Bibl. Nat., Collection Doat, t. CXXV, p
&. Comrayré, Etudes historiques sur l'Albigeois, le Castrais et l’ancien diocèse de Lavaur, 1841, p. 367 et suiv. — Les habitants de Saint-Jean d'Angély prient le roi de les protéger contre le seigneur de Taillebourg, qui fait fermer la rivière de Voultonne, « qui va audit
As
Les villes féodales sont pour Louis XI d’un précieux secours dans la lutte qu’il soutient sans trève contre les seigneurs indépendants. Dans les domaines du comte d’Albret, pendant la guerre du Bien Public, Fleurance se déclare ville royale. Au traité de Conflans, la ville revient à son légitime seigneur ; mais les habitants, encouragés secrètement par les Toulousains, refusent de se rendre; le sire d’Albret s'empare de Fleurance, en 1466, et la traite en ville conquise. Les bourgeois assignent alors leur seigneur devant le Parlement de Toulouse. Les juges condamnent le sire d’Albret à une forte amende, l’obligent à donner aux habitants une indemnité de 100,000 livres ; enfin, 1ls émettent le vœu que Fleurance et tout le comté de Gaure fassent retour à la couronne. La question reste pendante jusqu'à la mort de Louis XI: c’est alors seulement que Fleurance est rendue à ses anciens seigneurs’, — Cependant, l’autorité du sire d’Albret a été sérieusement menacée par l’intervention constante de la royauté. Les bourgeois, soutenus par Louis XI, commencent à traiter avec leur seigneur sur un pied d'égalité : en 1473, Alain est obligé de promettre par serment aux consuls de Meilhan d’être « bon seigneur » et d'observer fidèlement leurs privilèges”. À la mème époque,
Saint Jehan d'Angely, et veult ledit seigneur de Taillebourg lever ung creu ou coustume nouvellement, qui seroit la destruction de ladicte ville. » (Bibl. Nat., francais 2915, fo 4).
1. A. Lucnarre, Alain le Grand, sire d’Albret, p. 139 et suiv.
2. Ibid., p.123 et suiv., et Archives historiques de la Gironde, t. 1, p. 193. — Les Bordelais protestent contre l'abondance des péages dont Alain d’Albret dispose sur la Garonne entre Bordeaux et Agen: ils demandent au roi, puis au duc de Guyenne, d'appliquer les ordonnances que Charles VIT avait édictées sur les péages ; le duc restreint les droits d'Alain et Louis XI confirme cette ordonnance, en 1476
le pouvoir royal s’efforce de conquérir dans le midi les derniers domaines qui conservent encore une existence indépendante.
Souvent, 1l est vrai, la fidélité des villes se mesure à la protection effective que Louis XI leur accorde. Se montret-1l négligent dans son office: il perd rapidement la confiance des bourgeois. À Aurillac, il avait collaboré au nouveau règlement de 1463, qui restreignait les pouvoirs de l’abbé de Saint-Géraud. L'abbé Jean d’Armagnac ne tarde pas à violer les franchises de la ville ; il trouve d’utiles auxiliaires dans les consuls destitués. Les habitants s'adressent au roi. Mais 1l ne peut leur répondre : il est tout occupé de la guerre du Bien Public. Les Armagnacs commettent sans cesse des « pilleries et roberies ». Louis XI lui-même se laisse circonvenir par l'abbé: 1l ordonne au sénéchal de Toulouse d'appréhender au corps tous les bourgeois qui ont pris part aux « monopoles » de 1465. Comme l’on proteste, Pierre Clutin, conseiller au Parlement de Paris, fait une enquête sur place. Puis le Conseil royal décide, en décembre 1467, que le Consulat sera mis en la main du roi. Les gens d'Aurillac produisent encore d’énergiques réelamations: on na brisé leurs privilèges, disent-ils, qu'à l'instigation du duc de Nemours et de l’abbé, qui tous deux sont « ennemis du roi ». Le 3 mai 1469, Louis XI rétablit la constitution primitive. Cependant, il a déjà perdu son ancienne influence. Les Armagnacs parviennent à terroriser ses partisans; ils arrêtent les marchands qui se rendent aux foires de Rodez. Ils trouvent des sectaires résolus en une famille de bouchers, les Laber, qui soulèvent de véritables émeutes contre les consuls ou le receveur du roi et s'opposent de toutes leurs forces à la perception des taxes royales. On conçoit aisément qu'en 1473 les gens
(cbid., p. 132 et suiv.). — A Limoges, Louis XI utilise, pour lutter contre le vicomte, le dévouement traditionnel que les bourgeois mon-
trent à la royauté (ibid., p. 128 et suiv.).
d’Aurillac se soient refusés à envoyer leurs francs-archers aux armées royales de Lectoure et de Catalogne. Louis XI ne peut pardonner aux bourgeois ce qu'il appelle une trahison': en réalité, il n’a pas soutenu assez énergiquement ses partisans : les Armagnac ont fini par recouvrer leur ancienne autorité?.
Quoi qu'il en soit, l'influence que Louis XI exerce sur les villes féodales ne cesse de s’accroître. Pendant la Ligue du Bien Public, les Bourguignons essayent d'attirer dans leur parti les villes du comté de Nevers : ils avaient déja menacé Moulins; le duc de Bourgogne et le comte de Charolais écrivent lettres sur lettres aux bourgeois de Nevers, aux habitants de Decize : on livre au roi copie de ces lettres, et on lui garde une inébranlable fidélité*. — Louis XI fait encore pénétrer son autorité dans les villes du duc de Bourbon; pour la levée des subsides royaux, il se propose d'envoyer dans le pays un ou deux commissaires, qui remédieront à l'inégalité de répartition ; certaines villes sont chargées outre mesure,
« Car,
ainsi s'exprime un correspondant de Louis XI —, despuis le bien publie, mondit seigneur de Bourbon na point aymé lesdictes bonnes villes, qui ont tenu le parti du roy. Et maintenant quil a tenu ses estatz, il y a pluseurs desdictes bonnes villes que ne se y sont point trouvees, pour ce que n'avoient lectres expresses du roy'. » L'on voit
1. Il charge le Viste de faire une enquête à Aurillac, et il lui écrit : « Vous m'y scaurez frapper mauvaiz coup, car ils m'ont toujours estez traistres ou malvueillans, gallez les moi bien. »
2. Cf. C. Rivaix, Notice sur le Consulat et l'administration consulaire d’Aurillac, Aurillac, 1871 : et B. ne Manpror, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, dans la Revue Historique, t. XLIV, p. 253 et suiv.
3. Bibl. Nat., francais 2901, fo 19. — Le comte de Nevers recourt sans cesse au roi: il lui demande d’affranchir de toutes tailles sa ville d'Eu et de contraindre tous les habitants qui demeurent à quatre lieues à la ronde du Tréport de contribuer en nature ou en argent aux réparations de ce port (zbid., fo 33).
&. Pièces justif., n° XNIII.
Louis XI attribuer successivement la possession de Chaudesaigues au comte d’Armagnac et au duc de Bourbon. Cette affaire lui fournit l’occasion d’ordonner une enquête sur les excès qui, de part et d'autre, ont été commis à Chaudesaigues. Tant que dure le procès, il détient la ville: il contraint les habitants, sous peine de mort, à lui prêter le serment de fidélité ; et c’est seulement le 5 août 1469 qu'il ordonne au comte de Dammartin de remettre Chaudesaigues au duc de Bourbon’. — En 1466, le roi est choisi comme arbitre des différends qui se sont élevés entre la ville d'Angoulême et le comte: il répartit entre les deux adversaires les droits de justice et de juridiction ?.
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Une autre façon pour Louis XI d'étendre son influence, c'est de favoriser l'établissement de corps de villes dans les domaines sergneuriaux. Aux Grands Jours de Montferrand, de 1481, le seigneur de Tornoelle se plaint du roi, qui a octroyé aux habitants de sa ville de Volvic le droit de posséder un consulat, un hôtel de ville et une nulice. Les habitants ne sont-ils pas ses serfs ? La ville n'est-elle pas «son fons et heritaiges ? » Que l’on s’assemble pour le payement ge que ses off-
ciers président toute réunion, sans quoi les serfs « par traict
des tailles: rien de mieux; mais il exi
de temps seroient capables de acquérir jurisdiction et la porroient preseripre contre luy »; protégés par leur consulat, ils seront entraînés à tenir des assemblées illicites, car «ce sont povres gens et nont point entendement; » ils ont déjà voté un subside municipal : bientôt ils ne paie-
4. Arch. Nat., P 13571, cotes 324 et 324 bis; P 13581, cotes 484, 487 et 488.
2. Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 3e série, t. I, 1859, p. 235 et suiv.
ront plus au seigneur le cens qu'ils lui doivent ; il ne feront plus le guet. — A ce long discours le procureur du roi ne fait qu'une brève réponse : le gouvernement central possède le droit formel de doter la ville d’un consulat ?. Telle est la théorie que les seigneurs eux-mêmes acceptent déjà comme toute naturelle : en novembre 1480, le sire de Bueil, comte de Sancerre, demande au roi de créer, dans sa propre ville, un maire et six échevins?.
Louis XI prétend aussi maintenir dans tout le royaume l'institution des bourgeoisies royales : même en Bourgogne, les sujets du duc peuvent s'avouer bourgeois du roi, et, grâce à cette qualité, ils ne sont tenus de répondre devant les juges seigneuriaux qu'en actions réelles. Les ofhciers ducaux, dès 1463, veulent mettre fin à cet état de choses. Non seulement ils défendent à tous les Bourguignons de demander des lettres de bourgeoisie, mais ils veulent encore supprimer les anciennes franchises: 1ls « ont fait venir devers eux tous ceux qu'ils scavoient qui estoient bourgeois du Roy, les ont contraints par prisons, menaces ou autrement de leur bailler leurs lectres de bourgeoisie et d’y renoncer ; et ceux qui n'y voulloient renoncer, les aucuns ont fait transporter hors du royaume, les autres ont détenus longtems en leurs prisons » : aussi n’ose-t-on plus se donner la qualité de bourgeois du roi”. — Si Louis XI est impuissant à maintenir en Bourgogne un droit aussi dissolvant pour le pouvoir des seigneurs féodaux, il en assure du moins l'intégrité dans les domaines, qui ne sont pas devenus des Etats pleinement autonomes.
Les villes qui appartiennent à des seigneurs indépendants demandent au roi aide et protection contre les abus de leurs maitres. Louis XI ne manque jamais de répondre à