i8 l.<M IS Via'IM.OT
La lettre de M"' Fioraimniti exprimait tmp manifestcnioiil la pensée et les drsirs du Pap<' pour ne pas profinire un grand ellet. Nous appiiiiies à VLnucrs, le jour nirmo de sa publication, (jue M"' Sihour et son entouraire en «taient consternés et irrites. Aussitôt après l'avoir lue, l'archcvrquo s'était écrié : « N'importe, je l'emporterai! » ('/était, depuis le début de cette nouvelle campagne, son mot favori. Au fond, il doutait déjà de son triomphe, car une lettre du cardinal Antonelli (ju'il reçut en même temps que ce document, lui en précisait la portée et rengageait à retirer de lui-même son ordonnance, il refusa et son langage resta très belliqueux, mais ses intentions devinrent conciliantes. Les journaux qui le soutenaient, après s'être montrés émus de cette première parole de I{ome, cherchèrent à la diminuer ; ce fut en vain. J'en instruisais mon frère :
« Du Lac t'écrit (|uc la lettre de Fioramonfi fait merveille. La tienne a obtenu un succès enthousiaste. Le Joiinialdes Débats iwstiwwù. comme la Gazelle, que le langage du secrétaire de Pie L\ n'est point trop délavorablr à l'archevêque et justilie à peu près ses reproches. Ça ne prend pas. L'effet est pour nous comme la lettre elle-même, et plus encore peut-être. La Presse résume ainsi la situation :
« Ox (la lettre de Fioramonti dit à Y Univers de rester
« ultramontain, et c'est justement ce que l'archevêque lui « reproche.
(( On approuve V Univers et, en même temps on con- « damne les autres feuilles religieuses.
o La lettre n'est pas du Pape, mais le secrétaire du P.ijje <> doit penser comme le Pape.
« Résumé : Y Univers a gagné son procès, du moins en << première instance. »
« Ce r.irardin a (juelqucfois du bon \\). «
( 1 1 Lettre du 18 mars.
I oi is m:i ii.i.dT. ;;:,•.»
Dans la lettre suivante, j'ajoutais :
« L'archevêque hésite sur le parti à prendre. On lui conseille fort à la nonciature de retirer son ordonnance. La lettre du cardinal Antonelli le fait méditer. Knfin il niiinore pas que le gouvernement est très mécontent de l'éclat qu'il adonné à ses colères contre nous et trouverait mauvais qu il ne voulût pas y mettre fin. De plus, si, pour les dehors, on alVecte des airs vainqueurs, on est, au dedans, consterné.
« Toutes ces raisons n'ont pas encore vaincu, cependant, la passion de l'Archevêque. Il veut l'emporter. En même temps qu'il cherche comment il pourrait arriver à terminer honorahlement la crise, il fait préparer un long- mémoire justificatif par les abbés Cognât et Darboy. »
Pour obtenir de l'Archevêque, sans l'accabler, le retrait de son ordonnance, 1\P d'Amiens pressa Louis Veuillot de demander lui-même ce retrait à M"" Sibour, sans parler de soumission mais au nom de la paix religieuse. — C'estimpossible, répondit mon frère. — Alors l'évêque lui déclara que le Pape le désirait et même le lui demandait. Il se rendit, non sans nlurmurer doucement f[ue cela ne servirait à rien ou nous mènerait à mal. Ce fut une lettre difficile à faire. Il l'écrivit de mauvaise grâce et avec de grandes craintes qu'on ne voulût à Paris y voir plus de soumission qu'il n'en devait et ne croyait sage d'en montrer. Sous le coup de ces impressions il adressa au Pape cette prière :
« Hoiiii', "22 mais 1853.
« Très Saint Père,
« Par obéissance aux désirs de Votre Sainteté, j'ai écrit la lettre ci-jointe, .le supplie Votre Sainteté de se souvenir que Monseigneur l'Archevêque de Paris, prèsdequi je fais cette démarche, m'a frappé injustement et qu'à l'heure qu'il est, la sentence par laquelle il est venu m'atteindrc
6fio i.«»ris vr.ni.i.oT.
jus(]u à \()^> pifds. jH's»> ciKoïc sur ma liberté ol sui- mon liuiinour.
\)r Votre Sainte tf,
le (ils IVi-a liumlilr d ln-s si>umis.
« Louis Vil ii.i.oi. ■>
Le leiulcmciin, il m écrivait : « J ai passé la journée d'hier à faire cette Icttie dont je t'envoie le hrouillon. Peu de jouiné<'s m'ont paru aussi sombres. Kl les ne sont pas lumineuses ici, pourtant! Cette besogne aclievce, je suis allé me consoler en montant à ercnoux la Scaln smila. C'était le moment, .le me flatte cependant (jne ma lettre ne vous paraîtra pas trop humiliée; mais elle existe, et c'est déjà trop, car nous avons en présence un homme qui ne me paraît point chareé de scrupules. Le soir, accompairné de M'' de Ségur, aussi affligé (jut" moi. J'ai porté le paquet au Vatican... l*our\u que le Pape ne me demande pas davantage! H y a toutefois une limite «jue je ne me sens guère disposé à franchir, même pour lui. »
Ueux jours après, revenant sur cette démarche, il m'écrivait : « Le Cardinal Antonelli a dit au Cardinal Fornari : « Je ne sais pas si la lettre de M. Veuillot plaira « beaucoup à l'Archevêque, mais elle nous convient, et c'est n tout ce qu'il faut. » Louis ajoutait : « Du reste, en dépit des nouvelles que vous avez, les dispositions parisiennes sont à la paix. C est ce que le sous-secrétaire d'État m'a dit ce matin, d'après une dépêche de la Nonciature. — L'Archevêque (recevant du Nonce une expression incontestable de la volonté de Uomej a terminé ou plutôt interrompu une tirade contre Vl'nivers en disant : — Comment arranger cette afi'aire.-' — Cherchez; vous avez tant d'esprit. — Cherchons ensemble, je vous en prie, Monseigneur... Et oncherche. Voilà le dernier vent. L'encyclique arrivera ces jours-ci et soufflera du même côte. Elle est, dit-on, très claire, mais sans nommer personne. Si i'Ar-
Lons vKuiLLor. 'ioi
chevèque baisse pavillon là-dessus, le rcpUVlragc sera fait, mais par le Pape... En somme, si nous vivons, on verra bien que le Pape le veut, et il le veut très fort... »
Du Lac et moi, nous redoutions que l'Archevêque ne tirât de la lettre du rédacteur en chef un fâcheux parti. Je lavais écrit à Louis, il me répondit:
<■ Quasimodo, 3 avril 18ô3.
« Que veux-tu, pauvre petit frère, il fallait bien faire ce que j'ai fait, puisque le Pape Ta voulu. On en espère du bien, et moi aussi, quelquefois. I^aflaire se débrouille. C'est l'Archevêque lui-même qui, pour sortir d'embarras, a demandé à Rome que je lui écrivisse, et la demande, par une délicatesse dont je suis reconnaissant, m'a été transmise au nom du Pape, comme venant de lui, pour que je n'eusse rien à refuser. Si maintenant tout cela n'est qu'une ruse, comme tu le penses, l'Archevêque se prendra dans ses iilets, car certainement on ne m'abandonnera point... L'ordonnance sera suspendue, si elle n'est point retirée. Nous en avons l'assurance positive, et du Cardinal et du Sous-secrétaire d'État, et des Cardinaux, et du Pape. Hier, ce bon Saint-Père a expliqué son encyclique dont il est fort content à l'évêque d'Amiens. Arrivé à l'endroit qui nous concerne, il a dit : « C'est pour Veuillot que j'ai fait cela; en est-il satisfait? » Quelques heures auparavant, il avait parlé au cardinal Fornari : <' Je pense que Veuillot connaît maintenant l'encyclique. L'évêque d'Amiens la lui aura communiquée. Je crois qu il sera content. » Comment n'être pas content d'une telle bonté? Je reste néanmoins pour voir l'effet qui ne sera guère connu avant huit ou dix jours. Voilà deux mois que je suis parti. J'ai encore près d'un mois à passer sans vous voir : quand je reverrai le Pape, je jetterai les hauts cris, je lui demanderai si ce n'est pas une cruauté de me tenir si loin dé mes frères et de mes lilles.
Îi62 LOUIS VEL'II.I.OT.
« Il fait beau, c'est invraisomlilablc, mais c'est. >
On Miarcliail A la |»aix. Le 7 avril, iiionfrrro me domi.iit ces nouveaux (létails :
(( Du reste, tous croient à une conclusion prochaine et douce. Par bonheur, on ne lexitre pas tendre. Il est positif que 1 Archevêque a écrit avec bénignit»', demandant qu au moins M. Veuillot fit une [)etite démarche au-devant de S. G. C'estdonclui «pii asollicité raccommodement et qui l'a sollicité prés de la (our de Homo, puissance essentiellement médiatrice. Ne perdons pas cela de vue pour l'histoire, La démarche est faite, je n'ai pas négligé d'en faire voir la vertu. Le Cardinal a loué ma déférence, tout en ajoutant qu'il avait lu ma lettre et que probablement la susdite Grandeur n'en tirerait pas vanité. J'ai dit qu'on ne pouvait pas se fier aux interprétations de Paris et j'ai rappelé le passé. On lo connaissait, mais je doute, a ajouté le Cardinal, <|ue l'Archevêque soit pressé de livrer à l'impression toutes ces correspondances, les vôtres et les miennes.
« .l'ai parié de vos soupçons touchant le nouveau mémoire contre YUnivers. — Oui, on fait ce mémoire, a répondu le cardinal. Alarmé de la manière dont je lui parlais du ju,i:ement à intervenir, l'archevêque m'a prié d'ajourner toute conclusion, jusqu'à ce qu'il eût produit les raisons qui lui ont fait pul)lier son ordonnance. — Votre Éminence peut prévoir quelle sera cette pièce. Deux abbés la préparent; l'un est le rédacteur de Y Ami de la Belif/ion, l'autre un prêtre remuant devenu récemment vicaire général pour des services de plume. On se servira de phrases détachées, on taira les circonstances qui les ont inspirées, on les falsifiera. A mon tour, je prie Votre Éminence de ne rien croire avant que j'aie réj)ondu. — Je sais bien quels procédés ils emploient, a répliqué le cardinal, et, d'un autre côté, je n'ignore pas quelles sont les exigences d'un journal. C'est ce que je ne cesse de dire aux évêqucs français qui vous sont contraires. Les
LOriS VKl lU.OT. :i03
rédacteurs tic Vrnirrrs ne font pas un article connue nous faisons une encyclique. Ils n'ont pas dos jours entiers à passer sur une phrase, sur un mot. Qu'importe qu'il leur «'•cliappe quelques inexactitudes ou quelques vivacités. Voyez le bien qu'ils font, songez aux services qu'ils rendent. Ils parlaient (juand vous vous taisiez tous; ils sont tels ([u'ils étaient quand vous les approuviez. Comment! on insulte le Pape, on insulte l'Église, on insulte Dieu, on calomnie la foi, on corrompt les mo'urs par des milliers d'écrits détestables : vous n'ouvrez pas la bouche. On se moque d'un abbé ridicule, vous voilà en feu!... .Mais fa nicntc, le mémoiie de Paris arrivera trop tard. L'encyclique a paru ; le Pape ne se dédira point. Soyez convaincu que tout cela tombera sans bruit. »
En effet, tout cela tomba bientôt, sinon sans bruit, au moins sans trop de bruit, et le résultat fut bon. Les plus engagés dans l'affaire furent les premiers à reconnaître qu'il fallait se rendre. L'évoque de Viviers, M'-"' Guibert, sans regretter précisément ce qu'il avait fait, en était plutôt gêné que glorieux; il n'ignorait pas que le Pape avait sévèrement parlé de son acte, et presque durement de l'adhésion que s'était hâté de lui donner l'évêque de .Marseille, Il se terra (1). L'archevêque de Paris n'espérait plus entraîner l'épiscopat et intimider Rome. Il était visible, même pour lui, (|ue Pie IX aimait V Univers, voulait qu'il fût libre et finirait par suspendre, sinon par annuler l'ordonnance parisienne. Sans cesser de dire : Je l'emporterai, il se réserva de trouver dans l'encyclique annoncée le moyen d'en finir. Il en fut ainsi. L'encyclique f?iter multi-
(1) Le R. r. Kanibert, dans sa l ic <lr M»' ilr MnzoDud, rapporte ceci : - Quelques prêtres du diocèse de Marseille étant allés l'aire un pèlerinage à Rome, Pie IX les chargea de dire à leur évoque qu'il était mécontent de sa lettre contre Yl'iùvers, et que, pour lui, loin de blâmer les rédacteurs de cette feuille, il les considérait toujours comme ses défenseurs les plus dévoués (t. II, p. 30!J). J'ai déjà dit et j'aime à répéter que M*' de Mazonod rendit à YUnivers toute sa sympathie. Plus tard, M''' Guibert fit de même.
r.O» LOIIS VEIILLOT.
plicf's datée du 21 mars lui aniva lo 8 avril. Klle prescri- ^ait auv rvrcjues de combattre avec zèle et constance « les journaux empoisonnes » (jue répandent les ennemis de Dieu et d'encourager la bonne presse. Le Souverain l*ontile concluait ainsi :
« (Vest pourquoi, eu \ous etloreant d'éloigner des lidéles commis à votre sollicitude le poison mortel des mauvais livres et des mauvais journaux, veuillez aussi, Nous vous le demandons avec instance, favoriser de toute votre bienveillance et de toute votre prédilection les hommes qui, animés de l'esprit catholique et versés dans les lettres et dans les sciences, consacrent leurs veilles à écrire et à publier des livres et des journaux, pour que la doctrine catholique soit propaeée et défendue, pour que les opinions et les sentiments contraires à ce Saint-Siège et à son autorité disparaissent, pour que l'obscurité des erreurs soit chassée et que les intelligences soient inondées de la douce lumière de la vérité.
« Votre charité et votre sollicitude épiscopale devront donc exciter l'ardeur de ces écrivains animés d'un bon esprit, afin (juUs continuent à défendre la cause de la vérité catholique avec un soin attentif et avec savoir; que si, dans leurs écrits, il leur arrive de manquer en quelque chose, vous devez les avertir avec des paroles paternelles et avec prudence. »
M^"" Sibour comprit que ces recommandations finales le visaient particulièrement. Tout de suite, en évèque pressé de bien remplir son devoir, il retira son ordonnance. Voici l'arrêté qu'il nous fit remettre par celui de ses secrétaires qu'il savait l'ami fidèle de YUnivers, l'abbé Dedoue :
« Nous, Marie-Dominique-Auguste Sibour, par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège apostolique, archevêque de Paris;
« Après avoir pris connaissance de la lettre encyclique adressée par Notre Saint-Père le Pape Pie IX aux cardi-
LOUIS VEUII.I.OT. 5t):.
naux, archevêques et évoques de France, sous la date du ■1[ mars 18:).'{;
<« Voulant mettre on pratique les conseils qui y sont contenus et entrer, pour notre part et sans réserve, dans les intentions du chel" do l'Kglise;
« Désirant, par là, contribuer à l'apaisement des discussions qui ont été soulevées dans ces derniers temps, et réjouir le cœur du Souverain Pontife;
« Nous lovons spontanément les défenses portées dans notre ordonnance du 17 février 1853.
" Donné à Paris, en noire palais archiépiscopal, le 8 avril 1853.
« iMahie-Domimouk-Alguste,
« Archevêque de Paris. »
Vi'nivers, par une note insérée en tête du journal, remercia vivement l'archevêque et promit en toute sincérité de garder dans le combat « cette modération chrétienne, qui n'exclut pas la défense lil)re, franche, énergi- <[ue de la vérité ». II ajoutait : « Notre rédacteur en chef, M. Louis Veuillot, est encore à Kome, mais les sentiments que nous exprimons furent toujours les siens, — et nous sommes heureux de renouveler les engagements qu'il a déjà pris. » Le même jour, nous nous rendîmes, Du Lac et moi, chez l'archevêque, pour lui répéter de vive voix ce qu'avait dit le journal. Au sortir de celte audience, j'écrivis à mon frère :
« M^ Sibour s'est montré satisfait de notre note. .!(> crois qu'il était décidé à l'être. Mais ce n'est pas tout. Nous sommes sortis de chez lui convaincus que, pour peu que les circonstances .s'y prêtent, il recommencera. Tu n'as pas oublié le discours qui termina la première atfaire; nous l'avons entendu de nouveau. Aujourd'hui, comme il y a deux ans, comme au moment où il a rendu son ordonnance, l'archevêque veut que V Univers soit sous sa dépendance, exprime ses idées, suive sa direction; voilà ce
:i6G i.oiis \i;i ii.i.oT.
(ju'il nous a lait voii- très claiirincnt. .Nous n'avons acquiescé ni de la langue, ni de tête : pas un mot, pas un signe. Cette attitude a jetr du IVoid sur l'enfretien, auquel assistait l'ahltr Sibour. A la lin, nous avons dit (jue n'étant pas gens à repousser les bons conseils, nous n'oublierions point ceux ([ue contenait la lettre de M"' Kioi-anionti...
« Il vous a dit la même chose que moi, interrompit vivement rarciievèquc. Il vous conseille la modération, Je vous la conseille aussi. Il faut éviter les questions qui irritent ; ne point parler de l'Inquisition, du pouvoii* des Papes sur le temporel des rois, ne [loint s'exposer par tnjp de zèle à ralentir le mouvement qui pousse les esprits vers Rome... etc., etc. N'oubliez pas la maxime In dubiis liberhis... Mais surtout, cari la s! cari tas!...
« Au coursdc laconversation, Monseigneurm'a dem.indé si tu reviendrais bientôt. — Oui, rien ne l'arrête plus ;\ Rome. Votre Grandeur sera promptement informée de son retour, car il se fera un devoir de venir vous présenter ses respects. — Je serai heureux de le recevoir, le père aime particulièrement les enfants (|ui lui ont donné le plus de... de... de préoccupations, car la raison peut obligera frapper, mais le cœur d'un père ne se ferme jamais.
« Silence complet. Et que pouvions-nous répondre!
K L'avenir n'est pas clair. Notre modération ne sera pas celle qu'il voudra. L'encyclique nous garantit contre des coups trop prochains; mais... »
L'entourage de M'-''' Sibour, les abl)és Bautain, Darboy, Coquand, Lequeux, Maret, et surtout son impérieux allié, W Dupanloup, se résignèrent moins facilement que lui à l'acte pontifical. Déjà on cherchait la revanche.
Il s'en fallut de peu qu'un grave incident ne se produisit tout de suite. M*'' Dupanloup qui, après avoir collaboré à l'Ordonnance, s'était mis dans l'ombre, voyant comment les choses tournaient à Home, pensa que s'il frappait bruyamment un granil coup, il pourrait faire modifier les conclusions prévues de l'encyclique. On annonça qu'il préparait
un mandement dont Univers ne pourrait se relever. Il eut beau se hâter, il n'arriva pas à point. Son mandement était aux mains des compositeurs lorsque l'encyclique parut. Comment le publier alors que M^'' Sibour se reconnaissait atteint et se retirait? Il dut, lui aussi, faire retraite. Le 20 avril, j'écrivais à mon frère : « J'ai pu lire hier une partie du mandement Orléanais. Je crois que nous en aurons une copie. Il s'y trouve, selon la coutume, un cliquetis fatigant d'e.vclamations, d'interjections, d'appels furieux à la modération. Le Imt c'est-à-dire le prétexte) est de justifier « l'ancienne Église de France » qu'il faut absolument que nous ayons insultée. Après avoir beaucoup affirmé sans fournir la moindre preuve, M"' Dupanloup se jette dans l'apostrophe et t'attaque directement. C'est là où brille sa charité. Il s'indigne de ton appel au Pape, il proteste contre tes lettres, il a presque envie de rire en songeant que tu as pu demander à Rome de parler et croire qu'elle parlerait... >>
Un autre, après avoir lu l'encyclique, eût mis ce travail au feu. W Dupanloup le mit en réserve et l'utilisa trois ans plus tard.
A Rome, on attendait avec impatience des nouvelles de Paris. Comment ,\F' Sibour avait-il reçu les avis et avertissements de l'Encyclique? Le 14 avril, le bruit courut, d'après un journal de Gênes, que l'archevêque avait retiré la défense de lire VCniver.s. Cette information brève et vague n'était point sûre. Il y avait quelque chose; mais quoi? Louis anxieux et nerveux, craignant que l'archevêque eût posé quelque condition fâcheuse, m'écrivait: « J'espère que le télégraphe ne nous trompe pas. Je ne pense pas que l'on me demande une lettre plus douce; il serait diificile de l'obtenir. J'en ai fait assez et je ne suis pas obligé de me noyer pour sauver celui qui m'a jeté à l'eau. » Le IG, la nouvelle était conlirmée.
Enfin, toute crainte a cessé et Louis parle avec un plein contentement : « Soyonsjustes,cher frère, l'archevêque s'en