Commynes, p
esprits, comme Commynes, se rendent compte que l'esprit du roi est le meilleur. S'il a besoin d’un avis, on se met à table et l’on cause. Le roi Louis aime à parler à l'oreille de ses gens. Et il exige qu'on lui donne des réponses toujours franches et très brèves : « Parlez brièvement » est son mot. Mais à table, Louis n’observe pas la consigne qu’il a passée aux autres. Il semble penser tout haut. Car il parlera beaucoup, et parfois trop; il ne peut pas se contenir. C’est un défaut que le roi reconnaît d’ailleurs. Et les malveillants le tiennent pour un bavard’. Ses paroles imprudentes lui ont parfois coûté cher dans cette époque d'espionnage et de ruse, où les moindres propos étaient aussitôt rapportés. Mais . Louis sait réparer le tort que lui ont fait parfois ses paroles: « Je scay bien que ma langue m'a porté grand dommaige, aussi m'a elle faict quelques fois du plaisir beaucop; toutesfois c'est raison que je répare l’amende=?. »
Où le roi Louis est le plus sage, c’est pour se tirer d’un mauvais pas. Dans l’adversité il fut surtout un maître*. 11 n'est rien que le roi ne fasse pour acheter, dans une telle circonstance, l’homme qui pourra le servir. Louis sait donner et, si l'on n’accepte pas, il sait promettre. Le roi a été versatile dans le choix de ses serviteurs; mais quand il a eu besoin de ceux qu'il avait chassés, il a toujours su les retrouver. C’est l'histoire de Pierre de Brézé qui mourut pour lui à Mont- Ihéry, celle du grand maître Antoine de Chabannes, qui sera le plus dévoué, le plus fidèle, le meilleur chef d'armée de ce temps, après avoir été persécuté par lui.
Le roi n’a pas le goût du risque, s’il a l'imagination des grandes entreprises. Mais il sait ce qu'il veut, et il tient prudemment à s'assurer en tout la maîtrise ‘. Louis était brave.