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CHAPITRE II

L. Rachat des villes de la Somme. — If. Leur attitude pendant la Ligue du Bien Public. — IIT. Leur annexion définitive au royaume de France.

Les villes picardes ont appartenu tour à tour au roi de France et au duc de Bourgogne. Par le traité d'Arras, de 1435, Charles VIT les avait cédées au due, mais avec faculté de rachat. Puis il lui avait fallu reconquérir pied à pied son royaume, rétablir partout la paix et l’ordre, réformer l’administration, créer des institutions vraiment royales: par la force même des choses, 1l avait délaissé les villes de la . Somme. Et cependant l'extension du domaine bourguignon sur les frontières du nord menacait l’existence même de

Paris.

Racheter la Picardie: telle est, dès son avènement, la préoccupation constante du roi. — Les ducs de Bourgogne, en habiles politiques, prodiguent leurs faveurs aux villes de la Somme : instruit des projets de Louis XI, Philippe le Bon, en octobre 1462, les affranchit de tout impôt, ce qui, au dire de Jean de Reïlhac, porte gravement atteinte à la politique royale”. Nous n'avons pas à examiner par

4. Me Bertrand de Beauvau écrit au roi : Le dit de Reilhac ma dit que on luy a dit que M. de Bourgogne a remys les impositions et qua-

triemes es pais quil tient en gaige, qui sont meuvant de vostre cou-

quelles intrigues Louis XT, en 1463, décide le due de Bourgogne à consentir au rachat: ce dernier demande 400,000 livres, espérant bien que le roi ne serait pas en mesure de payer une somme aussi forte : il oublie que les bourgeois du domaine sont prêts à tous les sacrifices". — Le rachat effectué, Louis XI s'attache par ses bienfaits les villes qui font retour à la couronne : les Amiénois demandent des garanties, la permission de renouveler la « loi » chaque année, de lever des subsides municipaux, de tenir une foire, qui doit durer huit jours, et, si des excès sont commis par les hommes d'armes, de repousser la force par la force : tous ces privilèges, on les leur octroie*. En octobre 1463, Louis XI envoie aux bourgeois d'Amiens des personnages de marque, Guillaume Juvénal des Ursins, Girault, de Crussol, Guillaume Picart ; le 23 du même mois, 1l convoque pour le 15 novembre les « états » des villes de la Somme ; il leur montre la plus grande sollicitude ; il désire connaître « leurs affaires et disposicions » ; il veut que ses nouveaux sujets « soient gouvernés en bonne police et

ronne ; cy lest ai icy il procede dune grant malise qui vous pourroit tournez a grant inconvenient. » (ne RerLuac, Jean de Reilhac, p. 1381).

1. Le duc espérait peut-être trouver en Louis XI un appui contre son fils : Etienne Chevalier, l'ambassadeur du roi, dira &« a mondit sieur de Bourgogne que le roi a su les entreprises que monsieur de Charolais, son fils, fait a l'encontre de luy, dont il a esté et est fort contristé et qu'il est bien décidé a aider, secourir et favoriser mondit sieur de Bourgogne a l’encontre de monsieur de Charolais, de tout son pouvoir, sans épargner corps ni biens, et que pour voir le due de Bourgogne, il ira avec plaisir jusqu'à Hesdin, si le duc veut bien s'y rendre. » (Leceayx, Histoire de Louis AT, Paris, 1874, t.I, p. 340).

2. Bibl. Nat., francais 20431, fo 13, et Aug. Tnierry, Rec. de monum. inédits, &. IX, pp. 256 et suiv. — Les Amiénois demandent qu'on «leur donne congé de sonner leur cloche, touteffois quil avient que aucuns debas, noises, entreprinses, violences et autres delictz et mallefices sout commis en la dicte ville, et de remettre et pardonner le meffait quy seroit commis, en prendant les délinquans pourveu que ce fust en faisant tant que la forche demourast à la ville et en repellant forche par forche »,

justice ‘ ». Partout on recoit Louis XI et ses ambassadeurs avec la plus vive allégresse : Thomas Basin remarque luimême que les bourgeois, surtout à Amiens et à Abbeville, se réjouissent de redevenir français : ils considèrent le roi comme leur souverain naturel. Aux yeux de Basin, c’est une étonnante aberration. Les villes avaient prospéré, prétend-il, sous la domination bourguignonne ; et maintenant de l’état de liberté elles passent à la servitude. Quoi qu'il en soit, leur fidélité à la cause royale ne se dément pas ?.

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Pendant la Ligue du Bien Public, Louis XI persévère dans sa politique. Dès le 6 mars 1465, il avertit les Amiénois de la fuite du duc dé Berri; il les prie d'arrêter les émissaires, qui s’efforceraient de les attirer dansle parti des princes ; le 9 mars, il envoie en Picardie le chancelier Philippe de Morvilliers, accompagné de Jean Henri et de Pierre Sallat, afin d’exposer aux notables la conduite qu'il se propose tenir”. La situation est critique : il fait aux villes

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