L. XL
tous, le seul jeune, le seul fort Tout languissait autour de lui, ou mourait, mourait à son profit.
Dans Téclipse des anciennes puissances, du pape et de Tempereur, il y eut un roi, le roi de France. Il prit deux
5 provinces d'empire, la Comté, la Provence, et il les garda. Il faillit faire juger le pape. Le violent Sixte IV, ayant tué Julien de Médicis par la main des Pazzi, jetait une armée sur Florence pour punir le frère de Julien d'avoir survécu. Le roi, sans bouger, envoya Comines, arma Milan, et rassura
10 les Florentins dans la première surprise. Il menaça le pape d'un concile qui l'aurait déposé.
La Hongrie,, la Bohême» la Castille ambitionnaient son alliance* Les Vénitiens, à son premier mot, rompirent avec la maison de Bourgogne.. Gênes s'offrit à lui, et il la refusa,
15 voulant garder l'amitié de Milan.
Le vieux roi d'Aragon, Jean II, s'obstina quinze années à vouloir retirer de ses mains le gage du Roussillon. Il mourut à la, peine. Et il eut encore le chagrin de voir la Navarre (l'autre porte des Pyrénées) tomber dans les mêmes
20 mains avec, son petit-fils, que Louis XI tenait par la mère et régente,. Madelein^e de France.
Il avait eu partout un, allié fidèle, actif, infatigable, la mort.... Partout eUe avait mis du zèle à travailler pour lui, en sorte qu'il n'y eut plus de princes au monde que des
25 enfants, et encore peu viables, et que le roi de France se trouva l'universel protecteur, tuteur et gouverneur.
En Savoie, il avait perdu sa sœur (dont il remerciait Dieu), gagné ou chassé les oncles du petit duc. Lui-même, comme oncle et tuteur, il s'était établi à Montmélian, et il
30 avait pris son neveu en France.
A Florence, il protégeait, comme on l'a vu, le jeune Laurent ; il l'avait sau^é. A Milan, la faible veuve. Bonne, n'était régente que par lui; par lui seul, elle.se rassurait^
elle et son enfant, contre Tenvahissante Venise, contre Toncle de Tenfant, Ludovic le More.
En Gueldre, aussi bien qu'en Navarre, en Savoie, à Milan, le souverain, c'était un enfant, une femme, et le protecteur Louis XL 5
En Angleterre, Edouard vivait et régnait ; il était entouré d'une belle famille de sept enfants. Et pourtant, la reine tremblait, voyant tout cela si jeune, son mari vieux à quarante ans, qu'un excès de table pouvait emporter. En ce cas, comment protéger le petit roi contre un tel oncle 10 (qui fut Richard III!), sinon par un mariage de France, par la protection du roi de France, qui partout détestait les oncles, protégeait les enfants ?
Tout étant, autour de la France, malade et tremblant à ce point, ceux du dedans n'avaient à compter sur aucun 15 secours. Le mieux pour eux était de rester sages, de ne pas remuer. Quiconque avait cru aux forces extérieures, en avait été dupe. Le Bourguignon appela des troupes italiennes, on a vu avec quel succès. Les Pays-Bas crurent à l'Allemagne, et firent venir Maximilien qui ne put rien 20 leur rendre de ce qu'ils avaient perdu. Quinze ans durant, la Bretagne invoqua l'Angleterre, et n'en tira point de secours.
La féodalité vaincue, muette sous Louis XI, s'est vengée à sa mort, et l'a poursuivi dans l'histoire. Ceux néanmoins 25 qui connaissent bien le quinzième siècle, diront, comme M. de Sismondi, qu'il ne fut pas plus malhonnête homme que les autres princes du temps. Comme eux, il fut rusé, perfide, corrupteur ; mais, si nous en croyons Molinet, son ennemi, peu sanguinaire^ évitant dans la guerre autant qu'il 30 le put, l'eâfusion du sang. Trahi de ses serviteurs, de ceux même pour qui il avait fait des choses excessives et iniques, il les haït cruellement, les poursuivit à mort Cependant