MÉMOIRE AU ROI SUR LA PROTECTION DES FOIRES | DE LYON
Sire, plaise vous a scavoir que aujourduy ung marchant genevoiz nommé Thomassin Grimault, demourant en ceste ville, a esté condampné envers vous en la somme de X" livres tournois d'amende pour avoir esté et envoyé marchandises a Geneve ; oultre et pardessus voz deffences, il a fait plusieurs rebellions et desobeyssances en son proces faisant par le moien d'un docteur nommé messire Guillon qui sest meslé de conseiller ledit Thomassin telement que nous avons mis deux mois a faire ledit proces et à interjecter plusieurs appellacions pour lesquelles navons difleré pour ce que la commission sur ce baillee porte nonobstant opposicions ou appellacions.
Sire, avant ma venue par deca ledit de Grimault avoit este adverty de la commission que mavez sur ce baillee et avoit fait transporter ses biens hors de ce Royaume telement que Je nay trouvé que habillemens et, le jour que le feiz prendre, il estoit deliberé sen aler hors de ce Royaume. Touteffoiz jay la personne qui a bien de quoy et riche de plus de XL" ducatz et le tiens en voz prisons de ceste ville, mais se cestoit vostre bon plaisir que le feisse mener devers vous, vous en ariez plus tost argent. Il est le plus fort lombart de jamais et nen aurez riens que par force et sans le tenir bien estroit et lui faire paour. Il à bien fait dautres
choses pour estre condempné en pareille ou plus grant somme, maiz pour ce que nen avoye nulle commission, Je men suis teu.
Sire, en besongnant ou procès dudit Thomassin ay fait enquestes dautres, et ay trouvé plusieurs marchans de voz Royaume et Daulphiné et autres chargez davoir esté et envoyé audit lieu de Genesve par dessus voz deffences, et me semble que jen tireray bien autres X" francs ou plus pourveu que faictes advertir monseigneur le Chancellier quil ne donne nulzs adjornemens en cas dappel en ceste matiere, et qui le mande pareillement aux autres chancellies, et en’ce faisant, ilen viendra beaucoup argent, telement que se Dieu plaist ceulx que mavez baillé en charge pourront estre paiez ou peu sen fauldra maiz quilz ayent ung peu de pacience. Et se lon eust peu besongner en Languedoc, vous eussiez argent de retour...
Sire, il y a eu tousiours a besongner avecques moy trois ou quatre commissaires et plusieurs sergens qui demendent estre payez comme raison est, car ilz y ont fort travaillé, et sans leur bailler argent je ne les porroye plus embesongner. Et sil vous plairoit ordonner M ou XIIe francs pour les commissaires et fraiz, je vous respons que pour cent vous en aurez mille. Je vous supplie, sire, que en ordonnez a vostre bon plaisir et le me mandez, et aussi sil vous plaist que rachate la coronne de monsecigneur du Perche, car elle vault beaucoup plus quelle nest engaigee, et suis asseuré de lavoir en mes mains en baillant largent qui monte pres de VI" francs et la vous porteray pour en faire a vostre bon plaisir. Sire, en me recommandant a vostre bonne grace si très humblement que je puis, je prie au benoist filz de Dieu qui vous doint très bonne vie et longue et accomplisse de voz tres haulx et tres nobles desirs.
Escrit a Lion le XXII® jour d'octobre.
(Bibl. Nat., Ms. fr.; n° 20485, f° 115.)