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liqiK' «'tait un parti do liberté rép:l(''0. Si ffucliiiios-uns dos siens tendaient inconsidérément la main aux radicaux et aux gens d'aventure, le gros de l'armée voulait simplement vl très sincèrement une républitiue modérée, ordonnée et ouverte. Le programme de V Univrrs était aussi celui de lépiscopat, de tout le clergé et du Comité. Les « avancés » de ÏÈre Nouvelle, eux-mêmes, ne s'en éloignaient guère. Leur langage très ardent allait plus loin que leurs conclusions, généralement tempérées.
En même temps que ce petit groupe de gauche, on vit se former sous les couleurs de M. de Falloux, un groupe de droite qui. tout en se prétendant catholique avant tout, voulait qu il n'y eût plus de parti catholique et aspirait plus ou moins consciencieusement à la royaut-é par la fusion de Bourbon et Orléans. En attendant, il demandait qu'on se liAt absolument au « grand [)arti de l'ordre ». Cet appel, sans gagner tout Ji fait .Montalembert, eut (juelque action sur lui ; il n'en eut point sur Louis Veuillot. Nous pouvons, disait-il, être les alliés de l'ancien parti philippiste, déguisé en parti de l'ordre, mais nous ne devons pas nous confondre avec lui. Restons le parti catholique. — Oui, répondait Montalembert. Néanmoins, par son fond orléaniste et parlementaire, il aimait à se rapprocher de ces semi-conservateurs et semi-libéraux qu'il avait autrefois combattus, non pour les renverser, mais pour les éclairer. Leur chef. iM. Thiers, qu'il ne pouvait estimer, le séduisait. Cette séduction, qui datait de ses débuts dans la vie publique, a toujours pesé sur lui. Certes, elle ne l'a pas empêché de frapper souvent ce dangereux adversaire, mais c'est toujours avec quelque souifrance d'esprit et peut-être de cœur (ju'il l'a fait.
Ces tendances, non à un complet accord, mais à un rapprochement sérieux entre les catholiques et les groupes indécis qui s'intitulaient « le grand parti de l'ordre » trouvaient leur raison d'être dans le développement tumultueux des aspirations socialistes. Il y eut là un mou-
vement que je dois marquer, car dans la presse conservatrice et religieuse V Univers seul en signala les dangers et le combattit sérieusement.
Avant la révolution de 18V8, les écoles dites sociales n'avaient pas le caractère économique et d'apparence politique qu'on leur a vu depuis. Elles ne se bornaient point alors à promettre de mieux régler, par de justes lois, les rapports du travail et du capital ; elles voulaient, sans recourir à la force, faire une humanité nouvelle, et transformer la nature elle-même.
Assurer à l'ouvrier plus de salaire et moins de travail, |e préserver du chômage, lui garantir des secours suffisants et obligatoires en cas d'accidents, puis un asile et du pain pour ses vieux jours... La belle atfaire! On promettait, on garantissait bien autre chose ! Il fallait donner à tous une vie nécessairement heureuse, où le travail ne serait qu'une forme du plaisir. « L'humanité veut jouir », disait Considérant, le chef des fouriéristes, c'est son droit, il faut donc une organisation sociale qui lui garantisse la jouissance. Et jouir était pour lui et son école, comme pour l'école saint-simonienne, la satisfaction complète et constante de toutes les « attractions » de l'esprit et du corps. Ça allait très loin. Les diverses sectes communistes dont la plus populaire était « l'icarienne », sans faire d'aussi larges promesses, prenaient l'engagement d'assurer à l'homme, par des réformes économiques, religieuses et sociales, un bonheur matériel complet. Pierre Leroux, le révélateur de la Triade et du Circidiis en disait autant. Louis Blanc et Proudhon lui-même, tout en raillant les fouriéristes, les triadaires et les cabétistes, affirmaient que par l'application des bonnes doctrines socialistes (les leurs , on verrait des merveilles.
Quelques-unes des publications de ces utopistes furent poursuivies pour outrage aux mœurs, à la propriété, ou à la religion, mais on le faisait par obéissance à la loi, bien plus que par crainte d'un danger social ou politique.
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.Natui'olloaieiit ces «'coles, dont les plus agissantes prétendaient se rattacher au christianisme, étaient antichrétiennes et voulaient en linir avec l'Kglise, mais toutes n'y mettaient point la même passion. Assurées de vaincre par la supériorité de leurs doctrines, elles dédaignaient généralement de l'aire une guerre directe et constante à ce qui allait mourir. Parmi leurs chefs et leurs adeptes, quelquesuns donnaient généreusement et de haut un b(m point à IKglisc pour son passé, et forts de cette condescendance, se déclaraient plus vraiment chrétiens que les prêtres et les catholiques assez étroits pour s'astreindre à des prali- (|nes religieuses. J'ai entendu plusieurs fois Considérant dire à Louis Veuillot : « En prouvant que toutes les passions sont légitimes et doivent être pleinement satisfaites, j'observe mieux que vous les enseignements de Jésus- Christ ». Ai-je besoin d'ajouter que mon frère ne restait point court (1)?
Le socialisme utopique à grandes visées était entré en scène vers 1832 par lo saint-simonisme, ayant en main pour évangile le Nouveau Christianisme du comte de Saint- Simon. xMalgré de brillantes adhésions et beaucoup de bruit, ce fut un faux départ. C'est durant la seconde partie du règne de Louis-Philippe que ce socialisme du rêve donna des avertissements que la classe régnante n'entendit point. Les deux systèmes qui prirent alors de sérieux développements furent le fouriérisme et le communisme icarien, tous deux recrutèrent un grand nombre de disciples, dévoués, agissants, et réunirent assez de ressources pour que les convaincus pussent croire qu'on allait passer avec succès de la théorie à la pratique.
La formule maîtresse de Fourier ou plutôt la découverte
(l) Un jour, 011 s'était rencontré sur le quai Voltaire et l'on discutait leime. Le maréclial Bugeaud viiità passer. Connaissant assez Considérant et beaucoup Louis Veuillot. il s'arrêta, écouta, puis d'un ton goguenard dit son mot : • Mon cher Considérant, je considère que mieux vaut étudier la religion chrétienne dans le catéchisme que dans Fourier. »
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dont découlait tout son système était celle-ci : « L'attiaclion est proportionnelle aux destinées ». Il la complétait par ([uantité d'axiomes, d'aphorismes, tels que ceux-ci :
« Le vrai bonheur ne consiste qu'à satisfaire toutes les passions. »
« La passion est le mobile unique des actions humaines. »
(' L'appât du gain et des voluptés doit régler l'humanité. »
« Dieu commande le plaisir et l'homme doit obéir au plaisir. »
« La volupté est la seule arme dont Dieu puisse faire usage pour nous maîtriser. »
(( Le bonheur consiste avant tout dans la possession des richesses, possession qui permet de satisfaire les appétits sensuels. »
« Il faut capituler avec l'attraction qui est la loi suprême. »
Sur ces bases doctrinales, « le révélateur du véritable ordre social » organisait l'humanité en séries très variées qui, en s'aidantou se combattant, produisaient l'harmonie universelle et transformaient l'homme et la nature de telle sorte que toutes les jouissances matérielles connues ou rêvées seraient le lot de tous.
Le phalanstère aboutissait au communisme, mais il le niait. L'icarisme, au contraire, se déclarait carrément « communautaire ». Son chef, Cabet, ancien procureur général et député, était un idéologue convaincu, résolu et bonasse. Les autres chefs d'école le tenaient pour un niai~s; cette opinion paraissait fondée. Ses disciples, qui appartenaient presque tous à la classe ouvrière, le vénéraient et lui portaient un dévouement absolu. C'étaient d'honnêtes gens, de bonnes mœurs, acceptant de bon cœur le travail, aspirant au bien, mais très ignorants en matière religieuse et prévenus contre le prêtre. lisse tenaient, d'ailleurs, comme Cabet lui-même, pour de vrais chrétiens. Dans leur « cher
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père », ils reconnaissaient le <■ nouveau continuateur de Jésus-Christ », « le glorieux successeur de Jésus et de Rousseau » et le félicitaient d'«Mre appelé « à fonder le règne de Dieu sur la terre ».
Pierre Leroux, dont le caricaturiste Cham plaçait le cabinet de travail dans la lune, après avoir tàté du saint-simonisme, se reconnut capable de faire mieux et proclama la doctrine de r humanité ou Triade, en lui donnant deux formules fondamentales : Sensation, Smlimcnt, Coîinais- .N«/icepour expliquer la nature de l'homme qui est triple et un: Liberté, Égalité, Fraternité, pour marquer ses besoins et son but. Je veux, enseignait-il, que tout homme soit ci toi/en et fonctionnaire rétribué par l'Etat, que l'on substitue la cité- fonction, à la cité-caste ; que la famille et la propriété, passant de Tétat anarchi(jue à l'étatrégulier, deviennent/o/îf//o;?.s, que les religions diverses soient remplacées par une religion unique sans théocratie. Cette religion, supérieure au christianisme auquel l*ierre Leroux accordait quelque mérite dans le passé, fera Yunitrai réalisera C ordre ternaire : il en résultera <( le développement de chacun par tous et de tous parchacun » . Alors l'humanité sera heureuse. Sous ces mots et ces formules baroques, que trouvait-on? lecommunisme. Tout le monde travaillerait pour l'Ktat et l'État donnerait à tout le monde la pâture. Et pour que cette pâture fût abondante, on appliquerait avec conscience, sous la surveillance de l'Etat, la loi du Circulas que Pierre Leroux avait trouvée en méditant un texte d'Ézéchiel. Dieu, disait-il, parlant de punir Jérusalem, prescrivit au prophète de faire du pain avec des excréments humains : « Je résolus de suivre le conseil de Dieu ». En conséquence, Pierre Leroux raconte avec quoi et comment il fit de la terre où il sema des haricots qui ^•inrent très bien et que ses amis, qu'il n'avait pas avertis, trouvèrent très bons. C'était le fruit du Circulas. Puis il s'écrie : « J'avais expliqué la leçon de sagesse que Dieu donne à l'homme dans la vision d'Ézéchiel. J'avais démontré que
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Thomme est reproducteur de sa subsistance (1). » Pierre Leroux eut des disciples dont le plus en vue fut George Sand. Paris, en 18 V8, le fit législateur-constituant par 90.000 sullrages.
Louis Blanc, bien qu'il fût surtout de l'école politique révolutionnaire, tenait aussi de l'utopiste et allait aussi au communisme. Il voulait substituer à V État-maître, V Étalserviteur. Cette formule qu'il n'a jamais clairement expliquée, était pure logomachie. Au fond, il attribuait tout à l'État, mais comme celui-ci, par les élections, relevait du peuple, il disait : Le maître, c'est le peuple. Il fit du bruit avec son écrit sur Y Organisation du travail. Et quelle était cette organisation? Ériger aux frais de l'État des ateliers sociaux avec des salaires égaux; donner aux ouvriers les plus laborieux des récompenses honorifiques et rendre les paresseux actifs en plaçant sur un poteau planté au centre de l'atelier cette inscription : Celui qui ne travaille pas est un voleur. U État-serviteur se chargerait de trouver des débouchés. Voilà les conceptions qui, en 1848, valurent à Louis Blanc Ja présidence de la Commissio/i de gouvernement pour les travailleurs. Cette commission déclarée permanente devait organiser fraternellement le travail; elle dura peu et eut néanmoins le temps de prendre sa part dans l'organisation de la guerre civile.
L'école buchézienne, qui se déclarait catholique, doit être jointe aux écoles socialistes. Elle voulait, elle aussi, organiser le travail, et promettait comme les triadaires d'arriver par ce moyen à de grandes réformes sociales. Elle comptait quelques notables dans son état-major et de nondjreux adhérents parmi les ouvriers dont les professions exigent le plus de culture intellectuelle. Ses principaux, organes, la Revue Européenne et \ Atelier, faisaient volontiers la guerre aux socialistes Jiiatérialistes, mais en même temps, ils pressaient l'Église d'entrer à fond
(1) Quobiucs pages de véiilé, p, 80.