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quelque chose de terrifiant dont l'imagination romanttque s’est emparée ’. Ce château a été cependant une maison royale. Les guides qui le font visiter sont toujours les propagandistes d'une légende que le Tribunal révolutionnaire a consacrée, quand il fit détruire par le feu, lè 14 Juillet, les cages de bois et de fer où demeurèrent des prisonniers politiques, surtout après le règne de Louis XI. Que dire de la question par l'eau, qui demeurera sous tout l’ancien régime un procédé d'enquête judiciaire, des fers très lourds et cruels, des carcans, des chaînes à sonnettes dont on chargeait alors les prisonniers * ? Tout cela pèse beaucoup sur la mémoire du roi Louis. Si l’on rapproche ces cruels procédés de détention des picuses pratiques du roi, des donations considérables qu'il fit aux églises et aux images des saints protecteurs, on n’est pas loin de la figure d'hypocrite, raffiné et cruel, que les romantiques comme Walter Scott, Casimir Delavigne et Victor Hugo ont imposée à Louis XI pour la postérité.
Nous n'avons aucune espérance qu'un ouvrage de la nature de celui que nous donnons aujourd'hui détruise ces légendes; elles flattent trop notre imagination, et aussi nos passions démocratiques. Ces légendes ont d'aitleurs, il faut le reconnaître, des origines très anciennes.
Nous avons noté déjà, chez un Thomas Basin, comment des rancunes personnelles, l'ambition d'un génie non employé ont dicté à ce juriste, épris de féodalité, à cet humaniste qui imite les anciens, le portrait du tyran. Nous
1. J'ai esquissé l’histoire de cette prison dans l'introduction au Prisonnier desconforlé (Bibl. du XV° siècle, VIL.). Cf. Ed. Gautier, Histoire du
donjon de Loches, 1881, in-8.
2. Le compte des Archives Nationales KK. 64, fol. 35%, donne de
curieux détails sur ces grands fers de la prison du Plessis où il y avait un très petit nombre de prisonniers.
avons indiqué, chez certains Bourguignons, combien l'esprit de parti, et aussi l'esprit de domesticité, avaient influencé leur jugement. Voilà pour les contemporains du roi.
Il est important de noter qu'immédiatement après la mort de Louis XI, un immense mouvement de réaction féodale se fit jour. Ce sentiment est exprimé dans les Cahiers des États de 1484°, dans le procès d'Olivier le Daim* et de Jean de Doyat*, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils furent scandaleux. Les grands féodaux tentèrent de réagir, au nom des grands principes de liberté (la traditionnelle anarchie française), contre l'esprit de celui qui avait tendu à l'unité par le moyen de la centralisation et de l’obéissance. Voici ce que dira le juge du Forez de l'administration de Louis XI : « Vous savez tous que naguère, du temps du roi Louis, l’état entier de l'Église a été déshonoré, les élections ont été cassées, les indignes promus aux épiscopats el aux bénéfices, les biens des églises envahis... La noblesse, de son côté, n'a pas souffert un moindre dommage... Il n'est pas nécessaire de rappeler à votre souvenir les délateurs‘ et les calomniateurs de l'innocence admis partout à la cour. ni ces gens avides et inventeurs de nouveaux profits, préposés de préférence à la levée des impôts, et placés sou-
1. Journal des Élats généraux de France tenus à Tours en 1483... rédigés en latin par Jean Masselin.…. publié et traduit pour la première fois par A. Bernier. Paris, 1855, in- 4e.
2. Le procès est l'œuvre du Parlement de Paris. Olivier, pendu au gibet, mourut courageusement, donnant des instructions au greffier pour que l’on payât ses dettes. L'enquête était si peu assurée qu'on l'interrogeait encore au pied de l'échelle. On n'osa pas avertir le roi Charles VIII. Un service solennel fut accordé à son corps. Le duc d’Orléäns se fit donner ses biens. (Cf. Georges Picot, op. cit., et Arch. Nat., X°.)
3. Nous esquisserons en son lieu cette figure si belle et cnerBique; Cf. Agénor Bardoux, les Grands Baillis du XVe siècle, 1863.
4. Il y a là peut-être une allusion à l'obligation faite à tous de dénoncer les criminels de lèse-majesté. (Ord., XVIII, 315, 22 décembre 1477.)
vent dans les plus hautes administrations; car le plus méchant des hommes était le plus aimé, et l’on ne se contenta point de ne pas honorer la vertu et l'innocence, on alla jusqu'à leur faire subir maintes fois le supplice du crime. N'avez-vous pas vu souvent des personnes non coupables arrêtées et même exécutées sans jugement, et leurs héritages et leurs biens devenus la propriété de leurs accusateurs ? Quelle n’a pas été sa prodigalité ! Quel n'a pas été l'excès infini de ses dépenses! Nul, je crois, n'a manqué de s’en apercevoir. Il donnait tout sans choix ni réflexion; il prenait tout de la même manière. À l'égard du peuple, je dirai que, pendant la vie cruelle de ce roi, il a été accablé et presque entièrement écrasé sous l'ëènorme poids des impôts... Songez que, du temps de Louis, le peuple payait cinq fois plus que du temps de Charles”... »
Jean Masselin, dans sa harangue*, dénoncera Jjusqu'aux frais de la table et de la garde-robe du roi, le plus simple des rois, une administration coûteuse. Les gentilshommes de France supportaient mal l'armée des mercenaires *. Les armées à gages sont le fait d’un tyran : « Ce n'est pas dans ces gens que consistent principalement la force et le salut de la patrie, mais dans l'amour de ses sujets et dans un sage conseil“. » Il faut voir le tableau de la situation de la Normandie, de la Picardie, du Languedoc, à la mort du roi Louis. Tout est poussé au noir. Aux États de 1484, l'Église réclame le retour à l'ancien état de choses, la noblesse ses chasses, et le commun proteste contre l'argent sorti de France sur le dos des mulets
. Journal des États généraux, p. 351-355.
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chargés d’or envoyés à Rome‘, pour payer l'Angleterre, pour entretenir les guerres de Barcelone, qui s'évade par Les foires de Lyon. Le pauvre peuple du royaume meurt cle faim, dit le rédacteur du cahier. Celui qui jadis était nommé « françoys » (franc) demeurait plus misérable que l’ancien serf; il pliait sous le poids des tailles et des umpositions. Et Louis sera même accusé d’avoir aliéné le domaine au moyen de ses dons” ! Ce sont là des déclamations de circonstance pour justifier un nouveau gouvernement. |
Le duc d'Orléans, marié contre son gré, et dans un dessein politique, à la malheureuse enfant contrefaite du rot Louis, devait faire tous ses efforts pour obtenir le divorce; dans une grande mesure, lui aussi avait un intérêt puissant à dénoncer l'odieuse volonté d’un beau-père tyrannique *.
Tous ceux qui vivaient dans l'entourage de Charles de France, frère du roi, devaient également accuser d’un crime monstrueux Louis qui avait vécu en si mauvaise intelligence avec Charles. De là la version qui se fait jour déjà chez Basin, que l’on retrouve dans la chronique de Robert Gaguin“, et passa par la suite dans les grandes chroniques officielles. Mais il y a lieu de rappeler que Robert Gaguin avait cherché à se faire charger par le roi d'écrire une histoire officielle de la nation française. Il ne fut pas entendu. De là, sans doute, sa rancune de
1. Nul n'est allé plus loin dans cette protestation que le roi lui-même. (Ord., XVIII, 425.)