‹ Louis XI et les VillesChapitre 13 sur 305 · Covizze, op. cit, p. 8 et suiv · texte numérisé non relu

Covizze, op. cit, p. 8 et suiv

2. Dansin, Histoire du gouvernement de la France pendant le règne de Charles VII. Paris, 1858, p. 379,

plus efficacement à ses dépenses : en 1419, Tours se résout à lui donner la somme énorme de 30,000 livres tournois‘. — Devenu rot, souverain d’un royaume occupé par l'étranger, Charles VIT continue la même politique. Dès la mort de Charles VI, Tournai avait envoyé une députation à l’héritier de la couronne, pour faire acte de « vraye et entière subjection et obeissance ». Le roi ne lui ménage pas ses faveurs et reste avec elle en rapports constants. Dans les plus mauvais jours, en 1422, Verdun réclame la protection du roi de Bourges. En 1427, la ville de Montargis, par son énergique résistance, a inauguré les succès des Français contre les Anglais? : elle est déclarée ville d’arrèt, ainsi que les autres cités qui, comme Orléans et Melun, se sont distinguées par leurs services militaires. Charles VIT octroie une infinité d’autres privilèges aux villes ; il entretient avec Lyon d’intimes et incessantes relations. Il protège non seulement les municipalités, mais encore les orand

nombre de lettres de sauvegarde, qui ont pour objet de les

individus : à ses sujets « sans moyen », il accorde un

défendre contre toute attaque et toute violence*.

Dans la suite, les villes montrent toujours au roi le plus inaltérable dévouement; Lyon fournit sans cesse de l’argent, des munitions, des vivres, des armes; Reims envoie au siège de Montereau des hommes, qui font loyalement leur devoir. Charles VIT, devenu le maître incontesté de tout le royaume, fait toujours part à ses fidèles bourgeois de tous les événements politiques, recoit les députations qui lui apportent leurs doléances et leurs requêtes. Aux villes

4. Du Fresne pe Beauvcourt, Histoire de Charles VII, t. 1 (Paris, 1880), p. 380 et suiv.

2. Le roi le déclare lui-même : « moyennant le fruit qui s'en estoit suivi, avoit esté le commencement en cas pareil de nostre premier bien et bonheur à l'encontre de nos ennemis ».

3. Du FResne pe Beaucourr, op. cüt., t. II (Paris, 1882), p. 607 et suiv,

qui rentrent sous son obéissance, 1l accorde libéralement le pardon et de beaux privilèges". Néanmoins la politique de ce roi si habile manque parfois de souplésse : il garde rancune à Bordeaux et à Bayonne de leur fidélité à l’Angleterre ; Bayonne est la plus mal traitée : dès septembre 1451, elle perd toute existence politique*.

Souvent Charles VII conserve aux constitutions urbaines leur caractère originel; il confirme beaucoup de chartes de communes. Mais il ne néglige aucune occasion d’intervenir dans le gouvernement intérieur des villes; et l’on voit bien que l'indépendance municipale n’est guère de son goût *. Dans certaines régions, notamment dans la France centrale, des Etats s'étaient conservés, ce qui assurait aux villes une sérieuse protection ; mais, à partir de 1451, Charles VII, dont les besoins d'argent diminuent, ne convoque plus que rarement les Etats, ce qui contribue à accentuer le despotisme royal*.

Plus activement qu'aucun de ses prédécesseurs, Charles VIT tente d'améliorer la situation matérielle des villes. Non seulement les guerres avaient entravé le commerce ; mais le nombre des péages royaux avait doublé. Aussi les foires sont-elles abandonnées ; les étrangers ne viennent plus en France. Dès le début de son règne, Charles VIT s'occupe des foires ; par lettres du 9 février 1420, il en accorde deux à Lyon. Mais ces premiers essais n’ont qu’un faible résultat : en 1421, sévit encore une terrible disette.

1. Du FResxe pe Braucourr, 0p. cit.,t. III, p. 459 et suiv., et p.479 et suiv. — Charles VIT accorde souvent aux bourgeois le droit d'acquérir des fiefs et arrière-fiefs, sans payer aucun impôt (Ord., XII, 233).

2. Le roi s'arroge le pouvoir de nommer le maire et de le révoquer à sa volonté (Grry, op. cut., p. 135).

où Beauvais perd ses principaux privilèges politiques vers 1430 (LABANDE, op. cit., p. 72).

&. CF. A. Tomas, Les Etats provinciaux de la France Centrale sous Charles VII, Paris, 1879,

to

Le roi prend donc des mesures pour garantir la sécurité des transactions : 1l donne des lettres de sauvegarde aux marchands ; il supprime les péages qui obstruent la navigation fluviale ; en 144%, il abolit tous les nouveaux impôts qui ont été établis « sur les rivières des pays de France, de Champagne et de Brie » ; il accorde de nombreux privilèges aux marchands «fréquentant la rivière de Loire », et aux commerçants de Troyes, qui, en 1429, obtiennent une hanse. Jusqu'à la paix d'Arras, les marchands restent en butte aux violences des gens de guerre. Mais avec la paix, la situation change: en 1444, les foires du Lendit sont rétablies; en 1445, celles de Champagne. Lyon obtient trois foires franches de vingt jours; les marchandises, qu'on y vend, sont affranchies de l'impôt de 12 deniers pour livre. Enfin Charles VIT encourage le grand commerce maritime : Granville, Aigues-Mortes reçoivent d'importants privilèges ; Bordeaux, malgré sa défection de 1452, recouvre en 1454 ses immunités traditionnelles. Enfin, grâce à Jacques Cœur, le commerce extérieur devient prospère ; dans le Levant, les Français commencent à prendre le pas sur les Vénitiens, les Génois, les Barceloniens'. Charles VII conclut des traités de commerce avec un grand nombre de nations étrangères et s'efforce d'assurer une protection efficace aux Français, qui trafiquent à l'étranger”. Il veille encore sur l’industrie : il confirme les anciens statuts des corps de métiers et en établit de nouveaux ; il leur accorde des immunités d'impôts et toutes sortes de privilèges. C’est une façon de réparer

1. Selon Thomas Basin, Jacques Cœur fut le premier à faire le grand commerce du Levant, « car auparavant et depuis fort longtemps ce commerce se faisait par l'intermédiaire d'autres nations, notamment des Vénitiens, des Génois, des Barceloniens ». Cf. Pierre CLÉMExr, Jacques Cœur et Charles VII. Paris, 1863.

2. Avec les rois de Castille, d'Aragon, de Danemarck, on conclut des traités, dans lesquels on stipule la liberté réciproque du commerce

(Dawsin, op. cit., p. 360).

les désastres de la guerre et d'accroître la prospérité de la bourgeoisie”.

On s'explique aisément que beaucoup de commerçants et même d'artisans commencent à s'enrichir. On a calculé que les gros marchands de Reims avaient, en moyenne, un revenu de 4,500 livres tournois, ce qui équivaut à 45,000 francs de notre monnaie ; les pelletiers, épiciers, drapiers gagnaient deux ou trois centsdivres, c’est-à-dire de 6,000 à 9,000 francs; les simples compagnons pouvaient vivre fort à l'aise. Toutefois, il convient de reconnaître que beaucoup d'ouvriers sont, à chaque instant, réduits au chômage ; dans les villes, on trouve un nombre incroyable de mendiants et de gens démoralisés?.

Malgré tous les efforts de Charles VIT, la situation des villes, à la fin du règne, n’est point très florissante. Bayonne est désolée par les guerres ; les habitants sont réduits à la misère; les maisons tombent en ruine”. La ville de Tours, qui a été souvent inquiétée par les hommes d'armes, et où la peste a sévi en 1459 et 1460, a perdu la plus grande partie de ses habitants*. À Angoulème, la population a diminué de moitié : Louis XI le reconnait lui-mème, en sep-

1. Cf. PiGeoNNEAU, Histoire du commerce de la France, t. I (Paris, 1885), p. 361 et suiv.; Du Fresne DE Beaucourr, op. cit., t. I, p. 380 et suiv., t. IT, p. 640 et suiv., t. III, p. 483 et suiv.; et LEVASSEUR, op. cit, t. I, p. 431 et suiv.

2. Levasseur, op. cüt., t. Ï, p. 565 et suiv. — En 1454, les magistrats de Reims constatent avec tristesse que beaucoup d'hommes valides, habitués de longue date à l’oisiveté, ne consentent plus à se remettre au travail.

3. Ord. XV, p. 469. — Cf. Bibl. Nat. Ms. fr. n° 20489, fo 91; dans cette pièce l'on énumère les diverses charges de la ville.

k. Cf. Girauver, Aistoire de la ville de Tours, Tours, 1873, t. I, p. 204 et suiv.

tembre 1461, et il attribue cette ruine aux charges terribles que la guerre et les impôts font peser sur les habitants : on ne trouve plus de quoi vivre; on est contraint à l’exil!. Villefranche de Périgord avait été détruite et inhabitée pendant une dizaine d'années ?. Les ports et les villes voisines de la frontière ont été particulièrement éprouvés”: le maire et les échevins de Doullens déclarent que bien des habitants, pour se soustraire aux charges écrasantes de la guerre, ont dû quitter le royaume“; Tournai, dont la fidélité ne s'était jamais démentie, avait vendu pour 24,000 livres de rente et se trouvait dans la situation la plus critique”. — Louis XI, au moment de son sacre, constate luimême la misère de son royaume, et la compare à la richesse des pays qui font partie du domaine de Bourgogne; il promet à ses sujets de remédier à cet état de choses, de diminuer les charges qui accablent le peuple*.

Les Capétiens, qui se sont toujours montrés hostiles à l'indépendance communale, dès le xiv° siècle disposent en maitres des gouvernements municipaux; mais ils favorisent de plus en plus les progrès de la bourgeoisie. Charles VII met en usage des procédés nouveaux: 1} transforme, pour

1. Ord., XV, p. 27. Il en est de même à Orléans (ibid., p. 102), à Condom (zbrid., p. 240), etc.

D Onde XNI' p.413:

3. Dieppe a été désolée et dépeuplée pendant les guerres des Anglais (Ord., XVI, p. 81-84).

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