AU SECOURS DE DIEPPE
De la Guyenne, les Anglais importaient les vins; de la Normandie, ils tiraient une partie de leur nourriture. Après vingt-six ans de domination, ils devaient faire un suprême effort pour conserver cette riche province, demeuréc française de cœur.
Ün bon duché, ce pays de Normandie, puissant et riche. Pays de blés, où Ile bétail blanc et rouge abonde, où l'on rencontre tant de belles forêts, de petites rivières. C'est la terre des pommes et des poires, d’où l’on tire le cidre et le poiré ; on y trouve même du vin, mais il vient surtout par la mer ou par la Seine. La Normandie est aussi le pays des draps; et l’on y compte sept grosses cités : Rouen l’archevêché, Séez, Avranches, Coutances, Bayeux, Lisieux et Évreux. C'est le pays de la puissante noblesse et des bons marchands. Le populaire y est robuste, hommes et femmes. Honnèêtes gens dans leurs habits et leur ménage, les Normands se montrent grands buveurs en leurs fêtes et bonnes chères qui se font après boire!. Rouen n’est pas qu'une ville marchande : c’est la redoutable forteresse, le siège du gouvernement anglais, avec ses tribunaux ct ses geôles. Mais la garnison du Mont Saint-Michel, dans l’île qui est à la fois une châsse et une forteresse, tient toujours et nargue les Anglais.
Au lendemain du trailé d'Arras, un hardi capitaine corsaire, Charles Desmarets,s’était emparé de Dieppe qu'il avait
1, Berry, le Livre de la descriplion des pays, p. 48.
donné au roi Charles. Un soulèvement des paysans dans la région de Caux et de Vire, inquiète fort le conseil de Rouen; et au commencement de l’année 14421, Talbot a été chargé de reprendre Dieppe à la tête de troupes anglaises bien dressées et disciplinées. Comme il ne peut bloquer la ville par mer, il a fait construire une puissante bastille vers l’'éminence du Pollet. Plusieurs fois cependant, les Français ont ravitaillé les Dieppois par mer; et Dunois a réussi à mettre dans la place cent quarante chevaliers. Il s agit maintenant de forcer le blocus?. . L
Le roi vient de le dauphin de cette difficile besogne, et il lui a donné la lieutenance des pays au nord de la Seine et de l'Yonne. Le dauphin commence par toucher 4 000 livres sur les 12000 qui lui sont assignées. [l arrive à Paris, le 20 juillet 1443, et à l’occasion de sa venue on lève une grosse taille’. Le dauphin marque son passage dans la capitale, trois jours après, par un acte d'autorité. Car il a fait venir les présidents de la cour du Parlément au ‘sujet-de l'enregistrement des lettres portant don, en faveur de Charles d’ Anjou, des seigneuries de Gien et Saint-Maixent. Il exige Ja suppression de la formule de expresso mandato domini regis . per dominum Delphinum*. Louis ne capitulera pas devantles parlementaires, et il déclare qu'il ne sortira-pas de la ville avant que sa volonté ne soit exécutée. Les présidents doivent céder, puisque le dauphin a déclaré que si son voyage était retardé, le roi en serait mécontent et que de grands dommages pourraient s’ensuivre.
Nous le retrouverons à Compiègne o où Louis arrive le 27, escorté par le président de la Chambre des Comptes et le
. Germain Lefèvre-Pontalis, la Guerre des partisans dans la Haute-Normandie ct de l'École des Chartes, 1893-r894).
. Charticr, I], p. 36-37; Monstrelet, VI, p. 60; Wavrin, p, de 374; Thibault, P. Nan 8. Journal d’un bourgeois de Pari is, p. 368. . | 4. Arch. Nat, Xi® 1482, fol. 249 r° (cité par M. Tueley, Journal d'un bourgeois de Paris, p. 368 n. Voir le commentaire de Thibault, p. 290- 291). |