‹ Louis Veuillot [microforme]Chapitre 2 sur 2 · TT · texte numérisé non relu

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Cependant la paix ne fut pas stable &u premier coup dans son coeur. Les inquiétudes revinrent et, avec elles, des luttes angoissantes. N'importe! “ J'aime encore mieux les incessantes fatigues de ce combat, que l'espèce de tranquillité stupide où je moisissais il y a quelques mois... Chaque vice de la vie passée laisse au coeur une racine immonde, qu'il faut arracher avec des tenailles ardentes. ” Ce fut pour s'apaiser définitivement qu'à son retour il s'arrêta à Fribourg, afin de faire une retraite chez les Jésuites. On craignit même, à cette occasion, qu'il n’entrât dans la Compagnie. Je ne signale le fait, en passant, que pour montrer quel grand danger il a couru.

Et donc, le voilà converti. Nul ne le fut jamais plus entièrement. C’est le moment, je crois, de noter, pour n'avoir pas à y revenir, la parfaite unité de vue et d'action de toute sa vie, due à cette conversion. Et ce sera, tout de suite, la réponse à ceux qui, ne considérant en lui que le politique et le publiciste de génie, l'ont accusé d'inconstance, voire de trahison, parce qu'il a servi tour à tour et combattu tous les partis.

Dire d’un homme intelligent, né et élevé en dehors de la religion, qu'il a senti le tourment de l'âme et comme la nostalgie du divin, s’est rendu à Rome, a causé avec un religieux des graves questions de dogme, d'autorité et de morale, s’est agenouillé pour prier et pour se confesser, voilà en soi des faits ordinaires et qu’on a racontés de bien d’autres. Mais ce qu'on n'a trouvé dans aucun autre laïque, du moins au même degré, c’est une transformation aussi radicale, par la conversion, de l'homme tout entier, avec sa vie, ses oeuvres, ses juge-

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ments, ses gloires et ses humiliations. C’est ce qu’il y a en lui de très spécial, de vraiment veuillotiste, — et je regrette de ne pouvoir le dire comme je le pense et le ressens. C’est même ce qui froisse et irrite certains lecteurs moins catholiques de Veuillot, que nous ne veuillions pas séparer, nous, — comme si nous le pouvions,ou .mme si lui-même y aurait consenti — cette note spéciale des autres qualités qu'ils admirent en lui.

D'aucuns, en devenant catholiques, ont ajouté comme une épithète de plus à leur nom; lui, par cet acte, a conquis un nouveau substantif sur lequel tous les autres se sont greffés. Il n'est plus un journaliste, un ami, un artiste, un politique catholique; il est intégralement et d'abord un catholique, lequel, comme la substance porte l'accident, porte et dirige le journaliste, l'ami, le politique et l'artiste. La lumière qu'il reçut de Rome devient la lumière dans laquelle il juge les hommes et les choses, les gouvernements, les gouvernés et les oeuvres même littéraires. Et nul n'a prouvé que ses jugements sont moins sûrs, parce que formulés dans cette lumière et d'après ce criterium. “ L'Eglise, écrit-il, m'a donné la lumière et la paix. Je lui dois ma raison et mon coeur. C'est par elle que je sais, que j'admire, que j'aime, que je vois. Lorsqu'on l'attaque, j'ai les mouvements d'un fils qui voit frapper sa mère. ”

Ilest vrai que le rédacteur de l'Univers a fait bon marché des dynasties, des hommes et des partis. Au fond, il n'en a servi aucun; il s'en est servi, au service lui-même d'un règne unique: le règne social du Christ, En 1840, comme en 1851, et en 1853, c'est le même programme politique parce que c'est ‘toujours le même programme religieux. ‘“ Au milieu des factions de toute espèce, proclame:t-il en 1842, nous n'appartenons qu'à l'Église et à la Patrie... Justes envers tous, soumis aux lois du pays, nous réservons notre hommage et notre

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amour à l’autorité vraiment digne de nous qui, sortant de l'anarchie actuelle, fera connaître qu’elle est de Dieu, en marchant vers les destinées de la France, une croix à la main. ” A ceux qui lui offrent une candidature législative, en 1851, comme, plus tard, au comte de Valory, qui le veut faire élire à Avignon, il répond : “Je suis l’humble serviteur de l'Eglise... je n’accepte aucun autre caractère, parce que je n’accepterais aucune autre servitude. Ma profession de foi, même politique, est le credo. ”

Cette profession de foi unique lui permet de défendre la monarchie, tant que le monarque ne laisse pas les parlementaires du gouvernement de Juillet étouffer la liberté de conscience et les droits du peuple. Elle lui permet, après 1850 et le Coup d’Etat, de salner l’empereur avec tout l’enthousiasme des belles espérances qu’il fait naître, et de le combattre, huit ans après, quand il se fait le complice de la révolution et d : banditisme italiens contre Rome et le pouvoir temporel. Il écrit même en 1871: “ Je crois à la république”, mais à celle des honnêtes gens, explique-t-il aussitôt, et non pas à “ la république des républicains ”, donnant à ce mot le sens qu’on lui a bien connu depuis. “ Celle-ci tuera la liberté, elle tuera la religion, elle tuera la propriété, elle essaiera de tuer même le baptême. ” Donc, rois, empereurs, ministres, toutes les formes gouvernementales, tous les instruments passagers de l’autorité, toutes les contingences du pouvoir, il a tout combattu et tout servi, pour obéir à la seule autorité qui ne passe pas. Et c’est bien ce qui donne à sa vie ‘“ une presque surnaturelle unité ?”.

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Je me demande maintenant de quels éléments particuliers est fait le catholicisme de Veuillot, quelles qualités naturelles la grâce divine a trouvées en lui, non pour les détruire, mais pour les grandir en les surnaturalisant.

Il y entre d'abord l'élément plébéien. De celui-ci naïssent, comme deux filles légitimes, et passent toutes frémissantes dans sa vie, la pitié et l’indignation: l’une, les yeux voilés de pleurs, l'autre, s'exhalant parfois en de sublimes colères. Les parents de Veuillot étaient des ouvriers. Son père, un tonnelier, parcourant un jour la campagne du Gâtinais, raccommodant tenneaux, brocs et cuviers, avait aperçu, à la fenôtre encadrée de chèvrefeuille d'une humble maison, Marianne Adam, une belle et forte jeune fille qui travaillait en chantant. Ilen avait fait sa femme. De cette origine modeste, le grand écrivain, ai-je besoin de le dire, ne rougit jamais. Il n’y chercha pas non pl"s une recommandation commode à la fausse humilité. Par contre, il y trouva plus d’une lumière sur les questions sociales, une sympathie i” Arissable pour les pauvres courbés sous les humiliations et les misères. Il n’en méprisa pas pour cela les nobles; au contraire, il voulait que les gentilshommes eassent l'esprit de noblesse, comme il avait, lui, l'esprit de roture. “ Si je pouvais rétablir la noblesse, je le ferais tout de suite, et je ne m'en mettrais pas. ”

Ce n'est pas tant non plus d’avoir épuisé ses parents de fatigue et de faim qu'il exècre la bourgeoisie voltairienne. C’est de leur avoir Ôté Dieu, d’avoir arraché au peuple, avec la religion, l'espérance, la résignation et le salaire éternel de leur travail. Il faut entendre les paroles amères qui tombent de ses lèvres chaque fois qu’il parle de son père et des sophismes dont il avait été dupe et victime. Et son père, c'était tout le peuple ouvrier de cette époque. “ Il est mort, écrit-il, dans la préface des Libres-Penseurs, à cinquante ans. Mille infortunes avaient traversé ses jours remplis de durs labeurs;

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la seule joie de ses vertus ignorantes l'avait un peu « >nsolé. Personne, durant cinquante ans, ne s'était occupé de son âme; jamais, sauf à la dernière heure, son coeur labouré d’angoisses ne s'était reposé en Dieu. Il avait toujours eu des muîtres pour lui vendre l'eau, le sel et l'air, pour lever la dîime de ses sueurs, pour lui demander le sang de ses fils; jamais un protecteur, jamais un guide. Au fond que lui avait dit la société? Comment s'étaisnt traduits pour lui c's droits si pompeusement inscrits dans les chartes? Sois soumis et sois probe, c&r si tu te révoltes, on te tuera, si tu dérobes, on t'empoisonnera; mais si tu souffres, nous n’y pouvons rien, et si tu n’as pas de pain, va à l’hôpital ou meurs, cela ne nous regarde plus. ? Son père avait donc souffert et il était mort, privé, par le crime d'une société que rien ne peut absoudre, de toutes les joies pour lesquelles son âme était faite. Sur le bord de sa fosse, le fils évoqua, compta tous les tourments de sa vie, et dans cette lumière funèbre il ne put s'empêcher de maudire, “ non le travail, non la pauvreté, non la peine, mais la grande iniquité sociale, l'impiété par laquelle est ravie aux petits de ce monde la compensation que Dieu voulut attacher à jinfériorité de leur sort ”. ‘“ Et je sentis l’anathème éclater dans la véhémence de ma douleur... J'étais chrétien déjà; si je ne l’avais pas été, dès ce jour j'aurais appartenu aux sociétés secrètes. Je me serais dit comme tant d’autres: pourquoi ües gens bien logés, bien vêtus, bien nourris, tandis que nous sommes couverts de haïllons, entassés dans des ma isardes obligés de travailler au soleil et à la pluie pour gagner à peine de quoi ne pas mourir ? Et ce problème m’eût donné le vertige; car, si Dieu n'y répond pas, rien n’y répond assez.” Encore enfant, ce fils sentait bondir son coeur, quand un patron intimait de durs ordres à son père: “ Qui l’a fait maître, et mon père esclave? Mon père qui est bon, brave et fort, et qui n'a fait de tort à personne; tandis que celui-ci est chétif,

méchant, larron et de mauvaises moeurs ! ” Mais il avait la foi et il comprenait que cette violence c’est la folie dans l’injustice, que nous ne sommes vraiment libres, heureux comme des frères, que le jour où nous courbons la tête sous le niveau de la croix, pour adorer et aimer ensemble notre Père qui est aux cieux.

A ce trait personnel de la physionomie du catholique sociologue, ajoutons que si, au lieu de venir en droite ligne du peuple et de sortir de Rome avec une âme vierge de tous les préjugés de caste, Veuillot fût né dans quelque aristocratie,ou dans les rangs d’une bourgeoisie calculatrice et orgueilleuse, sa foi en eût subi des inflexions. Elle eût, comme son amour, en passant par les salons, les lycées, le luxe et les clans, perdu de son indépendante franchise. Elle eût exigé pour s’exprimer des ménagements de diplomate, d’habiles détours, des attitudes bien mises et des mots gantés. Le converti se serait contenté pour aimer l'Eglise de l'amour des politiques: l'amour de la tête, — de celui des prudents: l'amour malade de la peur de vivre et surtout d’agir, — de celui des conciliants : l'amour prodigue de paroles bruyantes, de liberté pour tout et pour tous, et de reculades,—de celui des héros : l’amour qui s'offre toujours à mourir pour la cause et se contente sans cesse de vivre et d'arriver. Ce n’est pas ainsi que croit et qu’aime ce rude fils du peuple, ni qu’il agit , car il entre dans son catholicisme un autre élément bien en harmonie avec le premier : c’est le courage.

Il en fallait, en 1840, pour s'affirmer catholique. 11 en fallait plus encore pour oser défendre cette institution ridiculisée qu'était la religion. Il en fallait jusqu’à l’effronterie

pour s’avouer dévot en plein Paris. Louis Veuillot fut courageux à tous ces degrés et effronté jusque-là. Nous savons bien un peu ce que c’est que le resp=?t humain. Peut-être, en rougissant, y cédons-nous quelquefois. Mais la tyrannie du respect humain, le respect humain qui transforme sa victime en spectre blème, gauche, les jambes tremblantes, n’occupant qu' la moitié de sa chaise afin de mieux s'enfuir quand on le remarque, ou qui l’assied, là, toujours à la même place, au banc des accusés, pour qu’elle demande pardon de ne pas faire des bêtises comme les autres, le respect humain fait chair dans un corps de lièvre, c’est au milieu du dix-neuvième siècle qu’il faut le chercher. On se courbaït alors sous ses maximes. Il régnait par le rire, il saisissait les catholiques peureux par la gorge et les étranglait. Il tuait son homme d’un mot. Quand Thiers disait de certains catholiques récalcitrants : ‘“ Nous mettrons la main de Voltaire sur ces gens-là ”, l'argument était sans réplique, on rentrait sous terre. La calomnie railleuse, répandue par ce même Voltaire, avait germé et poussé en moisson infecte dans toute la France. Les sceptiques triomphants se donnaient champ libre. Ils pouvaient railler tant qu’ils voulaient, mais qui pouvait les railler, eux ? N’avaient-ils pas un brevet de supériorité, puisqu'ils n’avaient pas la faiblesse d’obéir? un brevet de science, puisqu’ils étaient héritiers des encyclopédistes? un diplôme d’esprit et des plus brillantes qualités françaises, puisqu'ils étaient incrédules. ?

Les catholiques, parqués en réserve, hors des gens intelligents, avaient fini par accepter cette situation. Des hommes qui, sur d’autres terrains, n’avaient peur de rien, tremblaient de passer pour pieux et tâchaient de faire oublier, devant leurs adversaires gonflés d’orgueil, la foi qu’ils allaient professer dans l’ombre des églises et devant des madones. Employez contre nous, semblaient-ils dire, toutes les armes; mais

n'allez pas nous convaincre en public d'être infirmes au point d'aller à la messe et de nous mettre à genoux !

Et c'est au milieu de cette société de beaux esprits infatués et de catholiques ramollis, que Veuillot, retour de Rome, puis d'Afrique, reparut. % Oui, ”, répond-il à une grande dame anxieuse de savoir si c'est vraiment possible qu'il ait eu la faiblesse de faire ses dévotions, “ Oui, madame, je fais ma prière le matin et le soir et souvent encore dans la journée ; oui, madame, je me confesse ainsi que beaucoup d'honnêtes gens et je communie ordinairement le dimanche, en compagnie des portiers et des servantes de mon quartier, ”

Ses premiers aveux furent une surprise; sa piété fit beaucoup rire, — vous imaginez de quel rire jaune de convention ! On parla de folie; ses résistances suscitèrent des colères, ses coups d fouet cinglés sur les épaules des idoles firent crier au sacris’ in furieux. Comment! Quoi! Un catholique qui se défend, même qui attaque! Un catholique qui a de l’esprit, qui nous force à lire sa littérature de théologie et de sainteté! Un catholique aventuré chez les anticléricaux et qui tourne contre eux leur ironie, qui gouaille et qui siffle! Qui a jamais vu cela! N'est-ce pas l'inédit, l'inoui dans le scandale? L'effarement fut à son comble, quand, déposant toutes les timidités conventionnelles du passé, comme un athlète dépose pour la lutte sa redingote, ses manchettes et ‘on linge empesé, ce dévot, Inron aux yeux clairs, solide par la base et musclé en force ainsi qu'un ancien croisé, écrivain comme les plus grands de sa race, éloquent comme Bossuet, comique comme Molière, plus spirituel que Voltaire et pieux comme François de Sales, droit et frane comme une épée, gouailleur en diable, quand, dis-je, ce dévot se mit à railler les railleurs, à saisir les plus burlesques d'entre eux par la peau du cou, à les jeter au beau milieu du forum parisien et à faire si bien danser leurs silhouettes déshabillées, rhabillées, grimaçantes et

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drôles, que, tournant enfin les rieurs de son côté, il entendit la France éclater de joie au dépens des Coquelets, des Gaudissarts, des Galupets, des deux Navet, des Greluches, et de tous les insulteurs du Christ qui, depuis cinquante ans, se donnaient le monopole de la moquerie.

Certes! on peut n'être pas de l'école de Veuillot, et le dire peut n'être souvent qu'une façon de se débarrasser des conclusions logiques de sa foi;—c'est l'affaire de chacun! — mais n'empê: qu'il doit y avoir pour tous, fut-on simple artiste ou dilettante, un vif plaisir de conscience soulagée à assister à ce spectacle de justice et de magistrales exécutions.

Souvent il lui faut répondre d'un mot; mais ce mot grave sur le front de plus d'un une marque vengeresse : exemple, sur le front de ce vieux politicien vantard rappelant tous les services qu'il n'a pas rendus et dont *“ tout le monde se souvient de n'avoir jamais entendu parler ”, — sur celui de la Guéronnière, “ qui passe en se faisant du bien ”, — sur celui des femmes auteurs de romans corrupceurs: “ 11 me semble que si ma femme signait de tels livres, j'avrais quelque scrupule à signer ses enfants ”, — sur celui d’un noble dégénéré, qui lui reproche avec dédain son origine roturière : “ Je suis monté d'un tonnelier; de qui descendez-vous ? ”

Passe, a-t-cn souvent répété, pour le courage et l'esprit: il en était merveilleusement doué. Mais on n'est pas catholique tant qu’il manque cet autre élément essentiel, la charité. Or, Veuillot est la personnification de l'être qui n’en a pas.

Si, par charité, on entend cette indulgence fade, toujours prête à sacrifier des lambeaux de vérité, sous prétexte d'amorcer l'erreur, à tendre une main humiliée à d’irréconciliables mécréants, à verser sur le bandit des larmes qu'elle refuse à ses victimes, c'est vrai, Veuillot en est totalement dépourvu.

A ces indulgents-là, il déclare franchement : “ Ce n'est pas la religion que vous rer:dez aimable, ce sont vos personnes, et la peur de cesser d’être aimables finit par vous ôter le courage d'être vrais. ” Mais s’il s’agit de la vraie charité, qui s’oubiie et se sacrifie, qui sauve les victimes, dût-elle pour cela tuer le bandit, Veuillot en est tout pénétré. Il en vit. C’est d'elle que naissent ses colères généreuses; ses haines, on l’a bien dit, ne sont que l’envers de l'amour.

Pour le bien juger, sous ce rapport, il faut se souvenir qu’il eut deux catégories bien distinctes d’adversaires: celle des ennemis de Dieu et de l'Eglise et, par ce fait, ses ennemis naturels à lui; et celle des catholiques, qui, aimant l'Eglise comme lui, voulurent la servir autrement.

Avec les premiers, nous sommes à l'aise. Jamais il ne les a haïs. “ Je les défie, disait-il, de faire entrer en moi la haine; j'ai sur ce point une sorte d'incapacité qui me rassure.” C’est une immense pitié qu’il ressent pour eux. Et il le prouve en flagellant leur sottise, leur style, leur impiété et leurs mensonges, Comment pouvait-il les secourir autrement ?

Quand on lui dit: “ Vous les irritez! ” — “ Quel moyen de ne pas irriter des gens que nous offensons en faisant le signe de la croix? ” Aussi bien, quels égards devait-il, je le demande, à de pareils ennemis? J:i que sont ces violences cr parées aux injures brutales dont ils ne cessaient d’accabler l'Eglise de Jésus-Christ? “ Mci, s'écrie-t-il, chrétien, catholique de France, venu en France comrmie les chênes et enraciné comme eux; moi, fils de la sueur qui arrose la vigne et le lé, fils de la race qui n’a ce +é de donner des laboureurs, des soldats et des prêtres, sans rien demander que le travail, l’Eu- Charistie et le sommeil à l'ombre de la croix; moi, enfin, fidèle à tonte la tradition et à tout le coeur & ma vieille patrie «eine de bonne fierté et de bonne gloire, voici mon intolérable affrount qui me fait rougir, non plus à la joue, mais dans l'âme: je ‘ 1is constitué, déconstitué, reconstitué, gouverné,

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régi, taillé par des vagabonds d'esprit et de moeurs qui ne sont ni chrétier 1, ni catholiques, c'est-à-dire par le fait, qui ne sont Pas français, n'ayant rie. du culte de la patrie. Ces gens-là sont venus des pays d'hérésie, des juiveries vivantes, de lieux pires encore, des cavernes et des tours maudites où le nom de Jésus-Christ n’est pas connu. Les uns n’ont pas reçu le baptême, les autres l'ont gratté de leur front. Renégats ou étrangers, ils n’ont ni ma foi, ni ma prière, ni mes souvenirs, ni mes attentes. Mon âme n'espère pas avec eux, leurs coeurs ne battent pas avec mon coeur: en quoi sont-ils donc mes concitoyens? Ou ils ne sont pas français, ou je ne le suis plus. Or, ils me gouvernent, ils sont mes maîtres, ils ont le pied et la main Sur ma vie, ils me font sentir l'insolence de leur domination jusque dans cette église, le sanctuaire de la patrie, où ils n'entrent jamais. Sur le seuil, ils insultent mon prêtre: ils viendront l'insulter jusqu'à l'autel, ils viendront l'arracher de l'autel quand il leur plaira... Quand je dis que je suis trompé, je m'abuse, je ne suis pas trompé, je suis conquis. Je suis sujet de l'hérétique, du juif, de l'athée et d'un composé de toutes ces espèces qui n'est pas loin de ressembler à la brute. Est-ce que cela durera toujours? ” Voilà, j'y consens, des paroles amères ; mais qui donc connaît les scènes et l’époque qu’elles peignent et trouvera qu'elles exagèrent la réalité?

Au surplus, est-ce bien à nous, qui, depuis quarante ans, avons assisté jour par jour à l'exécution des desseins sournois d'alors, et qui voyons combien sont justifiées les prévisions de Louis Veuillot, de diminuer sa gloire et notre reconnaissance en nous rabattant sans cesse sur ses duretés de langage? Quoi! un citoyen est opprimé dans ses droits, un chrétien honni dans sa foi, un patriote bafoné dans sa patrie, un fils souffleté dans sa mère, et nous, incapables de pénétrer dans ses sentiments pour les éprouver, pour étouffer et éclater avec lui, nous trouverions seulement qu’il a le verbe un peu haut et manque de charité? Eh bien, non! Quand des malfaiteurs

me saisissent, m'insultent et m'étranglent, si un homme de coeur sans calculer le danger, à ses risques et périls, vole à mon secours, on ne me fera jamais Jui dire, si rude qu'ait été sa poigne pour me sauver, et si solides, le bras et le poing qui ont étendu là mes agresseurs, on ne me fera jamais dire, avec des pudeurs de vierge ingrate: ‘* Monsieur, vous avez manqué de délicatesse ”

Vis-à-vis de l'autre catégorie de ses adversaires, l'attitude du rédacteur de l'Univers ne se juge pas si aisément, Plusieurs étaient des catholiques sincères, même des membres

minents de clergé, Une vieille amitié les avait unis à Veuillot; tous avaient combattu à ses côtés pour la même cause. Leurs bonnes intentions méritaient plus de mesure, Je crois concéder là tout ce que concède l'histoire, — et l'histoire est maintenant écrite, écrite et scellée par le bref de Pie X, Il s'est toujours cependant souvenu de leur dignité. — *“ Je l'ai oublié une fois, avoue:t-il, et j'ai eu tort. ” En tout cas, pour se prononcer équitablement, dans ces divisions malheureuses du parti catholique, il faut se souvenir: 10 qu'il a toujours combattu avec on pour les évêques et les religieux les plus illustres de France; 20 que, pour le fond des questions, la suite des événements et l'autorité suprême iui ont donné raison; 30 qu'il n'a pas dépassé, pour la forme, qu'il n'a pas même égalé, la violence dont on a usé à son égard.

Le Saint-Siège a-t-il jamais, je ne dis pas condamné, mais désapprouvé une seule de sex oeuvres? Y a-t-il une censure de Rome attachée à une des luttes nombreuses entreprises par lui: dans la question des classiques, par exempie? dans celle de la liturgie et du gallicanisme? dans la question romaine et celle de l'infaillibilité? dans l'affaire Montara? même dans la loi d'enseignement de 1850, dont le pape demanäa seulement qu'on en tirât tout le parti possible, malgré ses dangers et son insuffisance? Parmi ses adversaires d'alors, lequel pourrait revendiquer les mêmes approbations et les mêmes vic-

toires définitives? Lequel a jamais mérité les encouragements répétés du pape, les mêmes caresses de sa main bénissante, et s'est entendu dire, comme Veuillot, par Pie IX : “ Vous avez toujours été dans la bonne voie; vous n'en sortirez pas ”.

Enfin,pour la forme du moins, sinon pour le fond, l'Unirers a été blâmé par Pie IX ? Publiquement, oui, une fois, le 13 avril 1872. Et le rédacteur reçut ce blâme comme une bénédiction, une bénédiction, il est vrai, “ qui entrait chez lui en cassant les vitres”. Le blâme porte de part et d'autre, Le Saint-Père disait en parlant de la France: “ I! yaun parti qui redoute trop l'influence du pape ; ce parti, pourtant, devrait reconnaître que sans humilité aucun parti ne gouverne selon la justice. Il y a un autre parti, opposé à celui-ci, lequel oublie totalement les lois de la charité, et sans la charité on ne peut être vraiment catholique. ” Avez-vous observé cor on ne s'occupe guère de la première moitié du blâme de Pie IX? Il touche pourtant au fond même de l'orthodoxie des adversaires. Avez-vous trouvé quelque part un acte de soumission, d'humilité, devant cette censure? Par contre, comme on appuie sur l'autre moitié, comme on y revient avec complaisance! C’est elle, en vérité, et elle seule, qui a mérité de passer à l'histoire. Un orgueil qui redoute trop l'influence du pape et qui ne saurait gouverner avec justice, quelle importance cela peut-il avoir? et en quoi cela dépare-t-il la beauté des amants, charitables et faillibilistes, de la liberté? Au contraire, quel coup! et comment vivre, comment survivre, commeut paraître et ne pas se considérer comme “ je fléau de la religicr ” quand on s’est entendu dire: “Il y a un autre parts?

“Nous sommes des enfants d’obéissance”, écrit tout de suite Louis Veuillot, avant même d'apprendre, comme il le sut plus tard, qu'il n'avait pas perdu un seul instant la confiance de Pie IX. Il explique lui-même dans une lettre à Cha-lotte de Grammont — et c'est un des documents qui renéent précieux

ce dernier volume de la Correspondance — l'impression qu’il éprouva d’abord: “ J’ai tout de même passé un mauvais moment, parce que la vue de mon indignité ne me fut point nette. En général, je ne commence pas par le bon mouvement. J’ai eu envie de m’abandonner à l’obéissance fière, c'est-à-dire de m'en aller par la brèche, en me taisant tout haut, en me disant tout bas: Que Moïse s'arrange comme il pourra! J’ai sucé ce réglisse pendant une heure et je l'ai trouvé très savoureux. Mais, Dieu merci, j'ai aperçu à temps que c'était bête et qu'il ne me convenait pas du tout de regarder en haut avec cet air d'archange culbuté... Je crois — bien juste — que j'ai manqué de modération dans la forme et de patience dans la répression; je n'ai pas manqué d'amour et mon métier est

un métier d'amoureux: j'ai aimé ceux que j'ai battus.

Telle a été en toutes circonstances l'obéissance de Veuillot; et l'obéissance, on le sait, est la pierre de touche de la vraie charité, Il comprenait son rôle de simple soldat dans la milice chrétienne et, malgré ses convictions profondes, il était prêt à changer de tactique, même à rentrer sous sa tente, sur le moindre signe de l'autorité. Une seule phrase lui a suffi pour peindre sa soumission: ‘# Nous oserions mettre le Saint-Siège au défi de ne pas nous trouver d'accord vers lui”.

Plus humble et plus aimante encore est son obéissance quand la volonté äe Dieu se manifeste directement par l'épreuve. J'ose dire, après un libre-penseur, qu'aux heures douloureuses il y eut chez lui de la sainteté, Ceux-là le connaissent mal qui n'ont pas reçu, par ses écrits intimes ou par les souvenirs personnels de ses amis—ceux de M. Eugène Tavernier, par exemple—la révélation de ses deuils, de sa résignation chrétienne, de ses trésors d'amour et de bonté.

Son ménage fut béni, heureux d'abord, comme il était chrétien, Rien de plus tendre que son amour pour sa femme, celle qu'il nommait partout sa chère Mathilde, Une fois, passant quelques jours de repos loin d'elle, au bord de la mer,

il vit entrer dans la petite église où il priait et s'agenouiller à l’autel pour les relevailles, une femme de matelot, tenant un enfant dans ses bras : “ Mon coeur, écrit-il à sa femme, n’a pu résister à ce spectacle qui te représentait à moi si vivement. J’ai caché ma tête dans mes mains et je me suis mis à pleurer.” Il allait pleurer bien plus encore désormais. Ecoutezle: “ J'ai été marié à une charmante et angélique créature que j'ai perdue au bout de huit ans. J'ai eu six enfants, il ne m'en reste que deux; j'en ai vu mourir trois en quarante jours. Ces terribles coups ont mis mon coeur pour jamais à l’abri des blessures que peuvent faire les ennemis politiques et littéraires, et ceux qui croient me déchirer perdent leur temps: ils frappent un cadavre. ” Devant ces cercueils accumulés, il envie presque une mère gémissant sur son foyer sans berceau : “ Je ne vous plains plus de n'avoir pas d’enfants ”. Sept ans après la mort de sa chère Mathilde, il envoyait un jour une lettre à sa belle-soeur, et comme il écrivait l'adresse “ Madame Veuillot ”, il éclata tout à coup en larmes, au souvenir de celle qu'évoquait ce nom.

Après la naissance de sa première fille, il disait à un ami: ‘“ J'aimerais mieux pour mon enfant la mort qu’un péché, et je serais prêt à murmurer, je le crains, s’il lui arrivait un rhume. ” Il arriva à l’enfant plus qu’un rhume, et le père ne murmura pas. La mort la prit, puis sa soeur Gertrude, puis Madeleine, ne laissant au foyer et au coeur dévastés du père que les deux petites, Agnès et Luce. Il lui sembla que tout était fini et qu’il n'avait plus de famille. Après avoir conduit la troisième au cimetière, il fait cette confidence : “ J'ai fait ouvrir le tombeau de sa mère, et je l’ai déposée à la place que j'avais réservée pour moi. C'était tout ce que je possédais de terre en ce monde. Maintenant, je n’ai plus rien, je ne veux rien acquérir, je mourtai sans posséder un tombeau. ” Cependant ses yeux se lèvent vers le ciel pleins de résignation. “ Je ne suis pas écrasé, je suis à genoux ”, ré-

pond-il à une parole de sympathie. Il ajoute ailleurs cette prière si profondément chrétienne—je n’en sache guère ni de plus simple, ni de plus grande : “ Que Dieu veuille accroitre ma force et qu'il me laisse ma douleur! ”

Dieu qui savait de quelle force il l’avait doué, lui laissa sa douleur. Elle dura toujours. Même aux heures de joie, elle revint toute vive. Ecoutez-le raconter à Mme de Pitray la première communion d'Agnès, à laquelle il assistait avec sa soeur Elise, dans la chapelle des Oiseaux. “ Je pensai à tout ce que j'ai pris et laissé sur la route... Ces tombeaux, cette mère et ces enfants qui n'étaient pas là! Sur le visage grave d’Elise, je lisais les mêmes pensées : elle murmurait intérieurement des noms toujours présents entre nous, et que nous ne prononçons jamais, afin de nous épargner mutuellement des larmes. Agnès parut en ce moment dans les voiles et sous la couronne que nous donnons en esprit à nos arges. Elle était pâle et ses voiles nous rappelaient aussi des linceuls. Nous baissâmes la tête en même temps. Ne ne plaignez pas: ces linceuls furent aussi des voiles de première communion. Je le sentis par une douceur de Dieu. Une vision naquit dans mon coeur. Je vis... la mère et les enfants assister à la fête... J'embrassai Agnès avec respect, me recommandant à Dieu, présent dans le coeur de mon enfant. Ah! v'aiment, chère amie, nous ne sommes pas peu de chose, nous autres chrétiens ! ”

En dépit de ses deuils, Louis Veuillot continua d'aimer, de lutter, de prier, de donner. Après le mariage d’Agnès au général Pierror, Luce, l'unique enfant qui lui restait, “ le fruit le plus cher de sa tendresse ”, lui dit adieu et entra au monastère des Visitandines. Il se trouva tellement isolé dans le monde que, écrivant un peu plus tard à la novice, il datait sa lettre “ d’un lieu quelconque de notre exil, un jour quelcorque de notre existence ”. “ Rien ne me fait plus de peine, confiait-il, et plus de joie que ta résolution... Adieu,

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mon ancienne fille Luce, toujours aimée, ma noble fiancée de Jésus, très respectée, si supérieure à moi. Tu étais petite et j'étais grand, à présent tu es grande et moi petit...” Puis,il glisse un sourire à travers son émotion : “ Quelle grande dame est devenue ce chiffon de Lulu! Elle sera dans le cortège de l’Agneau... Elle est Marie-Luce, mais elle a été Luce Veuillot. Elle s'en souviendra aussi longtemps que le roi du ciel se souviendra d'avoir été Jésus de Nazareth. Adieu, mon enfant, prie Dieu de me donner plus d'amour pour lui. Pour toi, j'ai ce qu'il faut. Plus, tu ne voudrais pas. ” Plus d’un père se serait jiaint d'une vocation qui le laissait seul dans sa maison. Lui, non. Aussi bien, il faut l'avouer, il aurait eu mauvaise grâce à se plaindre, après avoir fait naître et encouragé tant d'autres vocations religieuses. Je ne sache rien de plus touchant que cette jeune et charmante Antoinette de Guitaut — vingt ans, très jolie, du vieux sang de la vieille France — qui passe par Paris, pour serrer la main à Louis Veuillot et le remercier de sa vocation, avant d'entrer chez les L’etites Soeurs des Pauvres.

Terminons. L'infatigable lutteur est devenu vieux. Cinquante-cinq ans de labeur sans trève auraient suffi à ruiner la santé la plus robuste,

Ses yeux, qui l’ont toujours fait souffrir, lui permettent à grand'peine de lire. Les infirmités l’assiègent, ce qui ne l'empêche de répéter : “ Que Dieu soit béni! ” et d'écrire en plaisantant à Charlotte de Grammont : “ Pour moi, je voudrais plier, mais je crie, je craque et je me sens tomber par terre. ” Il désirerait travailler encore, et il ne le peut plus. A Eugène partant pour la besogne quotidienne du bureau et qui lui dit: “ Je m’en vais au journal. ” — “Ah! oui, tu vas au journal, toi, moi je n’y vais plus. ” Il y a dans cette parole le sanglot étouffé du vieux chevalier qui voit partir pour la guerre sainte ses compagnons d'armes et que les blessures et le poids des ans retiennent au foyer. Son âme et sa pensée

combattent encore, mais sa main défaille; elle laisse tomber cette plume “ qui ne l'a pas toujours trahi ”, et qu'il veut avoir pour compagne à son côté, dans le sommeil du cercueil:

Placez à mon côté ma plume,

Sur mon front, le Christ, mon orgueil, Sous mes pieds, mettez ce volume,

Et clouez en paix le cercueil......

“&i l'on n'avait rien à faire, écrit-il encore une fois à Agnès, ce ne serait pas la peine de regretter d'être faible. Mais qu'ai-je tant à faire maintenant que j'ai écrit une centaine de volumes? Tu es heureuse, tu seras fidèle à Dieu : que mes yeux se ferment, ils ont assez vu le monde. ”

Oui, qu'ils se ferment pour le repos, dans la gloire tranquille. Le monde, lui, ne cessera plus de le voir, de voir et d'adiuirer son oeuvre, d’être guidé par elle. Tant qu’il y aura, dans le monde, des croyants en recherche d’un idéal, ils lèveront les yeux vers ce catholicisme intégral, fait de foi simple, courageuse, aimante et soumise, vers cette vie publique et privée, comme vers un grand livre ouvert,où tout est à lire et rien à cacher. Tant qu’il y aura des ennemis de l'Eglise, Veuillot jouira de cette autre caresse de la gloire d’être haï comme elle, parce qu’il l’a aimée et défendue comr. . Sa mère. Tant qu’il y aura dans le monde des âmes justes, libres de tous préjugés, elles reconnaîtront dans ce pamphlétaire passionné l’homme le plus doux, sous cette cuirasse du rude soldat un coeur tendre et bon, dans cet intransigeant de la vérité un amour qui pardonne et toujours donne même à ses ennemis, par-dessus tout, réunissant toutes ces qualités d’une belle âme pour en faire l'harmonie parfaite, la foi inébranlable du catholique, qui a cru et qui voit.

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