‹ Louis XI et les VillesChapitre 209 sur 305 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

I. Elles refusent obéissance au roi. — II. Campagne de 1479 : les bourgeois se rendent à Louis XI, mais les gens de méliers veulent prolonger la résistance. — III. Succès de la politique royale en Franche-Comté.

Les villes de Franche-Comté ont toujours montré le plus loyal dévouement à la maison de Bourgogne”; après la défaite de Morat, les gouverneurs de Besançon envoient au duc des députés, pour lui offrir dans leur ville une retraite sûre”. À la mort de Charles le Téméraire, les bourgeois de

1. Les ducs de Bourgogne avaient conservé aux Comtois leurs anciennes libertés ; Philippe le Bon avait su se faire aimer d'eux: Chastellain nous en donne le témoignage : « Sy ne furent ses pays denuez pourtant ny de riens plus rez de près que n’avoient acoustumé ; mais les maintenoit fertiles et abondans, riches et driez autant que oncques paravant et les outrepassa en félicité de tous leurs voisins. » (CF. Ed. Crerc, Histoire des Elats Généraux et des libertés publiques en lranche-Comté, dans les Mémoires de la Société d'Emulation du Jura; 2e ,serie,t 11/1877 p. 21%et#suiv.):

2. Dans l'enquête de 1477, voici la déposition du seigneur de Tromarey : &« Après la journée de Morat, et que Monseigneur le duc fût réduit devant la Riviere, les citiens et gouverneurs envoyèrent devers luy notables personnaiges ly offrir et présenter ladicte cité pour SOoy y retraire et qu'il l'y recevroient de tres bon cœur ; — et je le says parce que je l’ay oui dire a plusieurs seigneurs et nobles qu’estoient presens a faire ladicte offre. » (Ed. Crerc, Besançon pendant les

Besançon, de Dôle, de Vesoul, d’Auxonne tiennent hautement le parti de la duchesse.

Cependant, le 18 février 1477, les États de la Comté concluent un accord avec le roi: ils consentent à se mettre sous sa protection, mais à condition qu'un traité sûr et définitif ne se fasse pas attendre trop longtemps. Les gens de guerre, déclarent-ils, devront quitter le pays et, jusqu’au moment de leur départ, se garder de toute « pillerie, oppression où violance ». Tous les privilèges de la Comté seront confirmés; le pays sera « deschargié à tousjours mais, tant pour le passé que pour le temps advenir, de tous affouaiges, quises, gabelles, aides, subsides, emprumptz et autres prestacions et charges extraordinaires quelxconques?. »

Mais le gouverneur, le sire de Craon, commet de graves abus : on ne tarde pas à se révolter contre l'autorité royale ; le duc de Clèves et Jean IT, prince d'Orange, se mettent à la tête du mouvement ; dès le 30 mars 1477, il n’y a plus un Français dans la Comté”. — La ville de Besançon refuse à Louis XI toute obéissance; à ses lettres les habitants répondent qu'ils « ne sont rien subjects a Iy et que jamais ses prédécesseurs ne les en avoient requis et que pour rien ne feroient la dite obeissance ». Ils s'efforcent de mettre leur cité à l'abri d’un coup de main, reconstruisent leurs murailles, bâtissent de nouveaux boulevards, lèvent à leurs frais des soldats, doublent le nombre de leurs pièces d’artil-

guerres de Louis XT, dans les Séances de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besancon, 1873, p. 1 et suiv.).

1. « Les citiens de Besançon, dit un témoin oculaire, ont tenu le parti de Mademoiselle, ainsi et parcillement que ont faict ses bons et loyaux subjects du comté, comme ceux de Dole, Vesoul, Auxonne. » (bid.).

2. L. pe LA Trémoizze, Archives d’un serviteur de Louis XI, p. 105.

3. Le 30 mars, Jean de Clèves fait écrire à la duchesse de Bourgogne : «.Plaise vous sçavoir qu'il n'y a pour ceste heure nul Francois en vostre comté de Bourgoigne, que les communes n'ayent tous rués et prins, réservé Grey, où est monseigneur de Craon. » (Mozixer, ch. xxxix, éd. Bachon, t. II, pp. 12-13). Cf. thid., ch. xriv.

lerie. Depuis de longues années, selon le mot d’un contemporain, Besançon était « la plus sûre ville de tous les pays de Bourgogne » : elle devient le centre de la résistance à l’invasion française : « Les ennemis de Madame de Bourgoingne, dit Etienne, sieur de Grammont, sont treffort indignés a lencontre de la cité, disant que en icelle se forgent la tempeste et la gresle contre eulx. » — La noblesse et la haute bourgeoisie dirigent la révolte: parmi les plus ardents, au Conseil de Ville; l’on remarque Jean Gaulard, seigneur d'Andeux, Pierre Bonvalot, Léonard Mouchet, seigneur d'Avilley, Guillaume de la Ferté, Jean Bongarson, le jurisconsulte Léonard des Potots. C’est à Arras que Louis XI apprend la révolte de Besançon; il entre en une violente colère et déclare que les bourgeois se repentiront un jour de leur audace : il prendra la ville et en fera une « chennevière »'. Le sire de Craon essaie de s’en emparer; il arrive . sur les hauteurs de Châtillon et somme les habitants de se rendre ; à deux reprises, il essuie un refus catégorique : « Le roi ne le seigneur de Craon, répond Léonard des Potots, ne sont gens pour conquester ainsy ladite cité. » Au Conseil, on déclare qu'avant de se rendre aux Français, « les citiens mangeroient leurs femmes et leurs enfans ». Le sire de Craon, après avoir inutilement défié les bourgeois, se porte sur Dôle, mais iei encore 1l est heureux d'échapper par la fuite”. Partout, la résistance a été active ; la guerre, meurtrière *.

1. Voici ce que déclare Guillaume d'Epenoy : « Les Francois disoient que en la cité se faisoient toutes conspirations contre eulx. J'ai veu souventeffois les François et autres ennemis venir en armes jusques aux barrieres et à l'entrée des charrieres des portes, et y prendre plusieurs charriots, prisonniers et tuer gens... » (Ed. Czerc, op. cit.).

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