‹ Louis VeuillotChapitre 32 sur 73 · I.OriS VKU1I.[J»T · texte numérisé non relu

I.OriS VKU1I.[J»T

dans la voir du progrès et reprochaient à Vi nivcrs d'ôtre rétrograde.

On ne peut dire où en était le socialisme en 18V8, sans parler de Proudhon. Ce socialiste mit vigoureusement et grossièrement en lumière rimpuissance, le danger, le ridicule de tout le socialisme humanitaire. Il y gagna la sympathie des purs révolutionnaires et l'attention complaisante, presque channèe des conservateursbornes. Les uns et les autres disaient de lui : Il est tiès fort! Cela dura jusqu'au jour où, aux systèmes qu'il bafouait, il opposa le sien : la liaiiqiie d'échange, qu'il annonça ainsi : « Je forme une entre[)rise qui n'eut jamais d'égale, qu'aucune n'égalera jamais, .le veux changer la base de la société, déplacer l'axe de la civilisation, faire que le monde qui, sous l'imjiulsion de la volonté divine, a tourné jusqu'à ce jour d'Occident en Orient, mù désormais par la volonté de l'homme, tourne d'Orient en Occident. » Son secret était l'annulation du capital. La Banque (rechange en aurait raison. Elle mettrait lin du même coup à la période chrétienne dans laquelle il dénonçait « la période des grandes souffrances de l'humanité ». Trois mois plus tard, la liançite d'échange disparaissait. Proudhon garda toute son assurance, toute son insolence, presque tout son crédit et continua d'étaler un mépris sans pareil pour les socialistes humanitaires, où il ne voyait que des (- blagueurs », et pour les « idiots » qui les écoutaient. Il n'épargna pas davantage les catholiques, coupables de chercher un remède aux souffrances matérielles et à l'abaissement moral du peuple, autre part que dans la guerre au capital. Il n'hésitait pas cependant à reconnaître que l'école de V Univers était la seule que dût redouter le socialisme, et il évita toujours d'entrer en polémique ouverte et directe avec Louis Veuillot.

Voilà en résumé quel fut le mouvement socialistehumanitaire que les catholiques militants eurent à com-

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battre de 18i.5 à 1850. Je ne songe pas aujourd'hui à le défendre, mais je liens à dire que ces utopistes, excepté Proudhon, avaient quelque droit aux circonstances atténuantes. Il faut reconnaître chez eux des préoccupations et des aspirations supérieures à celles de la bourgeoisie voltairienne dont la révolution de 1830 avait établi le pouvoir. Celle-ci, maîtresse de tout, voulait tout garder. Son règne était l'exploitation réglée de la nation entière par la classe gouvernante qui se qualifiait de « pays légal ». De là, — outre de grandes iniquités, — un abaissement continu de l'esprit public. Assurément les socialistes ne proposaient pas de bons remèdes. Leurs idées économiques, sauf le principe d'association, étaient fausses et dangereuses, leurs réformes sociales et morales menaient droit à tous les désordres; cependant beaucoup de leurs critiques portaient juste et il était naturel que l'ouvrier leur prêtât l'oreille. De plus, un grand nombre d'entre eux avaient vraiment l'amour de la justice; ils se trompaient de route; mais ils cherchaient le bien général. Leur u solidarité humaine » était une forme affaiblie de la charité chrétienne. On peut croire, et je le crois, qu'il y avait de la sincérité dans leurs appels au sentiment religieux. Ce sentiment est dans l'homme. Pour le frapper de stérilité incurable, il faut s'y prendre de bonne heure, et encore les plus habiles maîtres sont-ils parfois étonnés de leur peu de succès. Louis Veuillot avait vu en Algérie, — il aimait à le rappeler, — des officiers fort intelligents, mais dépourvus de toute croyance, s'émouvoir au spectacle que leur offrait la piété extérieure des Arabes; et ne sachant à quel Dieu porter l'hommage de cet instinct d'adoration qui les gagnait, songer à se faire musulmans. Le sentiment religieux des socialistes humanitaires était quelque chose d'analogue. Ces incrédules, émus des souffrances de la nmltitude, et aspirant à les soulager, allaient à l'idée religieuse, parce que, frappés d'une illumination confuse, ils sentaient que

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