‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 96 sur 129 · Tour de Chinon. — 2. Beaucourt, IV, p · texte numérisé non relu

Tour de Chinon. — 2. Beaucourt, IV, p

Louis croyait savoir aussi que le roi Charles était excédé de Pierre de Brézé, qui ne craignait pas de le reprendre devant le monde. Peut-être s’imaginait-il que le roi ne résisterait guère; car il pensait qu'il y avait lieu de craindre sur-: tout ses procédés d’atermoiement. |

Mais Louis avait oublié que tous les courtisans et conseillers du roi Charles se trahissaient les uns les autres. Ainsi, les serviteurs du sire de Bueil, qui avaient fort à se plaindre du dauphin qui venait de les renvoyer de sa maison, appelaient déjà Chabannes « ce faux comte de Dammartin ».

Chabannes avait, en somme, reculé devant les perspectives de l'aventure que Louis avait ouverte devant lui. Il ne se gênait pas pour dire à Amaury d’Estissac, un des conseillers du dauphin: « Il me semble que Monseigneur ne se conduit pas bien, je lui vois tenir beaucoup de manières qui ne lui sont pas bonnes. Parlez-lui,.et remontrez-lui qu’il se conduise autrement, car je sais qu'il a fiance en vous, et qu’il vous croira de ce que vous direz plus qu'homme qu'il ait avec lui. » D’Estissac n'était pas charmé de faire cette commission : il savait bien que son jeune maître était l’homme le plus soupçonneux du monde. Il confia à Chabannes ce que le dauphin pensait de lui, à savoir qu'il allait en son hôtel pour l'épier et rapporter tout au grand sénéchal dont il était l’homme. |

Ce qui est certain, c’est que le roi et le grand sénéchal furent au courant de tous ces projets. Le chancelier devait recueillir, le 27 septembre 1446, la déposition d'Antoine de Chabannes, et, un peu plus tard, la déposition d’un serviteur du sire de Bueil et les interrogatoires des archers de la garde écossaise !,

Le renard avait été vendu, paraît-il, sur les instances du frère d'Antoine de Chabannes qui lui déconseilla de faire le

1. Beaucourt, IV, p. 198. Bibl. Nat., ms. fr. 15537 fol. 8-11; N. acq. fr., 10017, fol. 4o.

coup. La chronique de la maison de Chabannes nous permet de reconstituer le dénouement de ces intrigues !.

Charles fit venir son fils, et lui reprocha sa conduite : « Louis, dit-il, je sais bien la mauvaise volonté que vous avez contre le grand sénéchal, qui m'a bien et loyalement servi, et l'entreprise que vous avez faite contre lui pour lui faire piteusement finir ses jours. Mais je vous en garderai bien. » — « Monseigneur, reprend le dauphin avec assurance, je ne fais chose en cette matière qui ne m'ait été conseillée par le comte de Dammartin. » — « Par saint Jean, reprit le roi, je ne vous en crois pas! » Et le roi envoya aussitôt chercher Chabannes : « Comte de Dammartin, lui dit-il, avez-vous conseillé à mon fils, le dauphin, de faire mourir le grand sénéchal de Normañdie ? » Chabannes répondit négativement. « Sauf l'honneur de Monseigneur, s’écria le dauphin, vous avez mentil » — « Monseigneur, reprit Chabannes, je vous répondrais autrement que je ne puis faire. Car je répondrais, touchant de cet article, de ma personne à la vôtre, si vous n’étiez fils de roi : et j’en suis excepté par cette raison. » Le roi intervint et dit à son fils : « Louis, je vous bannis pour quatre mois de mon royaume et vous en allez en Dauphiné. »

Alors le dauphin sortit, la tête nue, disant : « Par cette tête, qui n’a point de chaperon, je me vengerai de ceux qui m'ont jeté hors de ma maison! »

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