Ibid., col
font leur entrée à Montpellier ', l’entrepôt du trafic du midi de l'Europe et des échelles du Levant. C’est dans cette ville, où le père et le fils résidèrent pendant deux mois, que fut tenue, sous la présidence du roi, la session des États du Languedoc. Il n’est alors question que des routiers et des gens de grandes compagnies qui tentent de rançonner les bons et loyaux sujets des riches provinces méridionales ?. La milice est convoquée à Pézenas pour une expédition projetée contre les pillards dont le chef fantôme.est en ce temps Rodrigue de Villandrando.
Mais au mois d'avril, le roi Charles va reprendre sa marche vers le nord : les routiers que l'on attendait dans les provinces méridionales ont paru inopinément dans le centre de la France. La douce reine Marie d'Anjou et la jeune dauphine, à la requête des habitants de Tours, correspondent avec le chef des routiers, le suppliant d’épargner le pays de Touraine. Le chef des bandits fait le gentilhomme. Pour l'honneur de Madame la dauphine et en faveur de Monseigneur le dauphin, « duquel il se disait serviteur et obligé à lui », Rodrigue ne rançonnera pas les gens de la Touraine. Songe-t-il déjà, le rude soldat, à entrer dans un complot au service du duc de Bourbon, à opposer Louis à son père? Les termes de sa bicnveillante réponse le laissent entendre. Charles, du moins, marchera en hâte contre lui. Il traverse le Bourbonnais à la tête d'une armée redoutable, comptant cinq cents écuyers et chevaliers et quatre mille hommes de trait. Il se dirige vers Saint-Flour; et Louis, sur ses traces, peut voir les ravages commis par les bandes du chef aventurier, quand les maraudeurs rossent les gens d'armes chargés de préparer les logis du roi et pillent le convoi
1. Arch. municipales de Montpellier, Thalamus des ouvriers, fol. 113% (cité par
Thibault, p. 157, n). — 10000 1. accordées en mars par les États (Bibl. nat., P. orig. 1363, Gossct).
2. « Et povoit sembler a grant partie d'icculx que il avoit petit regart aux grans
meschiefs et guerres de son royaume » (Perceval de Cagny, p. 229).
des bagages. Le roi arrive à Saint-Flour, le 14 mai, à l’improviste. C’est une bonne ville, et fidèle, l’une des clefs du royaume, d'où l’on peut fondre sur la France centrale, le Languedoc ou la Guyenne. Mais on n’y attendait ni Charles ni Louis. Il faut donner rapidement un coup de balai au chemin de ronde, sentine du guet. On se procure en hâte, dans les familles, quelques vieilles écuelles, qui seront des présents royaux. Et les consuls paraissent dans leur robe de drap noir et de drap rouge. Il y a le héraut Courtebotte, les trompettes dans la livrée de la ville, verte et bleue, les jurats et les corps de métiers avec leurs bannières que précèdent deux drapeaux de simple toile aux armes du roi et du dauphin. Et tous les enfants de Saint-Flour leur font cortège portant un petit panonceau de papier aux armes de France que peignit Jean de Saignes, peintre et épicier. On passe sous le drap d'or; et les draps blancs pendent aux fenêtres. C’est l'instant des présents : douze vieilles tasses au roi, six au dauphin, six à Charles d'Anjou, rien aux autres. Une seule torche est allumée. On n'en finissait pas de payer des impositions de guerres que votaient les États, et l'Auvergne se montra chiche :.
Mais c'est un fait que le roi et le dauphin ne rencontrèrent pas les bandes de mercenaires qui avaient vidé le pays à leur approche. Charles poursuit Rodrigue jusqu'à Roanne. L'aventurier met entre lui le Rhône et passe dans l’Empire.
Au cours de l'été de 1437, le roi Charles, qui ‘vient de rentrer à Bourges, en grande compagnie, a résolu de prendre le commandement d’une expédition contre les petites garnisons anglaises de la haute Loire. Il a fait acheter deux coursiers de poil bai « pour son corps? ». Le dauphin va l’accompagner et faire ses premières armes. |
1, Boudet, Charles VII à Saint-Flour, p. 306-309. 2. Beaucourt, LI, p. 48.
Car il semblait alors à tous, seigneurs du sang, chevalicrs et écuyers, et même aux bonnes villes et gens du plat pays, que le roi oubliait de faire en DRRSTE la guerre à ses antiques ennemis les Anglais.
Alors l’écuyer du duc d'Alençon s'écrie dans l’enthousiasme' : « Mais, la mercy de Notre Seigneur, il a entrepris de vouloir leur faire plus forte et aspre guerre que onques leur fist, et, quelque conseil qu'il ait eu, le temps passé, a present veult faire la guerre la plus part à son vouloir! »
Le dauphin est un adolescent robuste, impatient, lui aussi, de prouver le « bon courage qu'il avoit à destruire les anciens ennemis de France* ». [l va jouer au chef de guerre, près de son gouverneur le comte de La Marche.
On arrive à Gien-sur-Loire, le quartier général des gens d'armes et de trait des provinces voisines. Alors, sur tout le pays, on fait « le gest ». On coupe les arbres et les vignes, on met le feu au blé. C’est la méthode cruelle dont Louis se souviendra pour affamer les gens enfermés dans les places. Le comte de La Marche, et ses trois ou quatre mille combattants assiègent Charny et l’enlèvent. Mais cet homme pieux laisse partir ceux qui veulent, avec leurs chevaux et harnois. Et ceux qui rentrent dans l’obéissance du roi reçoivent des lettres d’abolition pour les maux qu'ils ont faits*.
Ainsi un chevalier chrétien donne l'exemple. Et le roi prie et ordonne des processions dans les villes de son obéissance. Le 5 juillet, il attaque Château-Landon. C'est un nid d’aigle, au-dessus du Loing, qui commande le passage de Montereau. Le dauphin y arrive bientôt, « moult grandement et bien accompaignié ». L’inaction apparente de son père l’irrite. Il veut la ville, et tout de suite. Trois jours après sa venue, Louis ordonne l'assaut : les soldats, entraînés par sa juvénile ardeur, s'emparent du château avec de faibles