‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 129 sur 289 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. J'ai résumé le procès d’après la copie du dix-septième siècle (Bibl. nat., ms. fr. 23 84r, fol. 1-96)

de France. Quels grands titres, quelle pauvre chose ! Mais le procès est l'arme du roi Louis avec laquelle il brise l'épée du connétable.

Le 18 novembre 1475, le chancelier Pierre Doriole, M. de Gaucourt, lieutenant du roi, MM. les présidents se sont transportés à la Bastille dans la chambre de Saint-Pol. M. le chancelier explique qu’il y a deux manières de procéder, l’une suivant douceur et l’autre suivant justice. La première est préférable si Luxembourg consent à dire la vérité : qu'il veuille bien choisir. Le connétable demande un délai et opte pour la forme de justice.

On l’interroge, le 28, sur ses rapports avec le duc de Bourgogne. Îls n’ont pas été nombreux, assure-t-il. Il a eu deux entrevues avec Philippe Pot, une seule avec Philippe Bouton, au temps du siège de Neuss. Ils étaient venus pour essayer de le rallier à leur maître qui affirmait être le plus fort avec l’armée des Anglais, les intelligences qu’il avait avec les Allemands et aussi avec plusieurs seigneurs du royaume. Ils lui parlaient en amis et lui demandaient de rendre Saint- Quentin à leur maître à qui la ville appartenait. Pot et Bouton étaient revenus le trouver à Ham. Ils lui avaient dit beaucoup de mal du roi qui avait résolu de l’abandonner à Bouvines. Ils lui avaient offert de la part du duc de Bourgogne une pension de ro 000 écus et, s’il faisait paix ou trêves, le double. Le connétable avait refusé. Ainsi ils avaient flaité sa vanité de chef de guerre, lui proposant autant de gens d'armes qu'il en voulait. Saint-Pol avait allégué son honneur.— Alors les commissaires lui demandèrent pourquoi il n'avait pas fait connaître au roi les offres des Bourguignons. Pourquoi avait-il envoyé un messager en Piémont? Pourquoi était-il en relations avec Nemours ? Que signifiaient les conciliabules avec Calabre ? Pour quelle raison enfin le connétable n’était-il pas venu vers le roi?

L'interrogatoire reprend le 4 décembre. Luxembourg

LE CONNÉTABLE DE SAINT-lOL 169

reconnut avoir été au courant de la mise en défense du château d'Angers par le roi de Sicile et Calabre; mais il ne les avait pas conseillés. IL avait même dissuadé Calabre de venir vers lui, craignant la colère du roi. Etait-il au courant du complot des seigneurs du royaume qui devaient se rallier en Savoie? II le connaissait, mais n’y'avait pas participé.

Un hésitant, un homme qui ne sait pas choisir un parti et qui devait mécontenter tout le monde, tel fut le connétable; tel il se montre dans ses réponses. Il est tout en échappatoires, celui qui pensa fuir auprès de sa fille en Savoie, quitter le royaume. Tous les mécontents, il les a fréquentés : Sicile, Calabre, Bourbon, Nemours, Brézé, et il a su leurs projets. Pourquoi n'a-t-il pas parléP Ces conspirateurs sont toujours ceux du temps de la Ligue du Bien public. Ils répétaient les mêmes doléances : que les affaires du royaume allaient mal, que tout était perdu. On se plaignait de beaucoup de choses, notamment de la justice. On vivait dans la crainte. Mais tout ce que reconnaissait Luxembourg, c'était qu'il avait voulu fuir. Il craignait surtout M. le grand maître qui, après la descente des Anglais, devait lui courir sus aveë huit cents lances.

Les enquêteurs en savaient plus long que M. le connétable. Ils voulaient lui faire préciser le grand complot qui devait porter au gouvernement le duc de Bourgogne, du vivant de Charles de Guyenne. Pour lui, c'était une vieille histoire. Jamais, jusqu’à présent, le connétable n'avait entendu parler du partage de la France où les Anglais devaient avoir la Normandie, Mgr de Bourgogne la Champagne et la Brie et tout le pays jusqu’à la Loire, le duc de Bretagne la Touraine, le Poitou et la Saintonge, M. de Calabre Jl'Anjou, M. de Bourbon, le Languedoc, et M. de Nemours le Limousin. M. le connétable se serait contenté de Compiègne et de Noyon pour loger ses gens d'armes près de Saint-Quentin. — Pourquoi a-t-il envoyé son frère, Jacques de Saint-Pol, comme caution de Saint-Quentin, auprès du

duc de Bourgogne ? — C’est pour le mettre à l'abri de la vengeance de M. le grand maître, disait-il, sauver sa ville menacée par le roi.

Le connétable ne se découvrait pas. Mais peu à peu il avait. découvert les autres : M. de Bueil, M. de Torcy, le maréchal Joachim Rouault, Nemours, Baudouin bâtard de Bourgogne. Du 11 au 15 décembre, les commissaires interrogent encore le connétable à la Bastille.

L'arrêt du 19 décembre porte qu’il est digne de mort: : il a incité plusieurs princes et seigneurs du royaume à bailler: leurs scellés au duc de Bourgogne, il a écrit au roi d’Angleterre. C’est un criminel de lèse-majesté. La peine de l'écartèlement, en considération de son dernier mariage, est commuée en exécution publique. Son corps pourra être inhumé en terre sainte.

MM. d’Estouteville et de Saint-Pierre sont allés à la Bastille chercher le connétable?. Il monte avec eux à cheval et descend devant les degrés de la Porte aux Merciers ; à l'entrée du Palais, il trouve le seigneu: de Gaucourt* et Denis Hesselin * qui lui souhaitent la bienvenue. Le connétable leur rend tristement leur salut. Le voici maintenant dans la Tournelle criminelle où lui parle le chancelier, Pierre Doriole : « Monseigneur de Saint-Pol, vous avez esté par cy devant et jusques à present tenu et reputé le plus sage et le plus constant chevalier de ce royaume... Monseigneur, il fault que ostiez -d’autour vostre col l’ordre du roy que y avez mise... » Louis de Luxembourg cherche à l’ôter; mais il tient derrière par une épingle. Dans son trouble M. de Saint-Pierre* doit l'aider, ct déjà tirer sur ce cou. Louis de Luxembourg

1. Bibl. nat,, ms. fr. 1703; fr. 23 841. — Extraits du procès dans Lenglet du Fresnoy, Preuves, II, p. 452-457.

2. Je suis le récit de Jean de Royce qui me pas d’un témoin oculaire, plus précis ns Jean Molinet.

3. Charles de Gaucourt, lieutenant du roi à Paris. n Le prévôt des marchands.

b. Jean Blosset.

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