‹ Louis XI et Charles le TéméraireChapitre 15 sur 76 · I06 K LOUIS XI · texte numérisé non relu

I06 K LOUIS XI

sa justice sur les Saint-Pol, sur les Nemours et autres était bien méritée.

Comines nous a laissé un tableau admirable des derniers moments de Louis XI, de ses défiances (très-légitimes,

5 il était entouré de ceux qui, moins d*un an après sa mort, firent le procès à sa mémoire). Il a peint à merveille les superstitions du mourant, ses efforts désespérés pour se retenir à la vie. Il ne faut pourtant pas croire trop à la légère les anecdotes que les Brantôme et autres ont bro-

10 dées sur ce fond. L'homme fut faible à ses derniers moments, mais nullement le roi. ' Tout superstitieux qu'il était, il ne donna guère de prise aux prêtres, qui ne demandaient pas mieux que de profiter de son affaiblissement Son évêque, celui de Tours, près duquel il vivait, et dont il

15 avait demandé les prières, en prit occasion pour le conseiller, lui dire qu'il devrait alléger les taxes, et surtout amender tant de choses qu'il avait faites contre les évêques. Il en avait, il est vrai, tenu en prison trois ou quatre, Balue, entre autres; de plus, arrêté le légat à Lyon. Le roi ré-

20 pondit que pour parler ainsi, il fallait être bien ignorant des affaires, n'en pas connaître les nécessités, ou plutôt être ennemi du roi et du royaume, vouloir le perdre. Il dicta une lettre au chancelier, forte et sévère, le chargea de réprimander vertement l'évêque et de '* faire justice." Le

25 chancelier fit la semonce, et rappela au prélat que le roi était sacré, tout aussi bien que les évêques, et sacré de la sainte ampoule qui venait du ciel.

Mort peu âgé, six ans après son ennemi, il ne put soulager le peuple comme il le voulait (selon Comines).

30 La vie lui manqua pour accomplir les choses utiles qu'il méditait, la traduction et l'amélioration des coutumes, la simplification de la justice, l'uniformité de poids et mesures, etc.

ET CHARLES LE TÉMÉRAIRE. lU. lO/

Eût-il, avec le temps, repris les profondes réformes qu'il avait si audacieusement hasardées au commencement de son règne? j'en doute. Il était devenu lent et prudent, il se souvenait trop de ce que ces tentatives lui avaient coûté. Vieilli de ruses, de machiavélisme, il n*avait plus cette S volonté âpre de justice absolue qui marqua ses premières années. La grande féodalité était détruite. La tyrannie des nobles qu'il eût voulu détruire, celle de la grosse bourgeoisie des éluSf l'accumulation monstrueuse des biens de FÉglise, tous ces abus sur lesquels il avait mis une main si lo violente à son avènement, restèrent pour préparer les révolutions du seizième siècle.

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