Lettres, V, p
LE l'ORTRAIT DU ROI LOUIS 185
Louis est impitoyable pour ceux qui, comme Jean Balue, lui devaient tout, la fortune, les honneurs, qui ont partagé ses secrets et les ont vendus. Pour les prisonniers politiques, les cages de fer, qui étaient d’ailleurs le seul moyen de les empêcher de s’évader?. Car on sortait, en ce temps-là, trop facilement des prisons. Antoine de Chabannes, s’est évadé de la Bastille; le sire du Lau, de Loches. Il suffisait d’avoir la complicité du geôlier, ou, comme l’a dit Villon, « la grâce de la geôlière ». Mais la justice impitoyable de Louis n’a pas été pour les petits. Elle a été surtout pour les grands, pour Charles de Melun, pour le connétable de Luxembourg, pour le duc de Nemours, des traîtres.
La répression de la Tricoterie à Angers, en septembre 1461, fut énergique. Mais il s'agissait d’une insurrection contre la levée des impôts®*. Les pauvres gens de métier d'Angers, armés de triques et de bâtons, avaient pillé les maisons des officiers du roi, de l'élu, des receveurs, des chanoines « bien petit de temps après, plusieurs furent bien punis, les uns noyez, les autres decolez, bras et jambes coupez et les corps mis au gibet ou en la rivière“ ». Lors d'une émeute - populaire à Bourges, Louis demandera des exemples. Les corps des révoltés seront atlachés à leur maison, mais un seul jour. Il faudra poursuivre surtout les gros : « Car les povres ne
1, Ü pardonna cependant à Antoine Dutau qui retrouva sa faveur.
2. Les fillettes du roi étaient les chaînes de fer avec une boule, et non des cages, comme on le dit. — C'est surtout à la fin du règne qu'il sera question des cages, à la suite de tentatives d'évasion. Achat d'un fer pour les prisonniers du roi qui avaient tenté de s'échapper (Bibl. nat., ms. fr. 32511, fol. 376). C'est alors que Hans Fer d'Argent, natif du pays d'Allemagne, et Jean Daulin, marchand de Tours, firent une « cage de fer à mettre prisonnier » (Ibid., fol. 376*°). Fer d'Argent en fait une autre, en 1480 ({bid., fol. 384*°). Jean Daulin en vend une également ({bid.). René d'Alençon, comte du Perche, fut mis à Chinon dans une cage de fer « d'un pas et demy de long en laquelle il fut environ six jours sans en partir ». On lui donnail à manger avec une fourche de bois. Il demeur1 pendant douze semaines dans celte cage (Arch. nat., J. 940, n° 9). | |
3. Mathieu Beauvarlet a perdu sa comptabilité dans la « commocion du peuple » à Reims en 1467 (Bibl. nat., ms. fr. 20405, fol. 100).
&. Arch. com. d'Angers, CC. 3, fol. 202-212 ; Guillaume Oudin, p. 2; C. Port, Diclionnaire, art. Angers.
l'ont pas fait d'eulx mesmes'.» Chose inattendue, au temps où l'on faisait au Parlement le procès de Jean, duc d’Alençon, pair de France, qui venait d’être déclaré criminel de lèse-majesté, coupable d’homicide et de crime de fausse monnaie”, le roi se rend, le 8 juillet 1474, au Palais. Il fait délivrer tous les prisonniers de la Conciergerie, sans exception, comme s'il s'agissait de sa première entrée“.
Louis se montre attentif à secourir les gens du peuple, les localités du Languedoc ravagées par la grêle“, les inondés de la Loire. On le verra très accueillant aux bourgeois de ses bonnes villes. Il sait les flatter et aussi entendre leurs plaintes. Louis les reçoit lui-même. Ainsi arriva-t-il à la députation des gens d'Amiens que conduisit, le 9 juillet 1473, Jean de Fontaines. Il n’y a pas longtemps que la ville est redevenue française, et sous quelle menace ! Les trêves avec Charles le Téméraire lèsent les intérêts de la ville, car les Flamands peuvent aller librement en Bourgogne sans passer par Amiens. Le roi est à Amboise. Le conseil a entendu les doléances de la délégation. Mais Louis veut parler aux gens d'Amiens et leur fait bonne chère. Après sa messe, il leur donne rendez-vous dans une galerie. Il fait sortir tout le monde : « Je veux parler à mes bons amis d'Amiens, non pas comme ambassadeurs, mais comme mes amis. » Le maire l’entretient librement de tout, des intérêts de la cité, déclare que les gens d'Amiens étaient de loyaux sujets qui obéiraient au roi jusqu'à la mort. « Et il avoit respondu que, pour chose nule, il ne meteroit ladite ville d'Amiens, ne la ville de