pas plus

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tard que le même nt vhys trois heures de relevée, étant en chaloupé avec un de mes apprentis, je tombe sur vw: banc de canards de cent à cent rinquante, si tranquilles qu'ils me semblaient sommeiller leur mort dans le jonc de la batture. Je les mets en joue en disant bas à mon apprenti “ avance doucement ! doucement !” J'avais mon fusil à deux coups : les canards étaient en tas : je pouvais compter sur une douzaine à la jonchése. On approche, on approche, je vais tirer, lorsque boum ! houm ! deux coups de fusil partis de la grève dispersent le camp comme une poussière. Je tire un coup dans l’éparpillement : plombs et peine perdus : va fouetter l'air mon ami ! . |

En face de moi, debout sur la grève, je vois mon aximal riant à gorge déployée. Sans faire ni un ni deux, je lui envoie mon second coup, et il roule sur le sable.

—Mort? m'écriai-je en me mettant. sur mon séant. |

—Non, pas mort mais blessé assez grièvement,mais fut-il mort du coup que je ne m'en repentirais pas. plus que lorsque vous avez...

—Hip ! Hip ! le train arrivait à l’Islet. ‘ An plaisir mes amis, nous dit Lapointe; j'ai quelqu'un à voir ici” TON.

— Voici encore une de tes blagues; Alexandre, à la fin, tu finiras par me mettre dans une:

fausse position vis-à-vis de la société entière.

—Tu te fäches ? fort bien ! sois tranquille désormais : Lapointe est la dernière victimé que j'immole en ton honneur. Repose'en paix : nous.nous reverrons ce soir au “ Mountain Hill House,” où j'effilocherai pour ton édifica-

tion-toute la, trame de la. comédie dont: nous t'avons fait le principal acteur,

—O'est. bien, à ce soir, au ‘ Mountain Hill House.” là-dessus, je pris la. position horizontale sur le canapé du conducteur de malles. Un: instant, l’image de ma belle. inconnue sfr mi dans le lointain, angélique, radieuse, puis le sommeil: s'empars, de. moi pour ne me quitter qu'à Lévis.

Comme je me rendais au bateau passeur, un ami, Lactance Marquette échangea avec moi

uelques paroles. J'entendis une voix de

emmeé qui disait “c'est lui! dest lui!” Je me détournai : c'était mon inconnue:

Rendu au ‘Mountain Hill,” je descendis à la salle à dîner: ,

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