‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 15 sur 129 · LES CHRONIQUEURS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES CHRONIQUEURS FRANÇAIS

Ce que les chroniqueurs nous rapportent du roi Louis est à ce point inspiré par l'esprit de parti, qu'il nous faut les passer en revue dans deux camps : les Français et les Bourguignons.

Mais il en est un qui les domine tous par l’envergure de l'esprit, si bien qu’on peut dire qu'il est presque sans parti : c’est Philippe de Commynes . Il sort des Flandres. Comme son père, le bailli de Gand, il a servi le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui fut son parrain. Soldat, ul a combattu le roi Louis à Monthléry; et le fils du bailli de Gand a tiré des mains des Gantois le comte’ de Charolais. Il a vu le roi de France à Péronne entre les mains de son jeune et colérique maître. Il l’a aidé à esquiver sa violence. Commynes a-t-il été sensible à l'argent, ou mieux séduit par l'adresse et l'intelligence de Louis? Les deux facteurs ont pu agir à la fois sur Commynes, avisé, mesuré, bienveillant. Toujours est-il qu'il viendra rejoindre le roi en 1472 ; il abandonnera, dans la haute Normandie qu’il ravage, son maître stupide, féodal d'un autre âge, et si brutal. Pendant onze ans Commynes sera l'ami du roi Louis, un témoin, un loyal serviteur, et fort adroit. Près du roi il fera sa fortune. Comme lui, il recueillera des terres, sans trop se préoccuper de leur origine. Mais

1. Les Mémoires ont été imprimés dès 1524. Nous en possédons quatre éditions précieuses à des titres différents : celle donnée en 1747 par l’abbé Lenglet Du Fresnoy, en 4 vol. in-4, qui vaut surtout par ses preuves; celle de 1847, publiée par Mlle Dupont pour la Société de l'Histoire de. France, 3 vol. in-8, enrichie d’une excellente introduction et de pièces justificatives; l'édition de B. de Mandrot, publiée d’après le ms. Polignac, dont les notes sont très sûres (c'est l'édition que je cite); enfin, celle de M. Joseph Calmette, d’après le ms. Dobrée, conservé à Nantes, en cours de publication tandis que nous rédigions notre étude. Elle est aujourd'hui

terminée et donne des notes nouvelles et plusieurs variantes importantes qui semblent dérivées du manuscrit original.

Commynes, l'homme au doux langage, n'est pas un homme de parti dans son amitié. IL est surtout l'ami de la raison. et de l'intelligence. Ainsi Commynes dissuadera le roi de mettre violemment la main sur la Bourgogne, en 1477 : ce résultat peut être acquis par une union. Les rapports du roi Louis et de Commrynes ont été parfois assez difficiles. On se brouille, on se boude, mais on se retrouve. Et le roi, dans sa maladie, ne pourra se passer de Commynes el le fera coucher près de lui. Louis aimera chasser dans sa maison. Il l’employera surtout dans ses affaires d'Italie et de Bourgogne. Commynes observe de tous ses yeux son maître. Il l'aime et le comprend’. Commynes l'assistera à ses derniers moments, méditant à son propos avec philosophie et piété. Pourquoi taire les défauts du roi ? Ainsi, Commrynes tracera le portrait de son maître, que nous sentons ressemblant. Il vivra désormais dans son souvenir. |

Commynes écrira ses Mémoires moins pour dire ses aventures que pour retrouver l'homune étonnant qu'il a eu l'honneur de servir. Son jugement est déjà celui de l'histoire. Commynes y montre son cœur, et surtout son intelligence. Il écrit pour son ami Cato, mais il parle à la postérité. Montaigne aimait son « langage doux et agréable, d’une naïve simplicité, la narration pure et en laquelle la bonne foy de l’autheur reluit évidemment, exempte de vanité parlant de soy, et d'affection et d'envie parlant d'autruy ». Qui n'aimerait Commynes ? Je pense que c'esi pour l'amour de Comimynes, lout autant que de la vérité, que j'ai écrit ce livre.

Les autres sources françaises sont bien pauvres auprès de celle-là. On pense qu’un notaire du Châtelet de Paris,

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