PRÉFACE
aire le diagnostic de l'état morbide d'un contemporain , qu'on a le loisir d'examiner, elt toujours affaire difficile et les cas ne se comptent plus où l'autopsie n'a pas confirmé la prévision clinique.
Aussi la médico-critique historique paraît-elle à beaucoup follement téméraire en voidant établir des diagnostics rétrospectifs.
Cependant la curiosité humaine eSt si grande que les essais dans ce sens se multiplient.
Ils nécessitent y comme l'a bien montré le Professeur Jeanselme dans ses études de clinique historique byzantine, la collaboration d'un historien et d'un médecin.
Ici M. Pierre Champion a mini avec son érudition et son art habituels, des documents de première main sur les troubles de la santé de Louis XI.
Ils permettent une discussion clinique à laquelle je me limiterai, ne voulant pas toucher au problème du car a Stère de Louis XI et de ses rapports avec sa cruauté et sa dévotion.
Si je résume sous forme d' observation la vie de Louis XI,
je conHate que, né le 3 juillet 1423 et mort le 31 août 14S3, il fut remarquablement actif .
énergique et de constitution robuSte, de taille moyenne, avec des membres inférieurs grêles et un peu arqués, une grosse tête chauve de bonne heure, il eut une tendance à F obésité. Son infirmité capitale consista en hémorroïdes, dont il souffrit depuis 1447. Il eut une forte crise hémorroïdaire en 1467 avec flux sanguin et céphalée. Il en demeura affaibli et la fume terre, recommandée contre la jaunisse et qu'il prit en 1463, semble indiquer qu'il eut alors des manifestations hépatiques. Cependant il était très aétif, dans l'année 71 où il se fit copier les œuvres de Rha^ès.
En 1473 eSt signalée une affeêtion cutanée, avec rougeurs de la face, qui pourrait bien être compensatrice des manifestations hémorroïdaires. Quoiqu'il en soit, en 1476, il se plaint de palpitations et commence ses générosités avec ses médecins.
En 1478 la recherche de chevaux doux semble indiquer des préoccupations relatives aux hémorroïdes.
Mais d'autres préoccupations se re?narquent en 1478' Eouis XI devient particulière ?nent soupçonneux, craint d'être empoisonné , s'isole, multiplie les procédés de défense autour de lui. Son esprit eft contrariant avec préoccupations hypocondriaques et réaétions coléreuses. En même temps il eft « envieilli ». Cet ensemble donne l'impression d'un accès de dépression mélancolique. Il a jj ans. C' eft peut-être l' âge de sa ménopause masculine. C' eft un tableau décrit dans les livres de psychiatrie, sous le nom de mélancolie pré sénile.
Or, deux ans plus tard, en mars 1480, Eouis XI a sa première attaque, ?nerveilleusement décrite par Commynes, ainsi que les deux suivantes.
« Il perdit de tout point la parole et toute coynoyssance et mémoire. » On lui donne un clyftère. « Et incontinent quelque chose de parole lui revint et du sens et monta à cheval... et il
faisait des signes de ce qu'il voulait dire. » Il fit comprendre qu'il désirait Commynes. Quand celui-ci arriva , le roiy à table y « entendait peu ce qu'on lui disait. Il ne formait guère de mots et fit signe à Commynes de coucher dans sa chambre. Au bout de deux ou trois jours la parole commença à revenir avec le sens et il se fit rendre compte des dépêches expédiées pendant sa ?naladie. »
Il eut donc un petit Mus surtout par ischémie, faux-pas dans sa circulation artérielle corticale.
Il en relie inquiet y craignant la récidive et ne veut pas se faire voir.
Dans sa deuxième attaque y le 6 novembre 1481 y il eut un iétus de deux heures. « Incontinent la parole lui revint et sur l'heure alla par la maison très faible. » Peu après il allait dans le pays comme avant. Ce fut donc un simple angiospasme sans ramollissement.
Point intéressant y Louis XI écrit alors pour demander à avoir la fièvre quarte y « car f ai y dit-il , une maladie dont les physiciens disent que je ne puis eéire guéry sans l'avoir. »
Cette idée a été reprise par Wagner Jaureg , on sait avec quel succès y puisqu'il eut le prix Nobel pour son traitement par impaludation des paralytiques généraux.
Les préoccupations hypocondriaques de Louis XI augmentent y son cœur faiblit.
En décembre 1481 son état elt pitoyable et tragique.
Pour prêter serment pour le traité d'Arras y il demande de le faire de la main gauche y le bras droit étant en écharpe. D'après sa fille y Anne de Beaujeu, il souffrait de la goutte.
En février 1483 y il se prosterne devant François de Paule. Il n'était donc pas paralysé.
Mais son état général est mauvais. « Il semblait à le voir y dit Commynes y myeux homme mort que vify tant estoit maigre et de ffaict. »
C'ett bien la déchéance de P artériosclérose cérébrale terminée par un nouvel ittus, le 2 j août 1483.
ha maladie dura cinq jours. Après une courte perte de connaissance le roi avait grand peine à mettre la main à sa bouche ; incessamment il se vidait. Cependant il conserva jusqu'au bout parole et sentiment , et quand il passa la consigne à son fils , parlait « aussi sec comme si jamais n'eût été malade ».
Cette observation peut s'intituler : artériosclérose cérébrale d'origine goutteuse che ^ un hémorroïdaire avec nattions cutanées compensatrices. Ictus récidivants par angiospasmes ayant d'abord déterminé seulement de l'ischémie et enfin un ramollissement cérébral terminal.
Quant à la dépression neuropsychique avec préoccupations hypocondriaques et idées de persécution, comme elle a précédé de peu le premier ittus, elle paraît répondre à la ?nélancolie d'invo lution présénile et avoir été dans le domaine psychique la première manifestation de l' artériosclérose cérébrale, qui emporta, trois ans plus tard, le grand roi après un troisième ittus.
j'aurais encore à féliciter AI. Champion d'avoir crayonné de main de maître les silhouettes médicales qui vivaient auprès de Louis XI, mais j'en ai déjà trop dit et ne veux pas alourdir d'une préface trop longue une étude concise.
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rÙh.
’est un devoir pour moi de rappeler que la question de la santé de Louis XI a été très longuement étudiée par M. Auguste Brachet, médecin et historien, dans un livre célèbre, dont la dernière édition a été publiée en 1903 : Pathologie mentale des rois de France , Louis XI et ses ascendants , une vie hu?naine étudiée à travers six siècles d'hérédité (852-1483). Paris, Hachette,
Ce long titre dit le vaSte dessein de M. Brachet. Il lui a consacré sa vie, après avoir reçu les encouragements du grand esprit qui fut son maître, Littré. Brachet a eu le mérite, pour la première fois, de confronter les données tirées de la thérapeutique ancienne qu’il possédait comme historien, de la pathologie qu’il avait pratiquée comme médecin, de la psychologie qui était chez lui le fait d’un homme cultivé. Il ne s’eSt pas dissimulé les difficultés de sa tâche, assumant le fardeau de trois disci-
plines : « Pour un tel livre, il faudrait réunir l’érudition du chartiSte, le taft du psychologue, l’expérience du médecin. »
M. Auguste Brachet a présenté des conclusions au sujet de la santé de Louis XI, faisant ressortir qu’il appartenait à la famille des dégénérés supérieurs, des paludéens et des arthritiques, et que ses historiens, 1’ « officieux Commynes » en particulier, ont caché au monde ses attaques d’épilepsie et de haut mal; que le roi eSt enfin mort d’une attaque intéressant le cerveau.
Je n’ai pas la prétention, dans les quelques pages qui m’ont été accordées, d’appuyer ou d’infirmer les conclusions de M. A. Brachet, laissant ce soin à mon collaborateur. La critique historique des faits, et c’eSt ce qui m’importe, m’a paru chez lui un peu faible, et ne résulter pas toujours d’une connaissance parfaite des sources. C’eSt pourquoi, moins que des chroniqueurs, je ferai, dans mon exposé, usage des lettres du roi, et surtout des relations des ambassadeurs milanais qui ont vu si fréquemment Louis XI, au cours de leurs audiences. J’ajoute qu’il y a peu de chose à tirer d’un chroniqueur comme Thomas Basin, qui plus qu’une histoire du roi, a écrit un pamphlet dans les rancœurs de son exil, loin de son sujet. Par contre, à partir de 1472, et jusqu’à la mort du roi, on n’a aucune raison d’écarter le témoignage de Philippe de Commynes, qui a servi et soigné le roi au cours de trois maladies, ou plutôt de trois attaques, dont la dernière devait l’emporter. Philippe
de Commynes était un observateur précis, et son esprit se plaçait volontiers sur le plan du moraliste humain. Il n’a aucun intérêt à nous tromper; et de plus il parle à Angelo Cato1, qui était précisément un médecin ayant donné ses soins au roi, dans les dernières années de sa vie.
La vérité eSt que Louis XI n’était pas enclin à croire « le conseil des médecins », et qu’on eut beaucoup de mal à le décider à les consulter. Ceci nous donne déjà une indication importante sur sa constitution, demeurée longtemps robuste et sans atteinte. Une fois touché par le mal, l’homme de l’expérience qu’était Louis XI en politique se révéla : alors il a beaucoup consulté, et doublement, les médecins et les saints guérisseurs qui intervenaient dans la thérapeutique morale.
Louis XI était né le 3 juillet 1423, du roi Charles VII et de Marie d’Anjou. Sans s’attarder au problème complexe de l’hérédité, nous noterons seulement l’ascendance maternelle de la maison d’Anjou et du sang aragonais qui peut couler dans ses veines. Par son père, plus a&if et vigoureux qu’on ne l’a dit, Louis XI remonte au roi fou Charles VI, et retrouve le sang des Wittelsbach, avec sa grand’mère, Isabeau de Bavière,
1. Je reçois à l’inStant une communication de MM. les Drs Lannois et J. Audry, Angelo Cato, archevêque de Vienne , astrologue et médecin (Extr. du Lyon Médical, le 23 juin 1935) montrant qu’Angelico Cato était un personnage éminent de son temps, professeur à l’université de Naples où le roi Ferrand I lui avait confié 1 éducation d un de ses fils, et qu’il embrassa au cours de sa vie l’universalité des connaissances de son époque.
d’une forte et vigoureuse santé. Si nous indiquons tout d’abord ces faits, c’eSt qu’ils étaient connus du roi, qui a raconté à l’ambassadeur Cagnola, en plaisantant, lui demandant s’il était certain que son maître était le fils de son père, « qu’il y eut un roi, Charles VI, un de ses prédécesseurs, qui était fou, et qui avait épousé une femme sans mœurs dont il s’était séparé ». Le roi avait ajouté qu’il ne savait lui-même de qui il était le fils, et il a donné à sa mère une épithète vraiment inconcevable, de « putana », qui peut scandaliser et surprendre, alors qu’il e£t assuré que Marie d’Anjou a été au contraire une femme très pieuse, la plus digne des mères de famille. Mais les mots de Louis XI sont souvent des boutades cyniques; il plaide le faux pour savoir le vrai; et devant l’ambassadeur de Milan, il peut bien chercher à se moquer de la maison d’Anjou dont était sa mère.
Quoi qu’il en soit de ces questions d’hérédité, et le roi nous donne ici une leçon de sage scepticisme, l’enfance de Louis XI nous montre un garçon très vigoureux, énergique, robuste. Guillaume Léothier, qui e£t attaché à sa personne comme physicien, c’eSt-à-dire comme médecin, n’a guère eu à lui donner de soins. Dès l’âge de treize ans, Louis eSt un soldat, suivant son père dans ses campagnes et dans des voyages assez rudes. Il n’était pas, comme on le disait, un « couard », et en 1437, à l’âge de quatorze ans, il ordonna l’assaut d’une place, à Château-Landon. C’eSt à cette époque qu’il retrouva sa promise, Marguerite d’Ecosse, qui
avait le même âge que lui, et qu’il consomma son union, malheureuse en cela que son épousée semble avoir été phtisique, et ne lui donna pas les enfants qu’il désirait déjà dans son impatience.
Nous ne suivrons pas le dauphin dans ses expéditions militaires, à Montereau, en Languedoc, et surtout au siège de Dieppe où il donna l’assaut de la bastille, à vingt ans. On sait encore qu’il conduisit les Ecorcheurs en Suisse, en 1444, où il se montra un parfait conducteur d’hommes d’armes, un entraîneur. Au siège de Saint-Hippolyte, en Alsace, la flèche d’un assiégé le frappe au genou, sur la selle de son cheval. Cette attitude n’indique pas un dégénéré; et dans tous les poStes qui lui ont été confiés, si le dauphin Louis montre un impatient désir de régner, d’agir, qui en fait parfois un conspirateur, nous observons surtout qu’il était seulement un esprit inquiet, dont les ressources furent infinies. Le dauphin vit mourir, en 1445, et sans regrets apparents, sa première femme. Chassé de sa maison pour des raisons politiques, il demeure dans le Dauphiné qu’il administre parfaitement, et où il déploie une extraordinaire aâivité de voyageur et d’infatigable chasseur; tel il apparaîtra par la suite. Sa vie semble assez libre. On sait qu’il eut pour amie la fille d’un notaire de Grenoble, et qu’il eut deux enfants de la veuve de Jean Pic, d’une famille noble de Die. Louis se fiança en Dauphiné sans le consentement de son père, à Charlotte, fille du duc de Savoie, mariage heureux.
celui-là, qu’il consommera plus tard lorsqu’il se sera réfugié, en 1458, dans les états du duc de Bourgogne. Leur premier enfant naquit à Genappe, le 15 juillet 1459, et il sera de six autres. Charlotte de Savoie était une femme saine et douce, très pieuse, artiste, et, bien qu’elle fût sans beauté, Louis lui demeura toujours attaché. Plus tard encore, en 1472, frappé par la perte d’un petit François, il fit le vœu d’être fidèle à la reine. Commynes qui paraît, en ce temps-là à la Cour de France, dit qu’il ne l’a jamais vu, de son temps, se « mêler des dames ». Le roi était, en effet, lié par ses serments.
Aucune tare ne peut donc être signalée jusqu’à présent dans Louis XI ; et s’il fallait, au moment où il revient en France recevoir son sacre, au mois de juillet 1461, tracer son portrait physique, nous pourrions le faire de la sorte : C’eSt un homme de taille moyenne, porté sur les jambes grêles et un peu arquées de son père, avec un long buSte, et une grosse tête. Il paraît sans majesté; son visage eSt caractérisé par des yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, un nez très allongé, celui de la maison d’Anjou qu’il tenait de sa mère, un menton puissant. Louis porte les cheveux courts, qu’il perdra de bonne heure. Son appétit eSt robuste, et il a du goût pour le vin. Thomas Basin le représentera alors comme un bavard, qui ne veut pas laisser parler les autres; il a indiqué qu’à la taverne, il était capable, comme prouesse sans doute, de vider la croûte d’un pâté remplie de vin.
Dans ses vêtements, le roi Louis affeéte la plus grande simplicité, portant la plupart du temps le coutume du chasseur ou celui du pèlerin. Plus tard, on observera chez lui une tendance à l’obésité et le soin de se tenir la tête au chaud, soit avec des bonnets, soit surtout avec ces chapeaux de feutre d’un type italien, à larges bords, qu’il affeéüonnera ; ces détails vestimentaires semblent bien indiquer qu’il avait à la fois le désir de chevaucher à l’abri de la pluie, et de préserver sa tête des douleurs qu’il ressentit de bonne heure.
Ce que fut Louis XI dans les premières années de son règne, et on peut le dire, jusqu’à ses derniers jours : un immense travailleur, un voyageur infatigable à travers le pays, un volontaire qui s’informe de tout. Son aftivité physique eSt extraordinaire; et quand il ne travaille pas au conseil, il s’exténue a la chasse, sa passion dominante. Le roi n’aime pas les villes ; il ne résidera que très rarement à Paris, vivant surtout dans sa Touraine, où il passera presque tous les hivers. Nous ne le suivrons pas dans son tour de France qui le mena jusqu’aux Pyrénées en 1462, à Saint- jean-de-Luz et à Toulouse en 1465, d’où il regagna la Picardie, puis Tournai, rejoignit la Normandie, passant en 1464 de Rouen à Poitiers. La guerre du Bien public le mène, en 1465, dans le centre de la France et en Auvergne, et d’Aigueperse à Montlhéry, où il livre la bataille aux coalisés. Tous ces déplacements à cheval, supposent une extraordinaire résistance physique; à cette fatigue il faut ajouter aussi
tant de soucis qui peuvent l’accabler, dans son travail diplomatique incessant et dans son travail administratif de chaque jour. Ses préoccupations sont infinies : amitié à maintenir avec Milan, tenir tête à la maison d’Anjou, assurer l’expédition de Catalogne, répondre à la menace de la Bretagne, à la menace anglaise, traiter les affaires de Bourgogne, sans compter la trahison de son frère, le prête-nom de la révolte des grandes maisons féodales. Le roi se retrouva à Montlhéry où il combattit comme un soldat, chevauchant en avant. Il eut ce mot : « Vous voyez bien, mes enfants, que je ne suis pas pris. Retournez et n’ayez crainte, car la viéloire sera à nous, ne fussions-nous plus que six pour combattre les Bourguignons. » Ce mot authentique, recueilli par les ambassadeurs milanais, eSt toujours bien loin d’indiquer un dégénéré. Le roi ne devait pas être cependant toujours fort à l’aise, au cours de ces chevauchées, alors que nous savons qu’il avait, depuis 1447 au moins, des hémorroïdes. Mais il ne s’en plaint pas encore, et assurément cachait son infirmité.
Louis XI venait, à Montlhéry, de sauver la couronne ; mais il avait perdu, au traité de Saint-Maur, la Normandie. Il va la reconquérir en 1466, regagnant au printemps le centre de la France, observant son adversaire, Charles le Téméraire. Les ambassadeurs milanais notent les multiples occupations du roi en 1467, ses chasses; et pour la première fois, au mois de mai, il eSt question, dans les dépêches italiennes, d’une véritable maladie qui
frappa le roi dans un petit village, en Beauce, non loin de Chartres. D’abord le roi y eSt retenu par ses hémorroïdes; et le Milanais constate que personne n’a pu lui parler, car il souffrait de la tête, de la fièvre, et le « flux » (perte de sang) l’avait bien affaibli. On passe l’eau qu’il boit à travers une étamine, et il mange de la bouillie. L’observateur ajoute que le roi n’avait jamais voulu « croire aux médecins », suivre leurs prescriptions, ni même écouter les conseils des Milanais qu’il admirait cependant en tout. Il y avait déjà vingt ans qu’il souffrait de cette infirmité, mais jamais il n’avait voulu accepter de remède, sauf de « doux lavages ». Néanmoins, le patient avait mandé un des médecins de la ville de Chartres, qui l’avait soulagé d’une manière étonnante. Cependant, à la date du 20 mai, l’envoyé de Milan constate qu’il lui était encore impossible de donner une audience : le roi se disait très faible et priait de l’excuser. Personne ne pouvait entrer dans sa maison, sauf ses serviteurs. Cette réclusion eSt à l’origine du bruit qui s’était répandu en France, de sa mort; on avait pris aux frontières des gens colportant ces nouvelles. Il y eut naturellement soupçon de quelque poison. Enfin le roi s’était décidé à prendre des remèdes énergiques, et le plus grand péril passa. Le 24 mai, le Milanais écrivait que « Sa Majesté n’était pas rétablie ni très forte ». Le roi gagna cependant Chartres, où il ne resta qu’un seul jour, visitant l’église de Notre-Dame, « qui fait tant de miracles », mais sans donner d’audiences. Une autre
lettre, du 26, indique que la fièvre avait duré dix jours avec un flux de sang dans la bouche, accompagnée de maux de tête, en sorte que, suivant ses propres déclarations, s’il « devait perdre ou recouvrer son royaume, il n’y prêterait nulle attention ». Le Milanais observe encore que le roi demeurait très faible, ce que l’on voyait bien à sa manière de parler et de marcher. Toutefois Louis XI se dirigea lentement vers Rouen, où arrivait le comte de Warwick. Comme il estime que « sa tête n’eSt pas bonne », il a remis les affaires aux gens du conseil. A Rouen, le roi se sent mieux et rentre à Chartres où il apprend la mort de Philippe le Bon. C’eSt l’instant où l’alliance de Charles le Téméraire et de l’Angleterre va se resserrer. Au mois d’août, Louis annonce qu’il doit se rendre à Paris pour mettre le peuple sous les armes, et dit qu’il n’enlèvera pas la cuirasse de son dos, tant qu’il ne sera un « roi très obéi ». Il apparaît « très animé » : c’eSt donc que le mal qui l’avait accablé aux environs de Chartres, était entièrement dissipé.
Le roi passa l’hiver de 1468 aux Mondls ou à Amboise, remontant durant l’été à Compiègne et à Noyon pour surveiller l’armée de Charles le Téméraire, et la ligue des princes et mécontents, qui s’eSt reformée comme en 1465. Ce ne fut pas encore le choc, mais la paix, où Louis XI risqua d’ailleurs, par une imprudence, sinon sa vie, du moins sa fortune, puisque pour faire cette paix il se jeta dans Péronne où il demeura quelques jours entre les mains de son rival. Il dut l’ac-
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La Boutique du Pharmacien avec ses pots
(Jérôme Brunswick : De Arte Distillandi. Strasbourg, 1512. Bibliothèque nationale).
compagner au siège de Liège, puis regagna Paris et la Touraine, où il passa l’hiver.
C’eSt à cette époque (janvier 1469), que l’on voit Guiot de Morennes, marchand de pintes d’étain, demeurant à Tours, vendre deux flacons à Olivier le Mauvais, barbier du roi, pour mettre l’eau de roses et le « fumeterre ». L’eau de roses, comme les parfums, eSt employée si généralement pour réjouir le cerveau et le cœur, qu’il eSt impossible d’en tirer une indication quelconque. Quant au « fumeterre », nommé vulgairement dans la pharmacopée « l’herbe à la jaunisse », cette plante était considérée comme un Stimulant du foie. L’indication eSt bien vague, et on a quelque difficulté à admettre, avec ces deux flacons, l’idée d’une pharmacie de voyage. L’année 1469 eSt remplie, d’ailleurs, de l’aéHvité de Louis XI qui quitta Tours au mois de juillet, pour retrouver son frère et essayer de le séparer du duc de Bretagne. On le retrouvera en septembre à Niort, puis à Saumur, sur les terres du roi René. Louis XI paraît avoir fait cette grande tournée durant l’été, sans autre inconvénient. L’année 1470 fut pour le roi un vrai triomphe ; car la reine eSt grosse et elle met au monde, le 3 juin, un fils, qui sera le dauphin, l’héritier, le futur Charles VIII. Le frère du roi ne sera plus son successeur éventuel. Aux mois d’août et de septembre Louis XI gagne la Normandie; il va jusqu’au Mont- Saint-Michel, pour rejoindre Amboise au mois d’octobre.
J’ai raconté presque jour par jour, dans le Calendrier royal , l’année 1471, où il ne « fut rien fait au royaume de France », suivant la Chronique scandaleuse , mais où le roi a cependant tant travaillé. Il gagne Compiègne, surveille toujours le Téméraire, entre dans Amiens, chasse chez le connétable, à Ham, regagne au milieu de l’été la Touraine, chasse à l’automne dans le Vendômois, apprend les nouvelles de la grave maladie de son frère qui va bientôt mourir. Rien n’indique un arrêt dans son aéfivité. C’eSt cependant cette année-là qu’il fit emprunter à la Faculté de médecine de Paris la copie de Rhazès (Bubukir Eirasis, médecin arabe du ixe siècle), qui était le joyau de sa colle&ion. Ce livre fut remis, contre un gage de vaisselle d’argent, à Martin de La Driesche.
L’année 1472, le roi passa l’hiver à Tours, descendant au mois de mai jusqu’à La Rochelle, pour recueillir l’héritage de son frère. Au mois de juin, il apprenait la levée du siège de Beauvais, surveillait durant l’été les frontières de la Bretagne et, au mois de juillet, gagnait le petit château de La Guierche, car il y « avait un peu de peSte » au camp de Pouancé. Ancenis vient de se rendre, et le roi a fait sa paix avec le duc de Bretagne. Cette année-là, l’envoyé Marco Trotto indique à Galéas Sforza les difficultés qu’il a de voir le roi que les audiences fatiguent (Amboise, 9 novembre). Mais peutêtre Louis XI ne voulait-il pas recevoir l’ambassadeur milanais ?
Au mois de mars 1473, Ie r°i quittait Le Plessis et se rendait à Bordeaux, où il arrivait le 24. Il était de retour au mois de mai à Amboise où il allait, déclare le Milanais, jusqu’à ce qu’il soit « rétabli de son mal et retrouvât la santé » (lettre du 27). On proclama même par un cri public la défense faite à tous d’entrer dans cette ville, sous peine de mort. Plusieurs seigneurs, qui voulaient aller à Amboise, durent faire demi tour, et l’entrée du château fut interdite à M. de Craon lui-même. Le légat apostolique en fut bien contrarié, comme l’ambassadeur de Milan. On ne pouvait obtenir une lettre du roi, au moment où il avait tant d’affaires sur les bras, et tandis que les communautés d’Allemagne et les ambassadeurs du duc de Lorraine offraient d’attaquer le duc de Bourgogne.
Que le roi refusât de voir le nonce, qui parlait alors d’user de l’interdit et de l’excommunier s’il prenait les armes contre le duc de Bourgogne, cela se conçoit; qu’il refusât d’entendre les envoyés de Strasbourg et du duc de Lorraine, cela indique qu’il ne voulait vraiment pas se laisser voir. L’ambassadeur de Milan a recueilli ce bruit que le roi avait le désir de venir à Saint Antoine de Viennois, en pèlerinage, pour visiter son corps, et qu’après il ne « voulait plus chevaucher, et désirait se mettre un peu en repos ». Si le bruit eSt exaft, l’indication eSt intéressante. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque il y a aussi une thérapeutique des saints : le pèlerinage de Saint Antoine passait pour guérir les
maladies de la peau, et en particulier le mal que l’on appelait « le feu saint Antoine », désigné aussi comme « feu des ardents ». Louis XI aurait donc eu, à cette époque, quelque dermatose, qu’il aura voulu cacher, et dont la tradition s’eSt conservée chez les adversaires du roi, qui le dénonceront comme un lépreux. Au point de vue clinique, on peut, je pense, retenir que cette éruption s’accorde bien avec la donnée des hémorroïdes, conséquence du tempérament arthritique. On verra par la suite (13 septembre 1478), que le roi fit extraire deux recettes du livre de Bubukir Eirasis, l’une contra ventotisatem forte m (sentiment d’étouffement ou de gaz), qui consistait en un mélange d’anis, et une autre ad ornatum faciei , pour faire disparaître les grandes taches et ad cutem rutiliendam et albificanda?n . On entend assez qu’il s’agit d’un remède pour faire disparaître les rougeurs du visage. Ce remède, qui n’était peut-être qu’une recette de beauté, consistait en un mélange, à base de farine, de « pois lupins ». Ces pois lupins joueront par la suite un certain rôle dans la médication du roi, car on alla en chercher jusqu’à Florence.
Cependant on ne voit pas que Louis XI ait fait le pèlerinage annoncé à Saint Antoine de Viennois; et il eSt certain qu’au mois de juin, il se trouvait beaucoup mieux. Le 12, il remerciait l’ambassadeur de Milan du grand chagrin que le duc avait ressenti de son mal, « ne pouvant lui donner d’autre remède que courage ». Le roi parut assez « gaillard » à l’ambassadeur, bien
qu’il lui ait dit qu’il n’était pas encore rétabli, et que ce qui le guérirait surtout, ce serait d’avoir de bonnes nouvelles de Perpignan! Le roi quitta l’ambassadeur pour souper, car il était six heures, disant en riant : « Je voudrais bien guérir et être mieux. »
C’eSt à cette date que se place l’interdiftion au public de l’église de Saint Florentin, à Amboise, dont les habitants firent demander par Bourré la permission de construire une nouvelle paroisse. Ils ne montèrent plus au château. Il eSt extrêmement difficile d’interpréter ce fait. Amboise était une ville fermée, et d’une manière générale, interdite à tous étrangers et voyageurs. Le roi y faisait élever le dauphin, et il ne voulait absolument pas qu’un porteur de germes y résidât. Il faut encore se souvenir que la peSte, c’eSt-à-dire les fièvres qui ont fait tant de vièfimes autrefois dans les années chaudes, causait des ravages redoutables, que l’isolement a été le seul remède qui ait été en somme pratiqué autrefois. Quand on eut fait le procès du connétable de Saint-Pol, en 1475, Louis XI qui avait très peur de la peSte, demanda à garder l’anneau que Saint-Pol possédait et qui préservait de toute « pestilence ». Ajoutons en passant que LouisXI paraît avoir été d’une propreté méticuleuse, et qu’il a pris partout des bains, même en voyage, car il possédait des baignoires portatives. Ces bains sont peut-être aussi en rapport avec la maladie de peau dont un indice nous eSt donné en l’année 1473.
La maladie du mois de mai ne fut pas de longue durée.
puisque au mois d’août le roi se portait en Normandie, gagnait le Mont-Saint-Michel pour surveiller les Anglais et défendre l’embouchure des fleuves. On le retrouvera au mois d’oâobre à Cléry, au mois de novembre à Orléans, et en décembre, au Plessis. Il se fait renseigner sur le siège de Neuss, dans lequel s’engage le Téméraire.
Au mois de janvier 1474, Louis XI remontait à Amiens, et il devait rester dans la région de Senlis jusqu’au milieu de l’été. Puis il regagnait, ayant fait un pèlerinage à Chartres, le 10 juillet. Le Plessis. On le retrouvera encore à Chartres au mois d’août; en oéiobre, il passe dans le Gâtinais, regagnait Chartres, passait à Aubervilliers, dans le château des Luillier; il allait à Paris, où il fit un assez long séjour, entre le mois de décembre 1474 et le mois d’avril 1475.
Sa santé peut le préoccuper à cette époque, car il écrit, le 1 1 janvier, au duc de Milan : « je crois que vous êtes bien averti comment j’ai fait venir Pantaléon par delà, lequel m’a très bien pansé et fait de grands services, et eSt un très bon homme et loyal; et il se réputé tout vôtre, et de votre maison. » C’eSt l’une des dernières lettres affe&ueuses adressées à Milan, car à la fin de ce mois, Galéas Marie Sforza va abandonner son allié pour se liguer avec le Téméraire. Nous ignorons la nature des services rendus par Pantaléon, un médecin italien, qui figura sur le rôle des serviteurs du duc de Guyenne, et que le roi avait déjà consulté au mois de septembre 1472.
Le terme de « pansé » indique que Pantaléon a dû le soulager dans ses hémorroïdes. Ce mal ne ralentissait pas, à ce qu’il semble, son activité. Le roi reprendra au mois de mai le chemin de la Picardie, puis, le mois suivant, la route de la Normandie, où il croit trouver les Anglais prêts à envahir le pays. Les Anglais avaient pris le chemin de la Somme; le roi alla les attendre à Beauvais, où le médecin Jacques Coictier annonça son arrivée. Une épidémie devait alors régner dans cette ville, comme il arrivait pendant les chaleurs, et avant l’arrivée du roi, le médecin ordonna de faire fermer les portes et les fenêtres des maisons, d’empêcher les malades de l’Hôtel Dieu de sortir, et d’allumer de grands feux jour et nuit dans les carrefours. C’était le moyen qu’on employait alors pour assainir l’air.
On sait comment les Anglais furent reçus à Saint- Quentin à coups de canon, comment ils ne furent pas secourus par le Téméraire, occupé alors en Barrois. Le roi acheta leur retraite ; il fit avec eux la paix à Picquigny, le 29 août. Le roi Louis XI n’offre, dans cette période, aucune trace de fatigue; et même il montra beaucoup de bonne humeur, plaisantant avec le roi Édouard, qu’il invita à venir à Paris, où il pourrait s’amuser. Le roi rejoignit l’abbaye de la Viêloire, à Senlis, gagna Beauvais et Saint-Quentin, demeurant sur les frontières, pour surveiller les Bourguignons, jusqu’au mois d’octobre. Il rentra à la fin de novembre au Plessis, où il devait rester une partie de l’hiver, suivant son habitude.
A la fin de février 1476, il reprit la route et fit au mois de mars le pèlerinage du Puy en Velay, avant de gagner Lyon, où il devait séjourner depuis la fin d’avril jusqu’au mois de juillet. En s’installant à Lyon, le roi se rapprochait du théâtre des opérations où les Suisses allaient porter des coups terribles au Téméraire, à Granson d’abord, puis à Morat. Le roi voit se réaliser ce qu’il avait prévu : son adversaire eSt un orgueilleux, qui se perdra bientôt lui-même dans une aventure. Rassuré sur les événements, Louis XI reprit au mois d’août le chemin du Plessis, qu’il ne quittera pas jusqu’au début de l’année suivante.
C’eSt au Plessis que le vit Petra Sanèta, l’envoyé du duc de Milan, avec lequel des relations s’étaient rétablies (lettre du 12 août 1476). Le roi le reçut en « jupon », et s’asseyant familièrement à la fenêtre, il lui dit qu’il était malade. Louis lui parla en latin : Ego sum passus emoroudas , quas etia?n alias habui , sed non juerunt ita vehementes , quod credo fuisse propter labores animi et corporis in isîo itinere et in cogitandis rationibus bellorum , et etiam propter abFiinantiam c oit us , quia steti tanto tempore absens ab uxore mea. » Et il reprit, sans doute en italien, que ce mal était accompagné de « certo fumositate alla te Fia et fattomi venire uno tremore di core che mi da moleFîia assay ». Sur quoi Louis tendit le bras à maître Pantaléon, pour qu’il lui tâtât le pouls; et il demanda à ses médecins de parler avec lui, car Pantaléon était bon homme ( ’yalen thomo , dit l’ambassadeur), et le roi le connaissait depuis
trente ans. Pantaléon lui donna une consultation. « Hier, se sentant toujours mal, le roi a évité toutes les audiences », ajoute l’ambassadeur.
Ce texte e£t intéressant. Plutôt qu’un malade, il nous montre un patient, un homme tout à fait normal et robuste, à cinquante-trois ans. Le roi eSt donc simplement fatigué. Il a souffert, comme il dit, cruellement de son infirmité, des nombreux déplacements qu’il a dû faire, et de tant de soucis. Il a confiance dans son médecin, qui le connaît, et qui ausculte le pouls : cette pratique et l’inspedion des urines furent au Moyen Age les moyens courants de la recherche du diagnostic. La palpitation de cœur semble indiquer un état émotif, sur lequel il n’y a pas lieu sans doute d’épiloguer longuement, comme l’a fait M. Brachet. Les « fumées » qui montent à la tête sont de même un lieu commun, et probablement ce que répétaient les malades d’après les explications courantes des médecins, traduisant la théorie de Galien sur la rupture de l’équilibre humoral : les vapeurs montaient des hypocondres au cerveau.
Rien n’indique toujours l’état d’un dégénéré, et ne fait penser à l’épilepsie et au haut mal. Une dépêche de Petrasanda, du 2 septembre, nous montre Louis XI à Selommes, petit village, solitaire et agréable, très convenable pour la chasse. S. M. y prend un plaisir extrême, sans vouloir écouter quoi que ce soit des affaires : « Hier, il a longtemps chassé un cerf, et lorsqu’il était déjà désespéré de le pouvoir attraper, il l’a
Louis XI, de 1423 a 1483 Bibliothèque nationale (Estampes).
pris. Il en était très content, et il rentra en grande allégresse, chantant une chanson faite sur la déroute du duc de Bourgogne. »
Le plus malade des deux antagonistes semble plutôt son adversaire. Au moment précis où Louis XI prend la consultation de Pantaléon, ou plutôt deux jours , après, Charles le Téméraire remerciait le duc de Milan de la sollicitude qu’il lui avait témoignée durant sa maladie, et il lui écrivait qu’il se portait mieux en ce moment. En réalité, depuis le mois de mai, le Téméraire avait laissé pousser sa barbe en signe de mélancolie; il était « fort pâle » malade, et ses « jambes ne le portaient plus ». Il souffrait de l’estomac. La honte et la tristesse d’avoir été battu par des paysans, comme il appelait les Suisses, qui lui avaient pris son argenterie et ses joyaux, qui l’avaient mis en fuite, l’accablaient de mélancolie. C’eSt le Téméraire qui agira comme un fou, en voulant jouer « son va-tout » dans une seule campagne, sans même vouloir réfléchir « aux vicissitudes de la fortune », en ne voulant écouter personne. Dans la lettre de l’envoyé de Milan qui suit Charles, on voit que les médecins ne veulent pas qu’il se rende au camp, car il y a danger de rechute : « Ainsi je lui rappelai les paroles de V. S. qu’il garde bien sa personne, et que donner la bataille e£t une chose risquée; il a écouté attentivement mais pense qu’on répand ces bruits pour qu’il n’avance pas et qu’il perde le temps. » On retrouva le Téméraire perdu sous la neige, et criblé de coups
de hallebarde, le 5 janvier 1477, au siège de Nancy.
Louis XI se tenait, lui, ce jour-là, au Plessis-lez- Tours.
Quelques jours après la mort de Charles le Téméraire, le 9 janvier 1477, Louis XI donnait l’ordre au sire de Craon de mettre le duché et le comté de Bourgogne entre ses mains. Il quittait Le Plessis le 14, pour gagner Péronne, où il arrivait au mois de février, séjournant en Picardie et aux environs d’Arras jusqu’au mois d’o&obre, tandis que M. de Craon occupait la Bourgogne et la Franche-Comté. Le roi devait redescendre seulement au Plessis au mois de novembre.
Jamais Louis XI semble n’avoir été plus ferme et mieux équilibré; et il montre, en toutes choses, un grand esprit de décision. Sa santé ne paraît pas le préoccuper beaucoup, et même le roi donnera, le 28 juillet 1477, devant Arras, une curieuse consultation à mademoiselle de Bellièvre sur le régime que doivent suivre ses nièces : « Je ne suis pas physicien, mais il me semble qu’on ne es doit point garder de boire entre deux heures quand elles auront soif, et leur faire mettre beaucoup d’eau dans leur vin, et qu’elles ne boivent que petits vins de Touraine, et ne leur donner pas de salure, ni de viandes où il y ait épices, mais bouillie, et toutes viandes jeunes, et ne leur donner pas de fruit, réservé les raisins qui sont bien mûrs. Il me souvient qu’on dit que les « surins » sont bons ; mais il y en a d’autres qui sont bien mauvais, et font venir le flux du ventre... » C’eSt la sagesse même,
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La Blessure de guerre de Louis XI