Ibid., 6987, fos 169 et suiv
maître, parce qu'il serait un trop faible protecteur : « Toute sa puissance, déclarent-ils, ne seroit que pour garder une telle ville comme Espinal. » Ils comprennent l'intérêt que les bourgeois peuvent avoir, dès cette époque, à faire partie d’un grand État : telle est la raison dernière de leur fidélité, de leur inaltérable dévouement à Louis XI.
Aussi arrive-t-1l que des villes, qui n’appartiennent au roi qu'en vertu d’un partage, demandent à être réunies intégralement à la couronne. Saint-Sornin de Rouergue nous fournit un exemple caractéristique : un ancien seigneur avait vendu trois parties de la cité à Charles VIT au prix de 2,000 écus d’or ; les habitants avaient toujours ardemment désiré n’avoir d’autre seigneur que le roi: ils contribuèrent donc pour 500 écus d’or à cet achat ; mais la quatrième part reste la propriété de Guillaume de Monestier, qui la vend à Pierre Raimond de Lavernie pour une somme de 1,700 livres tournois. Les habitants s’empressent alors de se rendre à Rodez : ils prient les officiers royaux d'acheter cette dernière part: la ville, déclarent-ils, doit appartenir tout entière au roi ; on lui évitera, de la sorte, bien des mauvais traitements : autrefois, une partie de la cité avait été vendue au comte d’Armagnac ; il en résulta, pour tout le pays, une misère inouïe, Mais les officiers ne se soucient guère de faire cette acquisition : les habitants s'adressent alors au Parlement de Toulouse. Le roi, ajoutent les habigrand profit à cet achat, car la place est
une des plus fortes du Rouergue ; les bourgeois seront
tants, trouvera
fort heureux de n'être soumis qu'à son autorité : « Voz pouvres manans et habitans de ladite seigneurie, écriventils à Louis XI, estant mesmement soubz vous, seront mieulx entretenus ‘. »
Les villes situées aux frontières, exposées à toutes les attaques, ne voient d'autre protecteur que le roi de France : Tournat, pour ne citer qu'un exemple, ne cesse de montrer
1. Pièces justif., n° XII, et Lettres de Louis XI, t. Il, p. 145.
à Louis XI une admirable fidélité. Dès 1463, les habitants lui prêtent 20,000 écus'. En 1464, les magistrats et les notables lui font une magnifique réception : à la porte de Pierrefontaine, une jeune fille paraît dans une « machine » fabriquée pour la circonstance : elle tient entre ses mains un cœur qui s'ouvre au moment où elle approche de Louis XI et laisse voir une grande fleur de lys. Quatre «chefs de la loy » portent. un dais sous lequel s’avance letrois Pendant la crise de 1465, les habitants entretiennent une active correspondance avec le chancelier, l’avertissent de tous les événements qui se produisent dans le pays environnant, le tiennent au courant de tout ce qu’ils ont pu ouir ; ils arrêtent Jacques Basquet, soupconné d’avoir voulu livrer Saint-Quentin aux ennemis du roi, et Osselet Brunin, qui avait déclaré qu’il apporterait la couronne du roi de France pendue à sa ceinture”. Ils font bon guet et bonne garde ;
ils manifestent une sincère Ed lorsqu'ils restent quelque temps sans recevoir des nouvelles de Louis XI et de ses affaires; bien souvent, dans leurs lettres, ils demandent au chancelier de leur parler « de l’estat, santé et disposicion du Roy et de toute son armée* ». — Louis XI, d’ailleurs, se montre reconnaissant : il sait que la possession de Tournai est d’un prix inestimable. Ilaccorde aux habitants de nombreux privilèges. Il ne veut négliger aucune occasion de leur prouver l’intérèt qu’il leur porte ; en 1470, un procès s'était élevé entre les chefs de loy et les officiers du bailliage : il évoque Paffaire en son Conseil, car, dit-il, il a intérêt « à bien entretenir ceux de la ville », qui toujours ont agi avec une parfaite loyauté. Les gens du Parlement mettent peu d’empressement à suivre les ordres du roi :
une seconde lettre, du 24 avril, reste sans réponse. Le