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CHAPITRE III

I. Les villes féodales demandent protection au roi. — II. Louis XI trouve en elles un appui dans sa lutte contre les seigneurs. — III. Il favorise l’établissement de corps de ville dans les domaines féodaux.

A l’intérieur même du domaine, 1l existe encore bien des villes qui appartiennent à des seigneurs indépendants ; dans le midi, par exemple, subsistent les puissantes maisons de Foix, d’Albret, d'Armagnac.

Ces villes, qu'aucun lien ne rattache directement à la couronne, demandent à Louis XI aide et protection contre les excès de leurs maîtres ; le roi ne manque jamais de répondre à leur appel. En 1468, le comte d’Armagnac, qui possède Rodez en partage avec l’évêque, est entré dans la ville sans avoir fait à l’évêque l'hommage obligatoire; accompagné de quatre à cinq cents cavaliers, il ÿ loge à plusieurs reprises ; une fois, il y séjourne durant neuf mois. Ces soudards agissent avec violence et brutalité : ils frappent et injurient les habitants, sans même épargner les consuls ; ils s'emparent des maisons, se font fournir des meubles, du linge, des vivres : on eût dit une ville conquise. On fait remarquer au comte qu'il viole les privilèges de la ville : il n’en devient que plus tyrannique ; ses soldats volent de l'argent et chassent de leurs maisons les habitants qui n’ont qu'un seul lit; ils proclament que le comte est « seigneur de la cité comme

du bourg” ». Les gens de Rodez s'adressent alors au roi, le supplient d'intervenir dans le débat et d’user de son autorité pour mettre un terme à ces odieux abus. Louis XI agit en toute diligence : 1l mande aux membres du Parlement de Toulouse et à ses autres officiers d’ouvrir une enquête sur tous ces faits scandaleux et de donner satisfaction aux victimes. L'affaire est évoquée au Parlement de Toulouse ; cette Cour juge par contumace le comte d’Armagnac : dans son arrêt du 7 septembre 1470, elle le déclare criminel de lèsemajesté et prononce contre lui la confiscation de corps et de biens?.

En 1471, les habitants de Figeac se refusent à payer au gnac un impôt, dont il prétend avoir besoin

pour soutenir la

comte d’Arma

guerre contre les Anglais : les consuls de

la ville sont arrêtés et emprisonnés à Capdenac. Comme le duc de Guyenne donne raison au comte, les habitants en appellent au roi comme à leur suprème protecteur : le procureur royal tranche la question à leur avantage *. — En confirmant les privilèges de Gaillac, Louis XI défend à tout

seigneur, quel que soit son rang, de troubler en aucune

D façon les habitants dans la jouissance de leurs franchises.

Les consuls manifestent bientôt leur reconnaissance: ils emploient 2,000 écus d’or à acheter, pour Poffrir au roi, la huitième partie des droits seigneuriaux de la ville : cette partie est immédiatement réunie à la couronne*,

4. « Ceulx qui ne sont capables de loger ne recevoir gens et qui n'ont qu'un seul lit pour eux et leurs femmes, ils ont mis hors de leurs maisons, rompu et brisé les portes de leurs maisons et fait dire et publier que ledit comte estoit seigneur de ladicte cité comme du bourg... »

2. Bibl. Nat., francais 6976, fos 40 et suiv. — Cf. Leceay, op. cüt., LALIERD 28e ts uv.

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