‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 80 sur 129 · PARMI LES ÉCORCHEURS · texte numérisé non relu

PARMI LES ÉCORCHEURS

voleurs. Et puis, il faut bien vivre sur le pays, et manger, même lorsqu'on fait colonne de routel

On arrive à Luxeuil, puis à Lure, et il n’est déjà question que de s'emparer de la forteresse de Montbéliard. Car Louis n'a pas un plan de campagne bien fixé. Ses gens mangent ce qu'ils trouvent et le dauphin prend ce qu'il rencontre. IL retrouve fort à propos, ou invente, l’histoire d’un certain Henri, bâtard de Montbéliard, coupable jadis d’avoir porté la guerre à la couronne de France. Louis déclare que le roi l'a chargé de punir les dommages causés par ce seigneur. Comme les gens de Montbéliard ne sont pas en force, les baïllis signent une convention qui remetle château aux mains du dauphin : les serviteurs du comte de Wurtemberg n'auront qu'à décamper avec leurs papiers, joyaux et pierreries!. Le 19 août 1444, Louis fait son entrée dans la ville?, où il reçoit les doléances du conseil de Dijon au sujet des ravages que les Écorcheurs commençaient d’exercer sur la Bourgogne ; et Philippe le Bon offrait au dauphin 10000 saluts d’or pour lui-même, et 3500 par ses grands officiers*. L'argent est toujours bon à recevoir, mais on ne voit pas que le dauphin ait pris quelque mesure pour réprimer les désordres de ses soldats. Comment d’ailleurs imposer une discipline à tous ces gens qui s'amusent à narguer au passage le très puissant duc de Bourgogne P Ils crient dans les villages : « Traîtres chiens bourguignons, où est votre duc de Bourgogne? Il dort, et vous pensez qu'il n’y en a plus en France‘! »

Battre les laboureurs, les mettre à rançon, appliquer la géhenne avec la corde pour obtenir de l'argent, pendre, crucifier, rôtir des pieds pour faire parler les gens, tous ont fait cela, partout. Un drôle, ce Bourguignon, qui pense les refréner! Ils brûlent les palissades des jardins, le bois des

Page 1