Thibault, p
3. Bibl. nat., ms. fr. 1983, fol. 90, circul ire mentionnée dans la Bibl. de l'Ecole drs Chartes, XXXIX, p. 586. Cf. Duclos, II, p. 5.
ronne de France, à certains princes étrangers amis, et au pape. Alors on s'occupe, suivant le cérémonial, de décorer la chambre de l’accouchée. Mais les belles tapisseries royales de haute lice sont détenues à Paris par le régent d’Angleterre, le duc de Bedford; et l’on doit chercher à Orléans, pour les transporter à Bourges, les tapisseries du duc Charles, le prisonnier, la chambre de drap d’or garnie de ciel, toutes les tentures qui sont aux armes de Mgr le Duc et qu'il faut faire raccommoder
Ainsi naquit le dauphin Louis dans un hôtel de passage que parent des tapisseries d'emprunt.
On porte l’enfançonnet à la cathédrale Saint-Étienne pour faire de lui un chrétien?. C'est Guillaume de Champeaux, l'évêque, duc de Laon, conseiller du roi et concussionnaire, qui va verser sur le front de l'enfant l’eau du baptême et dire, de ses lèvres menteuses, les paroles qui régénèrent. Le premier parrain est ce jeune fou, Jean, duc d'Alençon, beau, disert et combattant très fidèle. Le second est l’évêque de Clermont, Martin Gouge, chancelier de France. Catherine de l'Isle Bouchard, comtesse de Tonnerre, fut la marraine. L'appellera-t-on Charles, comme son père, ou bien Jean, comme le désire le duc d'Alençon? Cette jeunesse va peutêtre se mettre d'accord là-dessus *. Marie d'Anjou pense au prénom de Louis, qui était celui de son père. Et le chevaleresque parrain opte pour ce nom en souvenir de saint Louis, très glorieux modèle et patron de la maison capétienne.
Des feux s’allument dans les bonnes villes fidèles. A Poitiers, le Parlement vaque ; dans les plus lointaines possessions du roi, jusqu’à Tournai, on crie Noël. Et le pape Martin V daigne écrire au roi et à la reine des lettres bien affec-
1. « Mémoire de la tapisserie que Jacqins Colins... a baillée et delivrée pour le roy nostre seigneur et pour la royne. » (Bibl. de l'École des Chartes, 1846, p. et
. Arch. nat., KK. 56, fol. 27 (Thibault, p. 70-72); « En laquelle: avons receu le n. sacrement de baptesme ». Ord., XVI, p. 53. 3. Perceval de Cagny, p. 129.
tueuses : « Le Seignèur t'a sanctifiée, après la douleur », disait-il à Marie d'Anjou; «les peuples, pour lesquels tu as enfanté un futur roi, se sont réjouis de ta joie et Nous, nous te félicitons en Dieu, que nous louons et bénissons d’avoir donné un nouveau fils à Nous et à l’Égliset. »
Mais au moment où l’on célèbre à Bourges les relevailles de la reine, Paris, aux mains des Anglais, illumine. Car à Cravant les Armagnacs, c'est-à-dire les partisans du roi Charles, viennent d’être massacrés ?. Autour de la formidable enceinte de Bourges tourne un parti d’Anglais et de Bourguignons prêts à mettre le siège devant la capitaleÿ. Ainsi, dès sa naissance, Louis aurait pu être enlevé par les ennemis.
Le roi Charles a vingt et un ans. C’est un souverain de bien petite apparence, timide, pas très sûr de la légitimité de sa naissance, qui tient si mal sur ses jambes cagneuses, prie ou s’amuse suivant l'heure, mais qui a mis toute sa confiance dans le secours du ciel.
Et la reine est, elle aussi, une femme douce, très pieuse, soumise, bien qu'elle porte dans ses veines l’aventureux sang d'Anjou et celui de la race énergique, et même un peu sauvage, des rois d'Aragon “.
Ainsi Louis va pousser comme une fleur malingre au jardin de France. On lui donnera comme nourrice Clémence Sillonne 5. Jeanne Pouponne, qui est du commun, une pauvre femme demeurant à Bourges, la suppléeraé. Une honnête
1. Arch. du Vatican, arm. XXXIX, n° 6, fol. 89 v° (cité par Thibault, p. 75). ‘ 2. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 187.
3. Histoire manuscrite des archevêques de Bourges, Bibl. nat., ms. fr, 11497 (cité par Moranvillé, Chronique de Perceval de Cagny, p. 129, n. 3).
4. Le grand-père maternel de Louis est Louis I d'Anjou qui soutint avec témérité ses prétentions au trône des Deux-Siciles; sa grand’mère maternelle est la belle et sage Yolande de Sicile. Par ses traits, le dauphin Louis rappellera évidemment sa mère. Il aura le même long nez, pommettes saillantes et grande bouche. |
5. A. Thomas, La Nourrice de Louis XI, op. cit., p. 194-196. (Bibl. Nat., ms. fr. 32511, fol. 99 "°). Un Louis Sillon est clerc des comptes en 1469. nr nat., P. Orig., 2704.)
6. Extrait d’un compte de Jean de Xaincoins, dans Duclos III, p. 3. Bibl, nat.,
ms. fr. 325711, fol. r18r°, 1580.
bourgeoise, une autre femme du peuple donnent le sein aw premier né du roi de France. C’est d'elles qu'il entendra les premières naïves chansons populaires, qu'il apprendra ce clair français que Louis parlera et écrira si bien.
L'enfant aura bientôt son hôtel à lui, car la maison de la reine se déplace souvent. Jacques Trousseau en règle la dépense. C'est une sorte de majordome, qualifié parfois de gouverneur de mondit seigneur, qui paye les boulangers et les bouchers.
Car le dauphin grandit loin de son père, toujours en tournées militaires, qui ne fait que quelques apparitions à Bourges; et, le plus souvent, la reine l'accompagne. Le petit Louis fut un enfant privé des caresses maternelles et qui ne connaîtra pas beaucoup son père.
La ville de Bourges, où il a vu le jour, n’est même pas une place sûre, en un lemps où la guerre civile faillit éclater dans cette province. On conduit le dauphin dans le château de Loches qui est plus qu’un château: c'est une robuste prison.
Nous le retrouvons à Vivonne, et un peu plus tard à Chinon, qui a été assignée comme résidence à la reine. Louis y demeurait au mois de juin 1429, quand M. Guy de Laval, jeune chevalier brelon, accourut pour combattre les Anglais sous les ordres de Jeanne d'Arc. Alors, il écrivait à sa très redoutée dame et mère$ : « J’arrivay le samedi à Loches et allay voir Mgr le Dauphin au chastel, à l'issue des vespres, en l’église collégiale, qui est très bel et gracieux seigneur et très bien formé,et bien agile et habile, de l’âge d'environ sept ans qu il doit avoir. »
Catherine de l'Isle Bouchard, sa marraine, qui est devenue Mme de la Trémoiïlle, et qui eut des aventures, veille toujours sur lui“. |
1. Arch. nat., KK. 66, fol. 4p v°, 86 v°, cité par Thibault, p. 82-88. 2. Thibault, p. 84-86.