‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 57 sur 129 · Ord., XIII, p · texte numérisé non relu

Ord., XIII, p

LA PRAGUERIE

Les tyranneaux militaires commandant les compagnies franches n'étaient pas en ce temps-là les seuls qui eussent à pâtir des ordonnances royales. Le plus puissant d’entre eux, Rodrigue de Villandrando, avait quitté la France pour passer en Espagne. Mais il faut se rappeler que ce valeureux condottière avait épousé Marguerite, une bâtarde de la maison de Bourbon, et qu'Alexandre, un bâtard de Bourbon, demeurait son lieutenant’. Le jeune duc de Bourbon, beau comme Absalon ou le Troyen Pâris, le «plus agile corps de France®», qui venait d’épouser la fille du roi René, était depuis quelques années l'âme des féodaux mécontents, nouant des alliances avec le duc de Bretagne, favorable aux Anglais, avec le jeune duc d’Alençon,si fou; et il avait même réussi à mettre dans son jeu le brave bâtard d'Orléans en lui persuadant que le roi Charles ne se souciait guère de faire délivrer son frère prisonnier en Angleterre. Cela, le dauphin Louis le savait parfaitement. Rodrigue avait eu pour lui des paroles sympathiques. Et c'est sans doute la connaissance d’intrigues dont nous ne possédons plus les fils qui avaient motivé le rappel de Louis de son gouvernement en Languedoc.

Le duc de Bourbon rencontre à Tours le dauphin Louis qui a accompagné le roi. On peut bien croire qu'il souffle la division entre le père défiant et le fils aigri. Puis le roi se

1. Jules Quicherat, Rodrigue de Villandrando, p. 187. 2. Choastellain, II, p. 164.

rend à Angers pour réorganiser son armée et empêcher les gens de guerre de repasser la Loire. 1l est furieux de l’échec de ses troupes devant Avranches; il fait venir les capitaines fautifs : « Comment la chose est-elle advenue? Pourquoi s'est-on si lâchement gouverné? » Charles caresse Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, compagnon de Rodrigue et serviteur de la maison de Bourbon, et il cherche à le retenir : « Adieu, capitaine des Écorcheurs! » lui dit-il à son départ. Mais Antoine de Chabannes réplique : « Sire! je n’ay escorché que voz ennemys et me semble que leurs peaulx vous seront plus de prouffit que à moy’! »

Sans aucun doute, le roi est au courant du complot des mévcontents. Ils pensent mettre le dauphin à leur tête; et Bourbon a formé le projet de s'emparer du château d'Angers et du roi. Charles les prévient : il nomme son fils lieutenant en Poitou, Aunis et Saintonge®?. Là il pourra utilement exercer son activité, dans ces malheureuses provinces où les gens de guerre vivent sur les champs, tiennent les châteaux et les églises, rançonnent les paysans et détroussent les marchands. Ainsi Louis gagne le Poitou, l'esprit inquiet sans doute. Mais cet adolescent de seize ans fera sa besogne de ‘justicier avec sérieux, réprimant sévèrement les brigandages et poursuivant aussi le châtiment des exacteurs. Charles pourra bien louer les résultats heureux obtenus par son fils *.

Mais qu'il faut peu se fier aux « beaux semblants » et à l'application à administrer du jeune ambitieux! Louis a reçu à Niort, au mois de février 1440, la visite de son parrain, le duc d'Alençon, qui a signé un pacte d'alliance avec son

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