‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 137 sur 289 · CE 2 LEP LE · texte numérisé non relu

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Portrait présumé de Louis XI (Coll®® üe M. George de Montbrison au Château de St-Roch)

Maintenant que le lion est mort, esquissons la physionomie du renard.

Le roi Louis est un homme que l'expérience a formé. Dauphin, il s’est instruit, mais il a agi en rebelle. Roi, il agira en roi. S'il a commencé son règne dans un esprit de vengeance, il l’a poursuivi, presque aussitôt, dans le sentiment | de l’apaisement et de l’organisation. |

Le roi Louis est bien « le sage » que la vie a modelé, et la vie l’a formé diversement. Il a su rire, il a été jeune, il a aimé, il a conspiré. Maintenant, il est le gros propriétaire d’un domaine qui s'appelle la France. Il a réfléchi, parlé et pensé devant son feu, comme un paysan, les coudes sur la table. Il a tout vu et pesé. Aujourd’hui il a cinquantequatre ans. Ses mains tremblent quand on parle de bonnes pièces de terres. dont il peut agrandir son domaine, « dilater » son royaume, comme il dit. Alors il ne peut plus se contenir. Ses yeux brillent et la passion anime son visage!.

Mystique et pratique, le roi Louis a fait un vœu. C'est un homme lié par un serment. I] l’a prêté au sacre de Reims, et souvent il le rappellera. Le roi a juré. Il a juré de ras-

1. La passion de la terre, c'est vraiment la passion de celte époque paysanne. Il faut lire l'histoire de la succession de Louis d’Amboise comme l’a rapportée l'abbé A. Ledru : Louis XI et Coletle de Chambes. Voir aussi l'extraordinaire mariage de Commynes que lui fit faire Louis (A. Ledru, Philippe de Commynes, le seigneur de Montsoreau el les habitants de Savigny).

sembler les terres, de joindre tous ses pays au domaine de la couronne. |

Il faut arrondir l'héritage, le bel héritage qu’il doit léguer à son fils. Car le roi est aussi le père; il est le berger du troupeau. Le berger, c’est la figure symbolique de ce temps, celui qui sait tout, le cours des astres, les fruits de la terre, les maladies de l’homme et sa destinée. Le berger, c’est le Français de cette époque, et c'est aussi le roi*.

Louis ne veut connaître que la « chose publique ». Les rebelles ont pu parler du « bien public » : la « chose publique » est dans le cœur du roi.

Il vit pour le domaine. Le domaine et la couronne, Louis les a confondus”. Il a pour mission de garder, d'entretenir, d'augmenter ce bien. Il y peine et besogne. Louis n'a pas d'autre joie, ou si peu. Il y use son corps et son esprit. Il y use sa ruse. Pour lui-même il est avare, pour le royaume, généreux. Il lui faut des deniers, des deniers qui ne passent pas à Rome par piété#, ou à Genève par le trafic ‘. Il a besoin d’une grosse armée, d'une puissante artillerie dont il évitera toujours de se servir. Il achète l'Angleterre au besoin*,etun duc de Milan. Il achète tout ce qu'il peut, le bon patron, le ciel et ses saints, le dur patron qui veut êire servi. C'est toujours profit pour le royaume. S'il n’écrit pas ses comptes, il les a dans sa tête, gains et pertes. C'est un marchand qui connaît sa marchandise et la protège : la bonne pâte des gens de

1. Ord., XV, p. 16; XVI, p. 65. — Sur la question du serment, voir p. S.

». Voir mon introduction au Kalendrier des Bergers qui est de très peu postérieur, et le Livre des Trois Eages que Pierre Choisnet composa pour le roi.

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