LABANDE, op. cit., p
3. Cf. Lrvasseur, Histoire des classes ouvrières en France. Paris, 1859, t. I, p. 517 et suiv.
&. Cf. À. Covizze, Les Cabochiens et l'Ordonnance de 1413. Paris, 1888, p. 87 et suiv.
bitude de faire contribuer les privilégiés aux charges communales".
Mais quels sont, à cette époque, les éléments qui constituent la population urbaine ? Il est facile de distinguer deux catégories d'habitants : la haute bourgeoisie et la classe, que les contemporains désignent sous le nom de « menu peuple ». Tandis que les gens des métiers, masse mobile et sans consistance, se trouvent toujours prèts aux révoltes, les officiers royaux et les riches marchands, qui composent la haute bourgeoisie, respectent l’ordre établi et se montrent réfractaires à toute aspiration démocratique : on dirait la pépinière d’une noblesse future. Ces bourgeois, dont un bon nombre a été enrichi par les prodigalités royales, et qui vivent la plupart comme de grands seigneurs?, restent très fidèles au roi et s'efforcent d’enrayer les émeutes populaires : après la Journée des Maillets, ne font-ils pas dire à Charles VI « comme les plus grands de la ville et principaux en estoient courroucés et desplaisans, et que ce qui avoit esté fait estoit par mechantes gens de bas estatl® »? — D'ailleurs, cette aristocratie domine de plus en plus le gouvernement des villes. À Poitiers, au xur° siècle, tous les citoyens nommaient leurs maires, leurs échevins, leurs jurés ; tous les habitants étaient éligibles. Or, dès le xrv° siècle, ils cessent d’être électeurs : peu à peu, sans modification officielle et par des transformations insensibles, tout le pouvoir passe au corps fermé du patriciat bourgeois*.
1. LABAnDEe, op. cit, p. 80. — A Angoulême et à Saint-Jean d'Angély, Charles V autorise le corps de ville à faire contribuer les gens d'église aux charges communes (G1Ry, op. cit., p. 825).
2. Sous Charles VII, Jacques Cœur scandalise la cour par son faste : il achète de tous côtés des terres, des châtellenies tout entières (cf. Du Fresxe DE Braucourr, Le proces de Jacques Cœur, dans la Revue des Questions historiques, année 1890, p. 433 et suiv.)
3. Cf. Covize, op. cët., p. 87 et suiv., et Leroux pe Lincy, Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles. Paris, 1867, p. 319 et suiv.
&. Giry, op. cit., p. #10.
Partout se reproduit le même phénomène. Il est donc aisé de deviner quelle sera l'orientation de la politique royale à l'égard des villes : elle soutiendra la haute bourgeoisie et trouvera en elle son plus ferme appui.
Les bourgeois désirent avec ardeur le rétablissement de l'ordre et de la paix. Sous Charles VI, les ravages exercés par les bandes armées avaient été effroyables : à Breteuil, déclare le roi, « nulz de nos subgez n’osent demourer en ladicte ville pour la paour de noz diz ennemis qui pillent, tuent, volent et rançonnent nozdiz subgez hommes, femmes et enfans ». Toutes les villes sont ruinées et dépeuplées”. Tandis qu’en Flandre l’opulence règne partout, en France, on n’ensemence plus les terres ; les bruyères commencent de nouveau à couvrir les terroirs défrichés depuis des siècles?. Il est naturel que les villes soutiennent le pouvoir royal ; un souverain puissant, capable de fonder un gouvernement régulier, n'est-ce pas l'idéal pour ces bourgeois, qu'ont ruinés si souvent les désastres des guerres étrangères et intestines ?
Eve
Aussi le Dauphin Charles comprend-il qu'il doit avant tout rechercher l'appui des villes: dès juin 1418, ül s'adresse à elles et les exhorte à lui rester fidèles. Avec les bourgeois, il entretient une correspondance active; il leur notifie toutes ses affaires et recoit sans cesse leurs messages. [l exempte beaucoup de villes des aides, et jamais il ne ménage son pardon : à Tours et à Nîmes, où des émeutes avaient éclaté, il ne tarde pas à rétablir le régime municipal. Ce sont les villes, en effet, qui contribuent le