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LOUIS XI RÉUNIT UNE ASSEMBLÉE CONSULTATIVE DE COMMERCE

Ou moys de decembre M CCCC LXXXI, le Roy escript lettres

missives à plusieurs bonnes villes de son Royaulme, qu'ils eussent

a eslire de chescune desdictes villes deulx persounaiges merchans, ens entendus, pour eulx trouver devers ledit seigneur ou vers

Michelet Galhart son maistre d'ostel dedans laffin de janvier après ensuyvant, pour veoir et ouyr ce que par ledit maistre d’ostel leur seroit dit et exposé auquel tems ils sont comparus a Tours par devers ledit maistre d’ostel, deulx personnaiges de chescune des villes, si après nommées.

Premierement :

Pour Paris.....

Pour Lyon : Jehan Baronnet et Anthoine Villars.

Pour Montpellier : Girauld Buisson et Estienne Sezilly.

Pour Bourges: Jacques Aroussart et Petit Jehan de Montpel-

lier.

Pour Troies : Jehan de Marisy et Jehan Hennequin le Jeune.

Pour Orléans : Pierre Compaing et Jehan Raillart,

Pour Tours: Jehan Briçonnet et Loys de Lameziere maire.

Pour Angers: Guillaume le Roy et Jehan le Fevre.

Pour Poictiers : Guillaume Macé et Pierre Roux.

Pour Limoges : Jehan Douet et Jehan Petrot.

Ausqueulx ledit maistre d’ostel a exposé bien au long le vouloir et intencion du Roy nostredit seigneur, disant que son plaisir est faire que par les marchans de son royaume et mesmement ceulx des villes dessusdictes soit fait compaignie de grant somme de deniers, comme cent mille livres et plus pour marchander sur la mer de Levant et ailleurs et faire grant nombre de gallées, naves et autres navires, affin que la marchandise ait cours en son royaume en faczon que les estrangiers nen aïent plus la congnoissance. Et apres ce que ledit maistre d'ostel en a fait plusieurs et grandes remontrances, les dessus ditz marchans pour les dites villes après qu'ils ont communiqué ensemble, ont fait response que en tout et partout ils estoient et seroient prests d'obeir au bon plaisir et vouloir du Roy, ains que de ceste maniere il ne porroient riens accourder, car par les villes d'ou 1ls sont envoyés ne leur estoit donné aucune charge, sinon d’eulx comparoir et oir ce que par le Roy et sondit maistre d'ostel leur seroit dit, et en faire rapport a chescune des dictes villes.

Toutefois ilz ont regardé et débatu tous ensemble bien au long la maniere et comment par lesdites villes seroit fait compai-

gnie. À quoy leur semble chose difficile pour beaucoup de raisons ; lune que plusieurs desdites villes sont povres et nont point accoustumé de naviger, et jamais ne firent voyage en mer; et que a bien grant poine pourroient trouver grant somme de deniers, veu la saison que est, car ung chescun et de toutes parts dient que en leurs contrees il a grant necessité de bleds et farine que c'est pitié, et nest a grant poine possible de fournir a la necessité du povre peuple, sil ne vient de la grace de Dieu.

Item, semble ausditz marchans que a bien grant poine se pourroient accorder lesdites villes a faire compaignie, considéré que les ugnes sont de loingtain lieu de ladite mer et Jamais, comme dit est, ne navigerent, par quoy ne scavent que c'est.

Item, dient aussi que selon leur advis, grant besoing n'est pas pour le present de faire autre nombre de gallées que celles qui y sont, car vous, monseigneur le maistre, en avez trois bonnes, et Jehan Moreau en fait faire deux et trois bonnes carvelles, qui sont demourees du décés du feu roy de Cecile. Et semble que a bien grant poine se trouveroit marchandise pour charger les fusts dessusditz avecques autres navires qui sont Ja fais et se font de jour en jour.

Item, semble aux dessusditz marchans que sil est le plaisir du Roy escripre aux nations de Genes, Florence, Napples, Cecile, Venissiens, Cathalans et autres nations crestiennes quilz ne veuillent prendre ou exhiger aucune plus grant somme pour quelque droit que ce soit ou d’entree ou d'issue sur toutes marchandises partant du Royaume de France, non autrement quilz paient ou paieront, quant ilz viendront au Royaulme de France, terres et seigneuries dudit seigneur, qui nest que le droit domainial ordinaire dudit seigneur, et ou cas que de ce faire, aucune desdictes nations estranges ne seroient contans de tenir en pareil cas quittes et paisibles lesditz marchans du Royaulme, plaise audit seigneur ordonner quil soit prins et exhigé sur chescune nation estrange, qui ne se voudra ad ce consentir, pareil domaigne, creue, ayde, entree, yssue, comme cesdictes nations lievent et leveront sur lesditz marchans de France.

Item, semble aux marchans dessusdiz que le meilleur moyen qui se peut trouver est que le plaisir nostre sire soit donner liberté a tous ses subgectz de marchander et naviger en ladite mer de Levant et ailleurs, tant es parties de ses pais de Langue-

doc comme de Provence; et que en ce faisant il se trouvera assez marchans qui y mectront grant quantité du leur et plus liberallement et en plus grant habondance que se la chose estoit par maniere de compaignie, combien qne lesdiz marchans et ville dessusdiz en riens qui soit ne veullent aller contre le voulloir et plaisir du roy nostredit seigneur, mais sont tousjours en ceste matiere et toutes autres prestz de faire et acomplir tout ce que par lui leur sera enjoinct et commandé.

Ceste presente response et remonstrance ma esté presentee par les notables gens des bonnes villes ci avant desclarees, laquelle jay receue pour dicelle faire rapport au Roy nostre sire, ad ce quil ordonne sur ce que dit est, et toutes autres chouses a son bon plaisir ; et a ceste cause, les ai expédiés pour leur en aller devant les bonnes villes pour lesquelles 1lz sont ici envoyés pour leur dire et rapporter ce que, de par ledit seigneur, je leur ai dit, remonstré et exposé.

Fait à Tours le XIV jour de fevrier lan mil IIIe quatre vingt et ung. Î »

Bab MNat Ms lat., n2 9179 1% 70-715,et- Arch. .mun. de Troyes, AA 40, 3° liasse : copie communiquée par M. Giry.) — Cette pièce a été publiée dans l'Æistoire du Languedoc (éd. Privat, .t. XI Preuves, ce. 216.et suiv.).

4. Sur le manuscrit de Troyes, on lit ces mots: « Raporté Île XXVEe jour de mars MCCCCLXXXI par Jean de Marisy et Jehan

Hennequin le jeune en assemblée tenue a Troyes. »

Vuet lu, en Sorbonne, le 21 avril 1891, par le Doyen de la Faculté des Lettres de Paris, A. HIMLY.

Vu et permis d'imprimer, Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, GRÉARD.

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