‹ Louis VeuillotChapitre 73 sur 73 · C8 I.OL'IS VEUIU.OT · texte numérisé non relu

C8 I.OL'IS VEUIU.OT

tire habilement, convenablement et môme chrétiennement, c«' qui vaut mieux quo tout. I.a joie que cette conclusion ^irovoquc ici me montre combien on avait cru déployer de courag-e. lis ne connaissaient pasleur force, ils la connaîtront mieux et ne l'oublieront pas. Jamais nous n'avons rendu un plus grand service. M' I.asagni a vu le Pape ce matin et l'a trouvé radieux. Moi, je le verrai bientôt.

« Je reçois des compliments de tous côtés. Plusieurs de nos cardinaux m'ont envoyé leurs secrétaires. Mes amis les anglais catholiques se réjouissent du bon et fier argument qu'ils vont opposer aux protestants lorsque ceux-ci leur opposeront nos divisions : «< Nous avons un juge, nous, il parle, tout se soumet. » En vérité c'est un événement de première taille. Kemarquez comme le décret parisien commente bien l'cncyclicjue et met les points sur les i...

« On m'a demandé d'écrire à l'archevêque, j'ai répondu que c'était déjà fait. Je n'entends pas me laisser vaincre en générosité. Toutefois, je n'ai pas oublié les lois de la prudence...

<( Ah! quelle délivrance! Et que saint Pierre a bien arrangé tout cela! Sans compter que je vais passer pour un lier diplomate. Et Dieu sait pourtant si j'ai rien changé à notre manière... »

Deux jours après, il vit le Pape eu audience de congé. Au sortir, il m'envoya en hâte ce mot :

« Rien ne peut exprimer la bonté du Pape. Il nous bénit tous. Il vous aime. Que vous serez heureux quand je vous conterai tout cela! Je lui ai lu ma lettre qu'il a trouvée bonne et il a lu lui-même votre article que j'avais dans ma poche. Benossimo. Il est fort content; et il ne se trompe pas sur l'acte fénelonien qui ravit tout le monde. — Très Saint-Père, cela prouve deux choses : l' le bon cœur de lArchevèque, 2 " l'impossibilité absolue de résister, et de ne pas obéir immédiatement. Une résistance ne serait pas téméraire, elle serait ridicule. — ^i! Si! — Il m'a dit que nous étions de bons enfants. Il a posé la main sur ma

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trte. .le lui ai eiubrassr les genoux; il m'a appelé sou lils. »

A YUnivei's, dès que lou fut sûr tlu résultat, toute la fédaction se rendit à Notre-Dame des Victoires. « Quelle belle matiûéc! écrivit Du Lac à Louis Veuillot. Nous étions Il tous sept y compris La Tour remplaçant Gondoo . J'admire la justice et la charité du Saint-Siège, qui veut laciliter à ses ennemis leur salut et leur ouvrir toutes les voies honorables pour se tirer du pas difficile où ils se sont mis... ;>

M*"' Parisis adressa ce mot à Louis Veuillot encore à Kome : « Quelle merveille ({ue cette Encyclique et quelle magnifique consolation pour Yl'nivers d'en avoir été l'objet!... Le Pape a mieux lait que tout ce que j'avais proposé, comme il arrive souvent dans les voies de Dieu où sa miséricorde dépasse toutes nos espérances. Vraiment il me semble que ce grand événement a redoublé ma foi. Et puis la pensée de toute la joie qui vous en revient après toutes vos douleurs fait du bien à mon àme 1 1 i. »

Quant aux sentiments que ce dénouement excita chez les adversaires les plus habiles et les plus déterminés de V Univers, on en trouve l'expression daus une lettre que l'abbé Maret, doyen de la Faculté de théologie en Sorbonne et alors le vrai chef doctrinal du gallicanisme modernisé, adressait à Frédéric Ozanam : « Il y a eu dans toute celte affaire des fautes commises par M ' l'Archevêque. Il y a eu trop de rigueur, des accusations qu'on ne peut admettre, qu'on n'a pas admises à Kome... Mais le côté le plus triste, c'est que le triomphe de Y Univers et l'adoption de ses doctrines vont présenter le catholicisme aux indifférents et aux ennemis sous un jour bien peu favorable... Je suis triste et désolé au delà de toute expression... 2/.

(i; Lettre du 1<S avril 1853.

[i) Vie de l'o.hhé Marri, t. II, p. 153.

!J7() KOUIS \i;i II.LdT.

Drs sa rentrée à Paris, Louis Vcuillot se présenta chez M' Sibour. Le lendemain, il écrivait ;\ M"' de Salinis qui, dans cette grave et Iriomjihante campagne de Home, l'avait tant aidé : i< Que n'éliez-vous lu, Monseigneur, pour jouir de ce dénouement! J'avais écrit de Home, aussitôt après avoir reçu la grande nouvelle, une lettre beaucoup moins compli(|uée ([uc celle qui a été composée sous vos yeux et sousvotre souffle. Je n'avais pas méprisé toute précaution cependant. En dé}»it de mes soins, elle a réussi. Monseigneur m'a dit que cette lettre cfl'açait tout le passé, et ma ouvert ses bras. Je m'y suis jeté. Après cela, les explications se sont trouvées faciles ; quand la convei-sation touchait à (juelque point scabreux, je disais : C'esi le passé. En somme, la séance, malgré un petit côté comique, a été bonne; et il ne faudrait pas trop s'étonner si un de ces jours, je me trouvais à table ;\ l'archevêclié, demandant de l'eau à M. Cognât et ollrant du vin à M. Gaduel. Vanitas vanitaliim, et tout n'est que vanité, hormis l'encyclique et l'amitié de l'évèque d'Amiens. »

Louis Veuillot a donné plusieurs récits plus ou moins développés de cette audience. L'un d'eux, le plus important, était adressé à M^' Fioramonti. Écrire sur ce sujet au secrétaire du Pape, c'était écrire au Pape luimême. Mou frère y comptait bien. Voici le passage essentiel de la réponse qu'il reçut :

«... J'ai informé Sa Sainteté des très bonnes nouvelles que contenait votre lettre. Le Saint Père les a reçues avec une bienveillance toute particulière et il a été extrêmement satisfait de voir confirmé de votre part ce qu'il savait déjà relativement à l'accueil très aimable qui vous a été fait par le très respectable monseigneur l'Archevêque... Que béni et remercié soit le Seigneur pour le merveilleux efiet produit par l'Encyclique de Sa Sainteté. -

Que man(|uait-il à ce bon et glorieux dénouement.' II lui manquait d'être un dénouement. Rome procédant avec douceur, paraissant hésitante, l'étant peut-être, et

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néanmoins poursuivant toujours son but, avait, sans faire précisément acte do force, amené W Sibour à retirer son ordonnance. La question de fond, la question des droits de rarclievéque de Paris sur la presse parisienne, restait pendante. Le journaliste avait été vainqueur sans (jue l'évéque lut vaincu. Néanmoins, le fait était <le grande importance et eut un grand retentissement. Il donnait à Louis Veuillot une prépondérance, une autorité qu'aucun journaliste, aucun écrivain laïque n'avait jamais eues, et faisait de VUftice?^, selon le mot de M"' Parisis, « une grande institution catholique ». M^' Sibour et M"' Dupanloup le reconnurent implicitement et ne tentèrent plus de tuer l'œuvre de Louis Veuillot par des actes de juridiction épiscopale; mais ils ne cessèrent pas de vouloir sa mort. Ce journal que leurs coups avaient grandi, dont l'autorité, appuyée de Rome, s'étendait partout, était pour eux l'ennemi (11.

M. de Montalembert, M. de Falloux, tous les notables du parlementarisme et du catholicisme libéral, sans prendre bien à découvert partidans cette lutte, se mirent, avec les gallicans de tout ordre, du coté de I\P Sibour et de M"' Dupanloup. Le gouvernement, tiraillé en sens divers, fut, au total, à peu près neutre. Par suite de ce gallicanisme d'instinct dont sont mordus en France presque tous les hommes politiques, les ministres auraient volontiers pris parti contre Y Univers, mais l'empereur penchait pour Louis Veuillot. Ainsi M*" de Ségur, auditeur de Rote, et le général de Cotte alors à Rome, qui tous deux avaient la pensée impériale, appuyaient ouvertement Louis Veuillot, leur ami, tandis que l'ambassadeur, M. de Rayneval, penchait au début, de l'autre côté. Il se rallia.

(1) Condamnés sur la question de la presse religieuse laï(|ue. M. l'abbé i i.iduel et ses patrons perdirent en outre leur procès contre Donoso Cortès. Son livi-e. examiné à Rome sur la prière de l'auteur, fut lavé de toute censure. Pie IX ordonna aux savants rédacteurs de la CivlUà callolira '1 -Ml reridri' compte. Ils en admirèrent l'esprit, la doctrine, la solidité.

:iT-2 LOUIS VKIJILLOT.

La campagne ouverte |);ir M. l'abh*'' (iaduel, porfant le (Irape.'ui de M'" Dnpaiiloup, et f<'rnH''e par l"etic)rIi(pio Itilcr inu//iplirfs, lut, non s(Milein«'iit poui' ITnivrrs et Louis Veuillot, mais pour les catiioliques et les intérêts religieux, la grande airairedes premières années du second empire. Kn dehors de cette lutte, où les influences et les doctrines étaient seules en cause, le calme régna et les catholiques connurent plus largement que sous les régimes antérieures la liberté du bien. Certes on n'eut point l'idéal. A-t-<in jamais lidéal? Mais du concordat jusqu'à la lin du dix-neuvième siècle je ne vois pas une autre phase de cpiatre années (|ui ait en France, au point de vue de la liberté de l'Église, valu celle-lA.

Quand Louis-Xapoléon, après un an de présidence dictatoriale, l'ut l'empereur Napoléon III, il n'y eut rien de changé dans l'État. La situation des catholiques restant la même, ils gardèrent généralement la même attitude. L'Univers ne devint ni un journal gouvernemental, ni un journal d'opposition. Il jugeait loyalement au jour le jour les actes du pouvoir, et indiquait avec synqiathie et indépendance au souverain les voies où il devait marcher, s'il voulait remplir tout son devoir envers le pays et durer. C'était la politique catholique.

De 185'2 à 1855 les travaux de Louis Veuillot dans le journal, très actifs comme toujours, furent aussi très variés. Les Chambres parlant peu, la politifjue proprement dite chômait; et la presse, portant muselière, ne pouvait

Ils dirent descritiques (le l'abbé Gaducl, qu'elles s'accrochaie*- ta des termes plus ou moins éloignés des locutions aujourd'/nii en usage dans l'enseignement, mais dont l'emploi ne faussait pas la doctrine. L'Essni fut traduit en italien i-t publié avec l'approbation de l'évoque de Foligno.

Donoso Cortt'S, rassur»' par de premiers avis, ne connut pas sa victoire définitive. Il mourut le io mai 18ô.'j, au moment où il allait donner sa démission d'ambassadeur pour entrerdans la Compagnie de Jésus. Louis Veuillot a publié en IS5S une édition de ses œuvres. J'en parlerai à sa date, et je reviendrai sur Ihomme, nn de ceux que mon frère a le plus aimés.

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soulever autant de questions qu'autrefois. Cela n'allait pas ù tous les journaux, mais YlJnlvers, où les idées ne manquaient point, s'en trouvait bien. Jamais il ne fut plus vivant. Louis Veuillot excellait à faire de l'actualité sur toutes sortes de sujets. Parmi ses travaux de ce temps, relativement calme, il en est dont je parlerai avec quelque développement, lorsque je traiterai surtout de sa vie littéraire et de ses relations. J'ai aussi un arriéré à régler pour diverses choses moins graves et cependant importantes de la vie et des services du journal.

En attendant, je signale ici une étude très développée sur Napoléon d'après les Souvenirs de M. Villemain, et une série d'articles, qui devinrent un volume, sur le Droit du Seigneur au moyen âge. Ce volume, qui pulvérisait un rapport de M. Dupin, comme membre de l'Académie des sciences morales et politiques, fît yrand bruit. C'est une œuvre de mordante polémique et de solide érudition. Elle a ruine toutes les sottises malpropres débitées si longtemps à propos de ce prétendu droit. Pour traiter à fond un tel sujet, Louis Veuillot dut fouiller les bibliothèques; il y fut aidé par le frère de sa chère Mathilde. « Je n'ai pu m'informer si amplement, a-t-il dit dans son Avant-propos, qu'avec l'aide de M. Arthur Murcier, élève de l'École des Chartes, mon parent et mon ami. Comprenant l'importance de l'étude où il me voyait engagé à la suite de M. Dupin, mon jeune collaborateur s'y est appliqué avec une ardeur de chrétien et un cœur de frère. Il m'a fourni bien des témoins que je n'aurais pas eu le temps d'interroger et dont j'ignorais même l'existence il>. » C'est également en 18ôV qui; Louis Veuillot écrivit son ouvrage la Guerre cl l'homme de guerre, publié en 1855.

De cette époque date aussi la Vie de Germaine Cousin. Il reçut incidemment, à propos de ce livre, plus d'un an

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après la piihlication de l'«*ncyrli((uc ïnter mnUiph'ces, un l)ipn touchant It-nutiiiuayo de l'afrection du Pape. Le lendoniiiin do la boatiticatioii de la sainte l)ei\i;ôi-e, la diputatiou ecclésiastique envoyée de Toulouse à Home, remit h Pic IX un exemplaire magnifiquement relié de la Vie de laBirnliriiifusc et lui dit (jue l'auteup était Louis Veuillot. " Ah! Louis Veuillot, reprit le Saint-Père avec un sourire fort gracieux ; puis il ajouta sur le même ton, en souriant avec plus de giAce encore : // est tranqiùUc à prrsrnt (1). » Tranquille, il l'était autant que peut lètre un militant toujours sur la brèche; mais de nouvelles épreuves intimes et de nouvelles luttes publiques ne tarderaient guère à Latteindre. La mort allait encore entrer chez lui; bientôt, la politique impériale, dont on put beaucoup espérer jusqu'au congrès de Paris (1856), l'inquiéterait et déjà le groupe catholique, parlementaire, gallican et libéral, se préparait à lui livrer, dans des conditions particulièrement iniques et basses, un nouvel assaut, rjui n<^ seiait j)as le dernier, et qu'une nouvelle bénédiction, ([ui ne serait pas la dernière, couronnerait.

1) Lettre de l'abljô Deyiioralde, supi-riour dos pn-tn-s fiuxiliaiios du diocèse de Toulouse.

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