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vous jettent du noir à la figure quand vous voulez les lire, des boîtes parlantes, des mannequins qui vous rossent, des ponts qui vous laissent choir dans l’eau!. Mais à Genappe, il y a un simple petit château sur la Dyle, une maison confortable entourée d’eau, avec des jardins et des arbres fruitiers, dans une campagne florissante. Des canards nagent dans les douves du castel; la forêt de Soigne est proche. De bonnes gens cultivent la campagne fertile, comme ce Conon dans la maison de qui le dauphin allait manger des légumes ‘ délicieux. Un ami, ce paysan Conon, qui, un jour, ira vers Louis, roi de France, son panier de navets sous le bras; ils sont si appétissants qu'il les mange en route,sauf un unique navet que Louis payera mille pièces d’or, en souvenir du temps de sa jeunesse *.
Que voilà de simples gens, et que ce milieu répond peu à l’idée que l’on se donne d’un Décaméron3 ! D'où vient donc cette tradition ? D’une supercherie,oud’'une erreur du libraire Antoine Vérard, d’une historiette rapportée, un siècle plus tard, par Brantôme*. | |
Antoine Vérard a imprimé pour la première fois, en 1486, les Cent nouvelles nouvelles *, donnant cette glose à la fin de l'épître dédicatoire : « Et notez que par toutes les nouvelles où il est dit par Monseigneur, il est entendu par Mgr le Dauphin, lequel depuis a succédé à la couronne, et est le roi Louys onzième, car il estoit lors au pays du duc de Bour- :
1. De Laborde, les Ducs de Bourgogne, preuves, I, n. 944 et II.
2. Voir les Colloques d'Erasme, éd. de Leyde, 1720, t. IT, p. 66-69 : Le repas. (Le Roux de Lincy, les Cent nouvelles nouvelles, p.xxxv-xxxvi.) Dans sa belle Histoire de Belgique M. H. Pirenne a tracé une esquisse de la campagne (Il, p. 407).
3. Mais les Cent nouvelles nouvelles ne sont pas un Décaméron, eu dépit du prologue.
4. « La plupart du temps mangeoit en pleine salle avec force gentils hommes de ses plus privez. Et celuy qui lui faisoit le meilleur et le plus lascif conte de dames de joye, il estoit le myeux venu et festoyé. Et lui mesme ne s’espargnoit à en faire, car il s’en enqueroit fort et en vouloit souvent sçavoir ; et puis en faisoit part aux autres publiquement. C'estoit bien un scandale grand que celuy la. Il avoit tres mauvaise opinion des femmes et ne les croyoit toutes chastes. » (Dames galantes.)